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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 15:02

 

Il faut prévenir quelqu’un, me porter secours… Je ne sais pas ce qui m’est arrivé… J’ai du perdre connaissance…

Je veux courir hors de la pièce, hurler « à l’aide » mais aucun son ne sort de ma gorge, je suis incapable de bouger et  faire quoique ce soit.

Il faudrait que quelqu’un vienne, je ne vais pas bien du tout… Faut faire vite ou je vais crever dans ma cage à lapin.

Des pas sur le palier… Ca c’est le gros motard du cinquième qui va faire pisser son chien…

« Hey ! Gros ! J’suis dans la merde là ! Fais quelque chose ! » Putain ! Pourquoi je n’arrive pas à crier ? Des reniflements là  sous ma porte… Bon chien ! Oui tu le sens toi que quelque chose ne va pas ici… Viens ! Préviens ton maître. C’est un con qui ne desserre jamais les dents mais toi tu vas lui faire comprendre hein que je suis entrain de crever, là tout seul, que j’ai besoin d’un toubib… Bon chien ! Allez gratte encore... Oui c’est ça…

-         « Athos ! Aux pieds ! »

Un jappement de douleur…

Sale gros con ! Tu lui as encore balancé un coup de pied ! Tu as de la chance d’être gaulé trois fois comme moi, sinon je te dirai bien ma façon de penser. Faut pas cogner les bêtes… Elles, au moins elles te donnent sans compter… Sans reprendre…

Il doit être alors à peu près sept heures. C’est à peu près vers cette heure-là d’habitude  que le Gros descend avec Athos. Qui va passer après ? La petite mémé de l’appartement du dessus, vers neuf heures normalement. Elle, elle va me sauver… Elle me parle, elle, de temps en temps quand on se croise dans l’escalier. Ce n’est pas toujours cohérent parce que la petite mémé elle fait un peu d’Alzheimer. Mais je l’aime bien. On se parle peu, trois/quatre mots comme ça sur la pluie et le beau temps et sur les oiseaux parce qu’elle met du pain sec sur son balcon pour les pigeons. Quand elle part quelques jours chez ses enfants en banlieue, elle dit « et qui c’est qui va leur en donner en mon absence ? ». Je la rassure en lui promettant de le faire à sa place. Alors elle me sourit. Elle est contente. Elle part plus tranquille, même si elle objecte que « ces pauvres petites bêtes » ne vont pas comprendre pourquoi le pain sera sur  le balcon d’en-dessous et qu’elle espère  qu’ils reviendront bien sur le sien à son retour… Je crois qu’elle m’aime bien aussi. Elle me fait penser à ma grand-mère, et je dois lui rappeler un de ses petits-fils aussi parce que quelquefois quand je l’aide à porter son cabas jusque chez elle, elle m’appelle Alain. Je lui dis « Non, moi c’est José ! Le gars du dessous… » Mais elle n’écoute pas. Ses neurones se mettent à tout mélanger. Alors je la laisse avec ses souvenirs, son passé, et je redescends dans mon gourbis.

Ah cette chienne de vie qui gâche tout ! Comme si la vieillesse n’était pas un fardeau suffisant ! Pourquoi faut-il lui ajouter la folie ?

Ah ! La voilà qui passe… « Mémé ! Préviens les pompiers s’il te plaît ! Ce n’est pas la grande forme ici aujourd’hui ! Mémé… »

Elle ne m’entend pas non plus… Au retour peut-être ? Quand elle remontera avec ses courses, elle pensera à moi en passant devant ma porte, elle sonnera pour savoir si je veux bien l’aider à monter son sac à l’étage au-dessus. Oui, sûrement ! Encore une bonne heure, peut-être deux… Patience José ! Patience ! Accroche-toi ! Bientôt, on va s’occuper de toi…

C’est dingue de penser qu’en habitant dans une tour de huit étages, je ne connais pas mes voisins. Pas un seul nom. Juste des surnoms que je leur donne d’après leur physique : « le Fil de fer », « le Black », « la Tarlouze », « le Cocu », « le Routier »… J’ai un peu plus d’imagination pour les femmes : « la P’tite Bellotte », « la Bombe », « Bobonne » -elle me fait pitié elle, avec ses cocards : son salopard de mec la tabasse tous les soirs. Comment peut-on taper sur une femme ? et personne ne dit rien…« la Rouquine », « la Nympho »- tu parles on l’entend toutes les nuits à tous les étages Ouais… C’est pas banal la vie en appartement… Et puis de la fenêtre, je vois l’immeuble d’en face. Je mâte un peu… Ca fait passer le temps. Je regarde aussi  les gosses qui jouent au ballon sur le parking, les ados qui se roulent des pelles sur les bancs ou qui dealent dans les coins, et puis là-bas tout dans le fond, entre le bloc des « coucous » et celui des « mésanges » quand il fait beau, je peux deviner la Tour Eiffel, ma déesse…

J’aime bien ce monde grouillant… Cette vie agitée de… solitude.

Oh ! J’ai bien essayé de lier conversation avec ceux des « éperviers » -mon bloc à moi-, j’ai bien tenté une approche mais pas moyen ! A part la Petite Mémé et Aldo, mon pote du sixième, un alcoolo qui vient frapper chez moi pour se faire inviter à trinquer quand il n’a plus un rond, je n’ai pas réussi à dégeler l’atmosphère.

Je suis originaire du Nord de la France, moi. Chez nous, les Ch’tis, on parle volontiers aux gens. Dans mon quartier, ma ville même, presque tout le monde se connaît. Tout le monde se salue.

Quand j’ai déboulé à vingt-et-un an à Paris, ça m’a fait tout drôle. C’était un rêve pour moi ! PARIS ! La Capitale ! Je connaissais par cœur tous les arrondissements, tous les grands axes, et les rues des quartiers les plus connus. Aznavour, lui, « se voyait déjà en haut de l’affiche », moi je me voyais juste « Parisien »…

« Oh ! Hey ! Petit ! Préviens ta mère, la Blondasse –je l’avais oubliée celle-là tout à l’heure dans ma liste- dis-lui que je me suis vautré sur le carrelage et que je n’arrive pas à me relever ! »

Je l’aime bien ce gamin du quatrième… Il a un petit retard côté cérébral, mais il est mignon. Faut dire qu’avec sa mère qui lui gueule dessus du matin au soir, il y a de quoi déconnecter de temps en temps… Je ne comprends pas ces mères qui ne savent plus parler normalement à leurs mômes sans se mettre à hurler…

« Petit,  je t’en prie ! Lâche ta balle, ça m’énerve un peu d’ailleurs de l’entendre rebondir sur le sol, tu vas encore énerver ta mère aussi qui va se remettre à gueuler. Allez, arrête ça et préviens les secours, je vais mal… »

Tu pars… Tant pis…

Elle fait quoi la petite mémé ? Elle traîne non ? Elle devrait être de retour depuis longtemps déjà non ? Tiens, à côté, on dirait la musique du générique des boîtes d’Arthur « A prendre ou à laisser »… On n’est quand même pas déjà en fin de journée ? J’ai du perdre connaissance…

« Hey ! Les voisins ! –« Les Bégueules », pour compléter la liste -… Laissez vos boîtes ! Prenez le téléphone, pas pour la proposition du Chacal, mais pour appeler les pompiers et sauver ma vie… Je viens de comprendre combien elle est importante la vie, même si je me sens si seul dans ce grouillement d’indifférence… Je n’ai pas dit mon dernier mot… Si je m’en sors, je réparerai mes erreurs. Je pardonnerai à mon ex de m’avoir laissé tombé pour mon meilleur ami et j’essaierai de me rapprocher de mes enfants… Si seulement ils sentaient que je vais mal, mais depuis notre divorce, ils ne viennent seulement que pour me « taper » quelques billets. Je ne leur en veux pas. Ils en ont bavé eux aussi… J’aurais du… C’est terrible de ne pas pouvoir retourner en arrière ! La conscience… Elle est terrible la conscience ! Elle vous met face à vos responsabilités. Face à  vos incompétences… Face à vous-mêmes ! Si je m’en sors je le jure, j’essaierai de me rapprocher d’eux…

Qu’est-ce qui lui prend à Athos à hurler ainsi à la mort ? C’est lugubre… Il va encore se prendre un coup de pied dans le ventre…

Je n’arrive plus à mesurer le temps… Depuis quand suis-je couché là ? Si au moins les rideaux n’étaient pas tirés j’aurais pu faire signe au bloc des coucous, j’aurais pu me repérer à la lumière du jour et l’activité des gens pour savoir l’heure qu’il est ! Voilà ce que c’est d’être aussi négligent : si je n’avais pas oublié d’acheter des piles pour remplacer celles de l’horloge j’aurais au moins un repère…

Putain c’est long… Ca m’étonne quand même qu’Aldo ne soit pas encore venu voir si je n’avais pas un rab de liquide… C’est vrai, je m’en souviens maintenant : Aldo est parti en vacances chez son frère à Nice… Il parle tant quand il déboule chez moi que souvent je zappe… J’essaie, je fais des efforts, mais c’est finalement seul que je préfère rester… et pleurer sur mon sort…

 « Athos… Cesse de faire le loup s’il te plaît, ou tu vas goûter aux rangers de ton gros con de maître. »

Mon portable ! Ah enfin on va me sortir de là ! Zut c’est vrai : impossible de me redresser, de le prendre en main…

Maman ! C’est toi maman, tu t’inquiètes… Je n’ai pas appelé  ce matin ou hier… Je ne sais plus… Je t’appelle tous les jours. C’est comme ça chaque matin. Je n’ai pas pu appeler…

Et maintenant je ne peux te répondre ! Je suis là par terre depuis des heures incapable de bouger et d’attraper ce maudit portable.

Maman… Je vais mourir si on ne fait rien… Il me semble que ça fait une éternité que je suis sur le sol… La sonnerie s’arrête. Tu vas encore pleurer… Papa dira « Alors ? » et tu lui répondras « Il ne décroche pas »,  il hochera la tête en ajoutant  « pas de nouvelle, bonne nouvelle, tu sais bien  », et il te prendra dans ses bras en te berçant doucement et te dira « Ne t’inquiète pas ! »

 

Ces talons dans l’escalier, c’est la « Tarlouze »… Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Il y a un instant maman m’appelait… C’était forcément le matin ou l’après-midi, le jour quoi !

Mais les talons aiguilles… c’est vers vingt-trois heures trente qu’ils se mettent en route. Le jour, il s’appelle Eric. Il est employé de banque. Costard, cravate… Beau gosse, filiforme, timide, réservé… Mais la nuit il devient Lola… Bas résille, mini jupe, petit blouson de skaï fuchsia  sur top de dentelle noire, faux-cils et perruque blonde… Je ne les croyais pas quand ils ont raconté ça au bistrot du coin. Pour moi c’était le « Gamin », et puis un jour j’étais tellement bourré pour trouver la clef de mon studio dans la poche de mon pantalon, que j’ai dormi sur le pas de ma porte et je l’ai vu partir dans le noir de la nuit, vers les projecteurs de la ville pour rejoindre ses fantasmes… A chacun sa façon de maquiller sa vie, de se créer son paradis artificiel…

 

Je me désespère que voir quiconque se préoccuper de moi…

J’entends la petite mémé qui passe… Ca fait donc un jour de plus que je gis là. A qui parle-t-elle là devant ma porte ?

« Minou, minou, qu’est-ce que tu fais là ? Je ne savais que José avait un chat… Viens, avec moi petit minou, je vais te donner du lait. On ne le voit plus en ce moment ton maître… Mais je vais te soigner en attendant son retour, comme il le fait pour mes pigeons… »

Mémé ! Non ! Ne pars pas, je suis là… mais il faudrait appeler les pompiers. Je n’ai jamais eu de chat… Ce n’est pas le mien…

Elle a dit mon prénom… Oh ! Mémé ! Pas si perdue que ça n’est-ce pas ? Je te promets que lorsque je serai guéri, on passera plus de temps ensemble. A moins que l’Alzheimer soit ta façon à toi de garder une distance avec les autres…

-          « Monsieur Rivière, vous êtes-là ? Ouvrez s’il vous plaît c’est Madame De Suza, la concierge… Monsieur Riv… Oh Mon Dieu… Allo, les pompiers ? Pouvez-vous venir immédiatement à l’appartement 308 de l’immeuble « Les Eperviers » rue Babylone dans le 7ème… Je crains qu’il ne soit trop tard depuis longtemps d’après l’odeur… »

-          « Reculez-vous Madame, nous allons enfoncer la porte…  Il faut appeler la police, il y aura sûrement une enquête… Savez-vous s’il a de la famille ?... Il faudrait les prévenir… N’entrez pas… C’est pas beau à voir… Ca doit faire un sacré bout de temps qu’il est là… C’est incroyable qu’aucun voisin n’ait donné l’alerte…

 ______________________

 

Entrefilet dans le Journal « Le Parisien » du mardi 30 juin 2009 :

Drame de la solitude : Monsieur José Rivière, cinquante cinq ans, a été retrouvé décédé depuis plusieurs jours à son domicile…L’enquête a conclu qu’il a succombé à un AVC, dans l’indifférence la plus totale… »

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 23:54

Réédition...



Non, ce n'était pas le radeau de la Méduse ce bateau à bord duquel nous embarquâmes ce mercredi-là. Ce n'était qu'une simple vedette blanche qui avait déposé les touristes de toutes régions et de tous pays que nous étions, au marché de Sète.

 

Alors que nous avions fait le plein de couleurs et de divines senteurs provençales, nous reprîmes la mer pour rentrer au Cap d'Agde.

 

Dans le haut-parleur, le son nasillard de la voix du capitaine qui nous commentait la promenade se tut soudain lorsque nous passâmes devant le Mont St-Clair.

 

Nous avions tous alors, le regard fixé vers le petit  cimetière marin* au pied du phare, et c'est alors que, semblant monter des abysses, la voix de Georges s'éleva dans sa supplique pour être enterré sur une plage de Sète.

 

Je n'ai jamais été particulièrement fan de Brassens. Hormis "le petit cheval" qu'avait du m'apprendre la maîtresse d'école et quelques titres entendus au hasard d'émissions télé, je pensais ne connaître que très vaguement le répertoire de ce pornographe du phonographe.

En effet, sauf le respect que je vous dois, je ne comprenais pas que l'on puisse acheter les disques de cet homme qui, à mon sens, n'avait aucun talent musical avec sa guitare et ses trois accords, peu de voix et une poésie trop verte à mont goût qui ne captait décidément pas mon admiration.

 

Sans doute devais-je conserver dans les profondeurs de ma mémoire, un souvenir froissé d'idées préconçues dues à une éducation coincée qui m'avait fermé les portes des subtilités contenues dans ses textes.

 

Les yeux toujours rivés sur les croix blanches, la chair de poule, j'écoutais religieusement Georges qui semblait se gausser de notre émotion, et raillait en nous racontant l'effet qu'avait un jour produit Fernande sur son anatomie.

 

Le savoir reposant là, auprès de son arbre, de Paul Valéry et Jean Vilar et imaginer sa grosse moustache frémir et réprimer les sourires de ce voyou à la mauvaise réputation qui nous révélait avoir rendez-vous avec nous, là, sur les bords de la Méditerranée, avait un côté surréaliste qui m'émut jusqu'aux larmes.

 

Notre bateau poursuivit une heure durant sa lente progression vers sa destination, et mon regard se perdit dans les milliers d'étoiles qui s'évaporaient des vagues d'azur au contact de la caresse du soleil. Elles semblaient remonter vers Dieu si il existe, et vers cette voix qui égrenait toutes ces chansons dont je me surpris à entonner chaque parole comme si elles étaient de ma discothèque habituelle.

 

Je découvris avec stupéfaction que j'étais moins ignare et moins sectaire que je ne le croyais, et force m'était de reconnaître que le temps ne fait rien à l'affaire : j'aimais depuis toujours le talent de Georges brassens.

 

De retour dans mes nuages, en mauvais sujet repenti, j'ai réparé ma faute et anobli ma collection de CD d'un de ses albums.

 

Plutôt que de sombrer certains jours dans une déprime qui pourrait m'amener à mourir pour des idées noires, je pourrai alors embarquer sur "les Copains d'abord" vers la route aux quatre chansons de Georges.

 

Claudie Becques (12/01/06)

 

·        C'est à mon retour que j'appris qu'en fait Georges Brassens n'est pas enterré au cimetière marin mais au cimetière Le Py à Sète

·        Les mots en caractère gras correspondent à des titres de chansons de Georges Brassens.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 22:00

paris point zéro

 

AU-DELA DE LA HAINE

 

(page 28)

 

 

Quelqu’un a frappé à la porte… J’en suis sûr !

-         « Monsieur Rivière, vous êtes-là ? Ouvrez s’il vous plaît c’est Madame De Suza… Monsieur… Oh Mon Dieu… Allo, les pompiers ? Pouvez-vous venir immédiatement à l’appartement 308 de l’immeuble « Les Eperviers » rue…. dans le xième… Je crains qu’il ne soit trop tard depuis longtemps d’après l’odeur… »

Madame De Suza… C’est « Mon ange gardien »… ça fait à peu près huit ans qu’elle est ma tutrice sur ordonnance de mon psy qui m’avait reconnu inapte à gérer mes affaires… Mes parents avaient d’abord été sollicités pour remplir cette tâche ingrate mais ils prétextèrent la distance et le fait qu’ils aient à l’époque un peu plus de soixante dix ans. J’ai regretté quelque temps ce refus mais à posteriori je sais qu’ils ont eu raison : il faut savoir être ferme avec des gars comme moi… et vis-à-vis des enfants, cela aurait encore creusé davantage le fossé de l’incompréhension…

 

Anaïs dorlotait son petit dernier comme elle avait su si bien le faire avec les trois premiers jusqu’à ce qu’ils aient atteints l’âge scolaire, mais soucieuse de laisser le « libre-arbitre » de leur personnalité elle leur laissait une totale liberté de choisir leur mode de vie sans les règles strictes que mes parents nous avaient largement imposés à mes sœurs et moi-même.

Si bien que les rares fois où j’emmenais l’un des enfants avec moi dans le Nord, il en revenait quasiment « traumatisé » d’avoir du se lever au plus tard à neuf trente, de faire absolument sa toilette après un petit-déjeuner obligatoire, de passer à table à midi et le soir à vingt heures, bref ce qui dans des familles aurait pu passer pour normal, devenait pour mes enfants une vie d’extra-terrestre. Ceci conjugué avec le drôle d’accent et la grosse voix de papi… l’enthousiasme n’était pas franchement au rendez-vous lors de ces quelques jours de « vacances ».

Devant le regard paniqué de leurs petits enfants ou leur moue butée, les grands-parents ne pouvaient s’empêcher lorsque j’emmenai pour calmer le jeu mon rejeton jouer dans la pelouse, de rejeter la faute de cette épouvantable éducation sur les épaules de cette bru parisienne qui décidément devrait une fois pour toute cesser d’enfanter des petits malheureux sans repère. Car bien évidemment s’ils évitaient de critiquer face aux enfants leur maman, je n’étais, moi, pas dispensé d’entendre dès que j’étais seul avec maman, ce qu’ils pensaient de mon épouse et de mon comportement trop laxiste envers femme et enfants.

Sans doute avaient-ils raison…

N’empêche que je n’en aimais pas moins mon Anaïs…

… même si nous nous éloignions de plus en plus…

 

Ce jour-là j’avais emmené Erwan avec moi au bois de Satory et tandis que je m’étonnais d’entendre de la musique résonner dans tout l’immeuble je m’aperçus qu’elle provenait de notre appartement.

J’entrai donc avec ma clef puisque de toute façon personne n’aurait entendu le coup de sonnette. Je distinguai tant bien que mal dans un épais brouillard de fumée de cigarettes voire d’herbe, des cartons de pizza ici et là, quelques bouteilles vides de coca et de whisky et toute une bande de petits cons, sans doute amis de mes plus grands.

Si l’idée que cela puisse arriver aux oreilles de mes chefs qui vivaient dans la même caserne m’ait quelques instants « chiffonné », la vue de mon Anaïs habituellement plutôt amorphe entrain de se trémousser comme une ado entre eux me fit immédiatement « péter un câble » et je virai tous ces indésirables, séance tenante.

Interloqués par cette colère aussi violente que rarissime, les enfants quittèrent également les lieux me laissant avec mon épouse hystérique qui me reprocha de rentrer ivre mort et violent et de m’être donné en spectacle…

Je tentai de lui expliquer que je n’avais rien bu de la journée mais que seul son comportement que je jugeais indécent,  avait motivé ma colère mais elle ne m’écouta, conclut qu’elle ne vivrait plus un jour de plus avec un fou alcoolique et qu’elle me quittait.

C’est ce jour-là que j’ai gueulé comme un porc qu’on égorge…

Et puisque de toute façon elle semblait réellement me croire en pleine crise de délirium, tant qu’à en avoir « l’honneur » autant que ce soit vrai… J’ai donc fait la tournée des bars jusqu’à tomber dans le ruisseau…

Le lendemain elle bouclait ses bagages et ceux des enfants… me laissant seul avec mon désarroi et mes bouteilles.

 

-         « Reculez-vous Madame, nous allons enfoncer la porte… Qui êtes-vous exactement ?... Il faudrait appeler la police, il y aura sûrement une enquête… Savez-vous s’il a de la famille ?... Il faudrait les prévenir… N’entrez pas… C’est pas beau à voir… Ca doit faire un sacré bout de temps qu’il est là… C’est incroyable qu’aucun voisin n’ait donné l’alerte… Notez : ‘mardi 30 juin 2009 avons retrouvé Monsieur Dimitri Rivière décédé depuis plusieurs jours voire semaines à déterminer après enquête’. »

 

 

La suite après quelques jours de patience svp...

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 22:00

 

paris point zéro

 

AU-DELA DE LA HAINE

 

(page 27)

 

 

Je ne suis pas un imbécile… Il est temps pour moi de regarder au moins une fois la vérité en face… Au stade où j’en suis arrivé, au bout de plus de quarante-huit heures sans alcool j’aurais du depuis longtemps du faire des crises convulsives… Ces mouches… Ca n’a rien à voir avec une hallucination… Ces souvenirs qui se bousculent ne sont pas du délire… Et ce corps là par terre, n’est plus qu’une immonde enveloppe vide… Ainsi donc je ne trouverai même pas la paix dans la mort… Mon âme est-elle donc condamnée à errer définitivement ? Oh ! Mon Dieu… Seriez-vous rancunier pour que vous m’infligiez ainsi cette éternelle souffrance ?

 

C’est quelques mois après la naissance d’Olivier que le Chef fut en âge de prendre sa retraite. Les parents d’Anaïs quittèrent donc Paris et la caserne pour rejoindre leur famille et cette maison où nous nous réunissions tous, parents, enfants, frères, sœurs et amis, chaque été en Bretagne.

Ah les bretons ! De bons vivants ! Tandis que les femmes et les enfants passaient les après-midis à la plage, nous les hommes,  nous nous adonnions à la pétanque, entrecoupée de tournées de chouchen. 

 

Mon épouse sembla alors se renfermer sur elle-même. Sa mère lui manquait... j’essayais de la divertir du mieux que je pouvais lorsque je rentrais de ma garde, mais avec trois enfants et plus de beaux-parents pour jouer les baby-sitter, plus question d’un petit resto en amoureux ni d’un ciné.

Les mois passèrent, et ma tendre Anaïs soignait sa déprime par des séances de psychanalyse et des antidépresseurs qui la laissaient somnolente. Moi, de mon côté, je retardais chaque jour un peu plus au mess, l’heure de rentrer.

C’est à partir de cette époque que Thomas prit les choses en main en s’occupant de sa petite sœur et son petit frère en rentrant de l’école jusqu’à ce que je rentre du travail. Moi, je n’ai jamais vraiment été un papa… L’habitude d’être commandé me rendait totalement inapte à faire preuve d’autorité. Laissant la maison telle quelle, et pour laisser mon épouse se reposer, j’emmenais alors ma progéniture faire du vélo et des jeux de plein air au bois ou dans un parc public. Si à notre retour leur maman dormait encore, chacun d’entre nous se choisissait une pizza ou un hamburger surgelé du congélateur et se  le faisait réchauffer au micro-onde. Une dernière petite séance de chatouilles et de bisous après un DVD à la télé et je couchais la marmaille avant d’aller me blottir contre ma chérie assommée de médicaments. Si le sommeil ne m’engourdissait pas à mon tour, je grillais alors quelques cigarettes sur le balcon en buvant quelques bières et en priant pour le retour du bonheur…

 

Quelques années passèrent sans que nous ne puissions retrouver Anaïs et moi un vrai dialogue.

La garde républicaine réservée aux plus jeunes me mit face à un dilemme : ou passer chef à mon tour ou quitter la caserne et intégrer la gendarmerie.

Refusant les responsabilités et incapable de faire preuve d’autorité, j’optai pour la seconde possibilité.

Nous dûmes donc déménager dans un autre arrondissement de Paris et ma parfaite connaissance de la Capitale me permit de devenir chauffeur de gradés pendant quelques années. Même si comme me le faisait assez souvent remarquer mon épouse, mon penchant pour l’alcool devenait une addiction, je savais tenir toute la journée sans boire, de fait que mon travail ne risquât pas d’en souffrir.

J’aimais énormément mon nouveau travail. Quant à Anaïs elle s’était faite de nouvelles amies à la caserne et elle semblait   aller mieux et… du coup, l’envie de pouponner à nouveau recommença à germer. Je m’étais mentalement juré de ne plus faire avoir, mais c’était sans compter sur la finesse de ma chérie… Petit souper aux chandelles pour fêter notre anniversaire de mariage, champagne à flot pour fêter ça et je relâchais ma vigilance qui fit de moi le papa d’un quatrième enfant, Erwan, tandis que les plus grands avaient entre temps atteint l’âge de l’adolescence et son cortège de bêtises.

 

 

La suite : paris point zéro 

 

 

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 22:00

 

paris point zéro

 

AU-DELA DE LA HAINE

 

(page 26)

Je la retrouvais souriante et sereine. Ses grossesses la rendaient toujours radieuse… Moi, jusque là j’aimais la voir ainsi, épanouie. Pourtant cette fois la nouvelle ne me réjouis pas, pire je n’avais même pas envisagé qu’elle ait pu arrêter la pilule. Bien sûr qu’à plusieurs reprises elle avait suggéré l’envie d’un nouveau bébé, mais je croyais l’en avoir dissuadé en lui rappelant que le chemin de la guérison totale de notre petite Ludivine serait encore long jusqu’à l’ultime opération de chirurgie esthétique à l’adolescence qui en ferait définitivement une jolie jeune fille.

Anaïs refusait tout conflit et d’un sourire elle balayait toute discussion qui risquait de dégénérer, tout en sachant que de toute façon elle n’en ferait qu’à sa tête. C’était apparemment ce qu’elle avait fait.

Je ne parvenais décidément pas à comprendre ce qui pouvait se passer dans la tête et le corps de ma femme avec ce besoin irraisonné d’une famille nombreuse.

Entre le souvenir de ma mère qui avait vécu chaque maternité comme une catastrophe et cette jeune épouse qui n’était qu’heureuse le ventre rond, j’étais complètement perdu. 

Je me gardais bien de lui faire part de mes angoisses : la malformation de notre petite Ludivine était peut-être un avertissement de la nature, et sans doute eut-il été plus sage de s’arrêter là...

Nous avions la chance qu’elle soit vive et intelligente, et si ce nouveau bébé naissait avec un plus lourd handicap ? Je ne me sentais personnellement pas capable d’assumer un nouveau coup du sort. Je ne savais vers qui ou quoi me tourner pour évacuer ces craintes.

Maman qui habituellement savait trouver des mots de soutien, s’indigna de tant de « bêtise et d’immaturité » de mon épouse et de mon inconscience et je raccrochai le téléphone plus déprimé encore…

Je me souviens avoir regretté à ce moment là de ne pas avoir de vraie religion…

Ma mère, bien que athée, nous avait néanmoins inscrits mes sœurs et moi au catéchisme pour nous permettre de faire nos propres choix – et un peu aussi pour ne pas contrarier papa qui avait, lui,  été élevé très religieusement.- Or, je suis le seul des trois à avoir refusé de poursuivre cet enseignement jusqu’à la communion, à la grande satisfaction de maman. Pourtant quelque chose en moi me poussait irrésistiblement vers un lieu de culte à chaque fois que la vie me mettait à l’épreuve. Le simple fait de faire brûler une bougie me rassérénait parfois. Anaïs, elle, ne croyait pas en Dieu mais plutôt à un ange gardien que nous aurions tous…

Il me semblait que cette grossesse pouvait être perçue par « Lui » quel qu’il puisse être, comme un pied de nez à son attention et que nous devions nous attendre à une colère divine…

Mon travail de garde, me laissait tout le temps de cogiter et d’établir différents scénarios tous les plus tragiques les uns des autres.

Il me semble que c’est vraiment à cette époque-là que j’ai ressenti le besoin de passer systématiquement chaque soir par le bar pour y boire un ou deux verre d’alcool avant de rentrer à l’appartement pour m’aider à afficher un visage serein face à ma femme…

 

La suite : paris point zéro

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:00

 

paris point zéro

 

AU-DELA DE LA HAINE

 

(page 25)

 

Thomas… Me haïs-tu vraiment ? J’aimerais tellement te revoir une fois avant de mourir… Car je sens bien que mon heure approche… Cette espèce d’agonie que je ressens… Crois-tu vraiment que je l’ai à ce point méritée ? Bientôt dix ans que tu nous évites ta mère et moi… Pourtant je te comprends… Tu as sans doute à toi seul plus de maturité que nous deux réunis… Enfin, façon de parler, puisque nous sommes divorcés…

Je sais que tu veux préserver cette vie tranquille et équilibrée que tu as réussi à construire avec ta jolie et aimante épouse qui t’a donné ces enfants que je ne connais quasiment pas.

Il est vrai que je ne suis pas fréquentable…

Je sais également que tu n’es pas non plus sorti indemne de la naissance de ta petite sœur au cours de ta troisième année…

Tu devenais grand, et venais  d’intégrer la maternelle alors ta maman éprouva  une nouvelle fois l’envie irraisonnée d’un nouveau bébé à serrer contre son cœur… L’échographie annonçait une fille… Le choix du roi…

Mais la science n’est pas exacte, tout s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices…

Nous n’avons pas compris pourquoi le bébé  fut emmené aussitôt sans explication hors de la salle de travail sans nous l’avoir présenté pour l’embrasser bien que son cri eut résonné normalement dès l’expulsion.

Je tentais de calmer ma douce chérie en pleine crise de nerfs qui hurlait « donnez moi mon bébé », mais je me doutais que le plus dur restait à venir…

Le pédiatre, talonné de la sage-femme, vint nous rejoindre pour nous expliquer que si le problème était très impressionnant, la chirurgie remédierait rapidement à cette malformation du visage que la radio n’avait pas décelé : une fente palatine appelée communément « bec de lièvre ».

Désormais prévenus, nous n’étions cependant pas préparés à un tel choc de la vue de ce bébé qui n’avait pas visage humain. Il fallut plusieurs jours avant que ma tendre Anaïs acceptât de prendre son enfant dans ses bras, mais l’instinct et l’amour maternel finit par l’emporter.

La nouvelle consterna nos deux familles, qui nous entourèrent aussitôt et tentèrent de nous réconforter du mieux qu’elles le purent, nous rappelant que ce handicap ne serait que ponctuel et que notre petite Ludivine pourrait un jour avoir une vie normale.

S’ouvrait néanmoins devant nous et surtout pour cette enfant un lourd et long  programme thérapeutique, qui réclamerait patience et compréhension.

Tout d’abord dès les premiers jours pour l’alimentation très particulière de ce nouveau-né avec des tétines spéciales, alors que ma douce épouse ne jurait que par l’allaitement maternel,  puis lors des multiples opérations comme celle de la fente labiale dès les premières semaines  puis des divisions palatines avant la première année.  Nous savions que les séances d’orthophonie et d’autres nombreuses interventions de chirurgie esthétique permettraient un jour une vie normale à notre fille qui n’aurait plus à subir des cruelles moqueries des autres enfants de son âge.

Ce parcours du combattant ma petite Ludivine tu l’as toujours suivi avec courage et  bonhommie… Tu étais vive, malicieuse, éveillée et intelligente… Mais va savoir ce qui se passe dans une petite tête ?

Dans la nôtre déjà régnait une telle tempête…

Dans la mienne comme un sentiment de culpabilité ;  dans celle de ta maman une sorte d’échec.

C’est à cette époque qu’elle commença à avoir besoin de somnifères pour dormir, d’autres pour rester éveillée, de ceux pour ne plus penser ou réapprendre à sourire…

Tandis que je noyais ma solitude morale avec un verre ou deux, au mess avec les collègues avec qui je déjeunais lorsqu’elle se reposait en ayant oublié de préparer le repas.

Notre petite poupée au petit nez écrasé put finalement  entrer à l’école et la vie reprit le dessus…

Dans l’esprit d’Anaïs des idées de revanche sur la vie et ses coups du sort commencèrent à germer, et bientôt son ventre s’arrondit à nouveau.

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 22:00

paris point zéro

 

AU-DELA DE LA HAINE

 

(page 24)

 

Bien qu’accueillie à bras ouverts par les trois autres femmes de ma vie,  ma douce chérie n’avait sans doute jamais pu effacer ce sentiment de ne pouvoir s’intégrer dans ce cercle féminin.

Une drôle de jalousie devait sans doute insidieusement animer de manière différente chacune d’entre elles, qui tenait à s’approprier de manière exclusive mes égards. J’avais beau essayer de me répartir au mieux de ces quatre formes d’amour, je sentais bien que je n’arriverais jamais à combler leurs attentes.

Je tentais alors, le cœur écartelé, en faisant le clown comme à l’habitude, de dérider la moue boudeuse de l’une ou de l’autre.  En y repensant un peu plus tard lorsque chacun avait repris le cours de sa vie « normale » j’en éprouvais une immense tristesse.

Anaïs trouva donc ensuite généralement un prétexte  pour  ne plus avoir à se joindre à chacun de mes retours dans le Nord, que du coup j’écourtais encore un peu plus.

Je crois que j’aurais aimé quelques regrets de la part de ma mère et mes sœurs de son absence, mais les quelques simples mots de politesse compréhensive ne parvenaient pas à effacer la frustration que je ressentais face à cette indifférence vis-à-vis de ma femme, qui,  il est vrai, à part moi, n’avait aucun centre d’intérêt commun avec elles trois.

La naissance de Thomas eut un effet bénéfique sur ce point.

Il faut dire que pour voir l’enfant, il fallait également recevoir la maman…  

Cela valait bien quelques efforts…

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 22:00

paris point zéro

 

AU-DELA DE LA HAINE

 

(page 23)

 

 

Devenir père, ne m’effrayait pas plus que ça parce que maman avait mis au monde ma plus jeune sœur alors que j’étais âgé de quatorze ans.

Que de larmes encore cette année-là ! Si mes parents s’adoraient, ils nous ont assez rebattu les oreilles que nous étions trois accidents… Accidents de l’amour, soit, mais aucun de nous trois n’avait été désiré. Faut dire qu’en ce temps-là on ne parlait pas de pilule…

Néanmoins, une fois là, nous avons été largement dorlotés.

Cet écart de six ans avec Véronique puis huit de plus avec Raphaëlle ne nous a pas permis d’avoir une vraie complicité, même si nous nous aimons indiscutablement. Une sorte de pudeur nous a toujours empêchés de se dire les mots  de tendresse que nous ressentions l’un pour l’autre. Mais nos regards en étaient chargés, c’était déjà beaucoup !

Néanmoins ma relation avec Rapha a toujours été plus intense qu’avec Véro. Est-ce le fait d’avoir souvent aidé maman à m’occuper de ce bébé arrivé un peu sur le tard (maman approchait la quarantaine) en lui donnant le biberon ou lui changeant ses couches ? Toujours est-il  que mon affection pour elle s’approchait davantage du paternalisme que de la fraternité.

 

Comment oublier ce déchirement que de quitter le cocon familial et prendre son envol ?

C’est la vie dit-on !

Oui, certes, c’est la vie…

Partir…

Laisser ceux que l’on aime et chercher sa place ailleurs, tout construire seul, par soi-même… c’est peut-être la vie mais n’empêche qu’il faut une sacrée force de caractère…

Je n’ai jamais eu cette force. Maman a toujours été là pour décider de tout. Heureusement ma mère adoptive était devenue l’armée, ça me facilitait un peu la tâche.

Et comment oublier également cette fête qui régnait à la maison à chacune de mes permissions ?

Maman a durant toute notre scolarité toujours été intransigeante : pas de tire-au-flanc à la maison. Seul le thermomètre décidait de la nécessité de manquer la classe. Un mal de ventre sans fièvre était forcément synonyme de leçon non sue, travail pas fait ou interrogation écrite ou orale non révisée. Alors ouste, en cours ! On assume !

En tout cas personnellement j’avais bien essayé tous les plans, toutes les ruses pour me faire porter pâle, à chaque fois démasqués par l’instinct maternel.

J’avoue être très fier d’avoir pu enfin, en ayant quitté la région, faire valoir à notre mère à chacun de mes retours,  

mon droit d’aînesse pour la faire plier et permettre  à mes

sœurs de leur aménager quelques entorses à la règle.

Prétextant la rareté de mes courts passages à la maison qui ne coïncidaient que très rarement avec la période de vacances ou des week-ends, je sollicitai de l’autorité maternelle un « billet d’excuse pour cause de crise de foie » à l’attention de Madame la Directrice de l’école de Rapha et de Monsieur le Proviseur du lycée de Véro.

Trop heureuse, d’avoir ses trois enfants auprès d’elle maman, s’y sacrifiait  en soupirant « Tu m’en fais faire ! » avec un plaisir non dissimulé.

Seul papa, un peu déçu de ne pouvoir se joindre à nous, partait à l’usine tandis que  nous  partions tous les quatre dans une joyeuse expédition passer la journée au bord de la mer, ou nous balader en forêt, ou même dans un parc d’attraction.

Le soir nous achevions cette journée par un repas familial, où pour l’occasion maman sortait la vaisselle de porcelaine, mettait les petits plats dans les grands et mon père remontait de la cave une bonne bouteille de vin  tout couverte de poussière et de toiles d’araignées.

Evidemment l’arrivée d’Anaïs dans ma vie bouleversa un peu ces festives habitudes…

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 22:00

 

 

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AU DELA DE LA HAINE

 

(page 22)

 

Le jour où tu as su que tu étais reçue à ton diplôme, nous en avons profité pour annoncer à tes parents que nous avions l’intention de nous fiancer. Pas un seul froncement de sourcil. Aucune objection. Le champagne coula à flot. Il n’y avait plus de chef, plus de jeune garde, mais une nouvelle famille qui naissait. Du bonheur, rien que du bonheur…

De retour à mon appartement, j’annonçai par téléphone la bonne nouvelle à mes parents, tout aussi heureux. Je t’amenai dans le nord dès le week-end suivant. Le champagne coula à flot. Ma famille, et toi Anaïs… Du bonheur, rien que du bonheur.

Un an plus tard, nous célébrions notre mariage… Tu portais déjà notre premier enfant.

C’était chez toi une obsession : « pouponner ». Dès notre rencontre tu ne parlais que de tes futurs bébés. Tu en voulais plein la maison… Issue d’une famille de six enfants, je crois que c’était de là que te venait cette envie de pouponner.  Moi, je n’avais pas d’opinion, et puis tu le sais, je suis comme mon père… Je ne sais pas dire non à ma femme.  Tu as voulu un bébé tout de suite. Je te l’ai donné et il fut accueilli au sein de nos deux familles comme le petit fils tant attendu.

Oui, Thomas, tu ne t’en souviens plus, mais tu étais un enfant aimé de tous, du Nord à la Bretagne et bien sûr au sein de notre foyer à Paris. Peu de bébé a été plus photographié que toi, ce qui te faisait bien râler d’ailleurs… Tu me ressembles, ça t’a toujours agacé ces séances interminables de pose. De temps en temps je t’emportais dans mes bras pour t’y soustraire, mais tels deux stars nous étions alors mitraillés par une famille-paparazzi qui n’attendait que cela : nous étions leurs idoles, Rivière-père et Junior…

Personnellement je trouvais ça un peu trop tôt, cette naissance surtout pour toi, ma douce Anaïs, si jeune et puis nous aurions pu faire tellement de choses avant, voyager, sortir, s’amuser rien que tous les deux…

Mais puisque tel était ton souhait…

 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 22:00

 

 

 

paris point zéro

 

 

AU DELA DE LA HAINE

 

(page 21)

Quand j’ai emménagé dans mon appartement de garde républicain, j’avais amené les parents pour qu’ils voient mon « chez-moi ». Connaissant mes talents très limités en bricolage et décoration, ils passèrent le week-end à en faire un endroit décent et agréable, qui me permit de faire entrer sans honte, un peu plus tard, ma douce Anaïs.

Je savais que le chef m’avait à la bonne et qu’il n’était dupe de mes relations avec sa fille, parce que lorsque son épouse avait vu un peu grand dans la préparation d’un bœuf  bourguignon ou d’un cassoulet, il disait à Anaïs, va donc en porter une part au gamin du dessus, ça lui changera des sandwiches et des pizzas, et puis il oubliera le mal du pays… Si ça c’est pas jeter le petit chaperon rouge dans la gueule du loup ! Rires…

Je ne sais pas pourquoi les gens qui m’ont côtoyé ont toujours généralement éprouvé de la sympathie à mon égard.

Mais « parce que tu es un bon garçon » répondrait maman…

 

Un bon garçon dont tout le monde se tape… Sinon je ne serai pas entrain de crever là tout seul comme un chien…Est-ce que je mérite vraiment cette indifférence ?

 

Anaïs, j’aimerais tellement savoir si tu as vraiment cessé de m’aimer. Il me semble que si je savais à quel moment j’ai cessé de compter définitivement  pour toi, je pourrais alors cesser de m’accrocher à cette vie qui n’en est plus une depuis longtemps… Je pourrais enfin trouver la paix…

 

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