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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 22:00

 

 

paris point zéro

 

 

AU DELA DE LA HAINE

 

(page 20)

 

 

La majorité et le BAC c’était la ligne d’horizon de ma chérie, parce qu’alors ses parents ne verraient plus d’obstacle à notre Amour.  Le chef avait compris depuis longtemps. Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace… Rires ! Il m’avait à la bonne… Heureusement ! De temps en temps après le service il me disait : « Allez viens gamin, je t’invite boire un verre au mess ».

L’alcool, je  ne le supportais pas bien à cet âge-là, faut dire que chez mes parents  on le réservait pour les rendez-vous familiaux, et qu’avant vingt ans  on ne le proposait même pas. Et surtout, maman veillait à faire appliquer sa propre loi qu’elle avait mis en place chez elle que ça plaise ou pas : on range les bouteilles après le deuxième apéro ! Certains diront « tu parles, vous buviez de la bière à tous les repas dès une dizaine d’année »… c’est vrai, dans le Nord dans les années soixante dix c’était comme ça dans tous les foyers. Le brasseur déposait chaque semaine, une caisse de bière au litre,  une autre d’eau, et trois bouteilles de vin rouge pour accompagner le fromage. Je ne crois pas qu’en degré ça volait très haut… Ni que ça devait faire de nous des alcooliques… Et puis au fil des années, maman a supprimé la bière parce que le brasseur ne passait plus et que les « canettes » étaient justement trop « fortes » donc eau pour tous aux repas. Papa a fait une drôle de tête. Mais il n’a rien dit. Papa ne contredit jamais maman. Personne ne contredit maman !

C’est à l’armée que j’ai commencé à prendre mes premières cuites avec mes compagnons d’appel, pour faire comme les autres, quand la permission du week-end était trop courte pour revenir dans nos familles. Je n’en éprouvais ni plaisir, ni fierté…

A l’école de gendarmerie, d’autres copains, d’autres longues soirées entre mecs à combler… d’autres cuites. Une fois le diplôme en poche j’allais pouvoir reprendre une vie saine sans passer pour un dégonflé…

 

 

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 22:00

 

 

paris point zéro

 

 

AU DELA DE LA HAINE

 

(page 19)

 

 

J’entends la petite mémé qui passe… Ca fait donc un jour de plus que je gis là. A qui parle-t-elle là devant ma porte ?

« Minou, minou, qu’est-ce que tu fais là ? Je ne savais que Dimitri avait un chat… Viens, avec moi petit minou, je vais te donner du lait. On ne le voit plus en ce moment ton maître… Ils ont encore du l’emmener le pauvre… Mais je vais te soigner en attendant son retour… »

Mémé ! Non ils ne m’ont pas emmené, je suis là… mais faudrait les appeler justement les pompiers. Je n’ai jamais eu de chat… Ce n’est pas le mien…

Elle a dit mon prénom… Oh ! Mémé ! Pas si perdue que ça n’est-ce pas ? Je te promets que lorsque je serai guéri, on passera plus de temps ensemble. A moins que l’Alzheimer soit ta façon à toi de garder une distance avec les autres… Comme moi, l’alcool…

J’en étais où déjà ? Ah oui ! Au temps du bonheur…

C’est là que j’ai rencontré Anaïs. Elle habitait l’appartement sous le mien à la caserne des gardes. C’est surtout elle qui m’a « cherché »… La fille du chef, tu parles on avance doucement sur un terrain comme celui-là. Je risquais gros : un détournement de mineure ! Mais comment résister à un petit chat comme elle, qui venait gratter à ma porte ? Bon sang comme j’étais heureux ! Je vivais sur mon petit nuage : Paris… L’Amour… Un beau métier, pas trop fatiguant… Rires !

Maman ne pleurait plus. Elle était heureuse aussi. Elle savait que désormais ma vie était là-bas dans la capitale.  Chaque jour je lui téléphonais, c’était notre rituel. Je lui parlais d’Anaïs. Elle se réjouissait de savoir que je n’étais pas seul, et de voir peut-être un jour une fille de plus à la maison…

 

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 22:00

 

 

paris point zéro

 

(page 18)

 

Je me désespère que voir quiconque se préoccuper de moi…

C’est sûr maintenant ça doit faire au moins deux jours que je suis là.

Rires… Je deviens bon : même pas soif !

Rire jaune… C’est long… Personne ne s’inquiète… Je l’ai bien cherché pas vrai ?

Cette plaie à la tête… Je ne me suis quand même pas fait agresser ? Avec tout ce que l’on voit aux infos… Cette violence omniprésente…

Je n’ai jamais été violent. C’est un sentiment que je ne connais pas, et que je ne comprends pas. La première fois que j’y ai été confronté c’est quand j’étais cartonneur. Je partais comme habituellement vers vingt heures trente pour faire la nuit, en prenant un raccourci par la voie ferrée qui surplombait le canal, lorsqu’un groupe de jeunes de mon âge rassemblés là pour vider quelques canettes de bière m’ont pris à parti, me bousculant et me molestant. « Allez les gars, j’ai pas le temps de jouer je pars travailler… »  Au lieu de les calmer, les coups de pieds et de poings me firent rouler par terre et si je n’avais reconnu parmi mes agresseurs un de mes ancien camarade de classe, je crois bien qu’ils auraient été capables de me tabasser à mort. En me reconnaissant, il invita ses potes à « se tirer ».

Retour à la maison, visage tuméfié, nez cassé, rage au ventre, incompréhension…

Larmes de maman…

Après opération et quelques semaines de convalescence j’ai remis ma musette sur l’épaule, mais quelque chose en moi s’était craquelé pour laisser s’insinuer un doute : suis-je vraiment fait pour ce métier sans grand avenir ?

La vie apporte quelquefois d’elle-même les réponses à nos questionnements. En ce qui me concerne ce fut sous la forme de ma lettre d’appel au service militaire alors encore obligatoire.

Pourtant épris de liberté, je n’ai pas souffert d’être commandé durant cette année en Allemagne…

Larmes de maman un an durant…

A mon retour, ma décision était prise : pas question de retourner à la verrerie. Je postulais pour l’école de gendarmerie où je fus reçu avec succès avant d’intégrer l’élite, la garde républicaine, intrinsèquement liée à Paris… mon rêve !

Je sais combien  ce jour-là, mes chers parents je vous ai rendu fiers. L’uniforme, il n’y a pas mieux pour imposer le respect.

Larmes… mais de joie !

Je suis persuadé que dans votre chambre trône toujours cette photo que je vous ai envoyée  à l’époque, dans les années quatre-vingt, où j’apparais en tenue d’apparat, avec le plumeau rouge, dans mes fonctions à l’hôtel Matignon aux côtés de Pierre Mauroy, à l’époque premier ministre socialiste sous François Mitterrand et également maire de Lille, chef-lieu de notre région.

Tout un symbole de réussite à vos yeux, nordistes ouvriers…

Oui, je vous ai vraiment rendus heureux à cette époque-là.

Mais c’était il y a longtemps… tellement longtemps !

 

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 22:00

 

 

paris point zéro

 

(page 17)

 

Oh oui ! Sentir l’air frais… Entendre chanter les oiseaux… Regarder le ciel bleu et croire à nouveau à la vie… J’ai toujours aimé la nature… La campagne, les arbres, les forêts…

Mais toi Anaïs tu disais que tout ce feuillage t’étouffait, « tout ce vert, quelle tristesse ! » ajoutais-tu l’air dégoûtée. Je pensais qu’habituée à Paris, tu n’avais peut-être jamais eu l’occasion de goûter à ce bonheur que de se sentir proche de la nature, aussi ai-je eu la « bonne idée » de t’emmener passer les congés, rien que tous les deux, dans ma région.

 Je ne voulais pas passer ces trois semaines chez mes parents, parce que je savais que ta façon de vivre n’était pas compatible  avec l’éducation que j’avais reçue. Maman n’aurait pas supporté tes grasses matinées interminables, et le décalage de ta façon de t’alimenter simplement quand tu as faim. Chez moi, le petit-déjeuner c’est jusque  neuf heures trente maxi, le déjeuner à douze heures et le dîner à vingt heures. « Mais enfin, avait insisté ma mère, vous seriez quand même mieux dans un bon lit… ». J’ai tergiversé avec diplomatie prétextant que c’était nos premières vacances en amoureux et que c’était moins gênant pour ma jeune fiancée de seize ans.  J’avais donc choisi de planter notre tente dans une pâture, dans un joli petit village  de la vallée de l’Aa, en bordure de la rivière. Je trouvais ça romantique…

Tu as trouvé ça détestable, répugnant : « Plus jamais ! Tu m’entends ? »

Il est vrai que cet été là, le temps avait été particulièrement exécrable. Le Nord avait à tout jamais perdu ta considération. Moi qui avais été si fier de te dire que nous pourrions partager ces jours de repos entre nature et plage  comme le permet normalement le Pas-de-Calais quand il fait beau… Il ne t’avait seulement jamais été permis de porter le bikini que tu avais acheté pour l’occasion.

Au grand désappointement de mes parents, nous avons plié bagages au bout de dix jours et rentré à Paris.

Les années qui suivirent je n’ai plus jamais cherché à te convertir à mon goût de communier avec la nature, mais lorsque la vie trop trépidante de Paris commençait à me peser un peu trop, je te laissais dans ta chère capitale pour remonter dans ma famille deux ou trois jours, ou je m’éclipsais seulement quelques heures de notre appartement pour me ressourcer dans la Forêt Domaniale de  Versailles ou du Bois de Satory, me poser quelques instants aux bords de l’étang de Geneste, ou du Val d’Or et du Moulin du Renard.

Je revenais ensuite rasséréné à notre appartement où je te retrouvais plongée dans quelque feuilleton télévisé que j’exècre.

C’est ainsi : les contraires s’attirent. Nos différences n’auraient pour rien au monde à mes yeux, pu entacher l’amour que je t’ai toujours porté. 

 

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 22:00

 

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AU-DELA DE LA HAINE

   (page 16)

 

 

.../...

 

J’aimerais sentir l’air frais sur mon visage. Là, maintenant partir me balader dans la nature, voir des arbres, un lac, qui me feraient penser un peu aux marais audomarois. Même s’il  y a longtemps que je ne sens plus nordiste.

Je sais combien ça t’a  vexé Véronique quand je t’ai dit ça au téléphone.

Dany Boon venait de faire un tabac avec son film « Bienvenue chez les Ch’tis » et tu t’es indignée quand je t’ai dit n’avoir pas tout compris de ce patois dont usait pourtant volontiers notre père. « Mais tu n’as pas le droit d’oublier tes origines » m’as-tu reproché.

Comment te faire comprendre que tout au fond de moi je ne me suis jamais senti comme « faisant parti de ». Je suis né au Nord où j'y ai vécu jusqu'à dix-neuf ans près des marais et des forêts, tout en rêvant du Centre ;  le Sud berce mes plus beaux souvenirs d’enfance des mois d’août avec pépé et mémé chez Tante Odette ; j’ai des souvenirs merveilleux des montagnes de l’Est de nos vacances familiales tous les cinq, mais autant de  l’Ouest et ses plages bretonnes où j’ai ensuite passé les étés dans la famille d’Anaïs.

Tout me va. Tout me plaît. Je m’émerveille de tout et me sens bien partout… jusqu’à ce que l’angoisse m’assaille brutalement, sans préavis, sans raison, où que je sois, quelque soit l’heure qu’il est.

Soudain l’envie de hurler, de fuir sans raison, de disparaître.

Pourquoi ce mal être qui me ronge ?

Je vis, je ris, je suis bien… et tout à coup là dans la poitrine un bloc de plusieurs tonnes qui m’empêche de respirer normalement. Une asphyxie qui remonte jusqu’au cerveau à n’en plus pouvoir rassembler mes idées. J’essaie pour mon entourage de ne rien laisser paraître et, partagé entre ma douleur intérieure  et les convenances je subis une torture insoutenable.

L’alcool a ce pouvoir sur moi de  calmer cette douleur, d’alléger  le poids de ma poitrine et de m’aider à mieux respirer.

Mais tel un pacte signé avec le diable, il réclame ton âme en échange de cet apaisement.

Un verre ne suffit pas, il en faut un second qui en appelle un autre et jour après jour, de bouteilles en bouteilles, l’alcool te ronge de l’intérieur. Quand tu en prends conscience, il est trop tard, il te coule dans les veines et devient ta seule raison de vivre, parce que sans lui tu n’es plus capable de rien…

Mais avec,  et à cause de lui, tu n’es plus rien.

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 22:00

 

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AU-DELA DE LA HAINE

   (page 15)

 

 

Ces talons dans l’escalier, c’est la « Tarlouze »… Qu’est-ce que c’est que ce délire ? Il y a un instant maman m’appelait… C’était forcément le matin ou l’après-midi, le jour quoi !

Mais les talons aiguilles… c’est vers vingt-trois heures trente qu’ils se mettent en route. Le jour il s’appelle Eric, il est employé de banque. Costard, cravate… Beau gosse, filiforme,  à l’allure androgyne, timide, réservé…

Mais la nuit il devient Lola… Bas résille, mini jupe, petit blouson de skaï fuchsia  sur top de dentelle noire, faux-cils et perruque blonde…

Je ne le croyais pas quand ils ont raconté ça au bistrot du coin.

Pour moi c’était le « Gamin », et puis un jour j’étais tellement bourré pour trouver la clef de mon studio dans la poche de mon pantalon, que j’ai dormi sur le pas de ma porte et je l’ai vu partir dans le noir de la nuit, dans les projecteurs de la ville rejoindre ses fantasmes…

A chacun sa façon de maquiller sa vie, de se créer son paradis artificiel…

Ca ne me choque pas cette envie de se travestir. Je suis très tolérant. J’estime qu’il y a sur terre de la place pour tous. Que chacun devrait être libre de vivre sans être obligé de se conformer à une soit disant ligne de conduite.

Papa est très conformiste. Pas de bruit. Pas de vague. Rester à sa place, ne jamais chercher à atteindre des sommets auxquels nous ne sommes pas destinés de par notre condition sociale généralement imagé par cette expression qui personnellement me convient mieux : « ne pas vouloir péter plus haut que son cul », mais bon,  comme il ne faut pas se faire remarquer ni dire de gros mots…

Pardon papa ! Heureusement que tu ne m’entends pas !

Comme tu dois me haïr de me savoir ivrogne, d’imaginer ce que les gens doivent dire du fils d’Emile Rivière « qui n’a jamais fait parler de lui au moins… Pour un fils qu’il a… Ca, c’est la vie parisienne… »

Non Messieurs, non Mesdames, ce n’est pas la vie parisienne…

C’est la vie tout court.

 

N’empêche que j’arrive de moins en moins à me situer dans le temps.

Faudrait ouvrir la fenêtre… pour les mouches.

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 22:00

 

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AU-DELA DE LA HAINE

   (page 14)

 

Mon portable ! Zut c’est vrai : impossible de le prendre en main… Ca commence à me gonfler ce petit jeu. C’est plus drôle à la fin…

Maman ! C’est toi maman, tu t’inquiètes… Je n’ai pas appelé  ce matin ou hier… Je ne sais plus… Je t’appelle tous les jours. C’est comme ça chaque matin. Je sais que papa t’apporte le café au lit à sept heures trente,  j’attends avec impatience huit heures pour entendre  ta voix. « Avant c’est trop tôt mon garçon. Tu sais à mon âge, au réveil, il faut me laisser le temps de rassembler mes idées que j’ai assommées par les somnifères » Alors j’attends huit heures. Je sais combien tu tiens à tes habitudes, tes repères, tes règles maman.

Je n’ai pas pu appeler…

Et maintenant je ne peux te répondre ! Je suis par terre et debout en même temps, inconscient et là, debout face à ce portable… Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Je ne comprends plus rien…

Maman… Je vais crever si on ne fait rien… Il me semble que ça fait une éternité que je suis sur le sol… La sonnerie qui s’arrête. Tu vas encore pleurer… Papa dira « Alors ? » et tu lui répondras « Rien… Il a sûrement du être à nouveau hospitalisé »,  il hochera la tête en ajoutant  « pas de nouvelle, bonne nouvelle, tu sais bien, c’est toujours comme ça », puis impuissants, vous vous jetterez dans les bras l’un de l’autre et vous pleurerez.

Je ne suis bon qu’à ça : semer le chagrin, le malheur.

Vous devriez être heureux, tranquilles,  à profiter pleinement de cette chance que d’être encore ensemble et en bonne santé à quatre-vingts ans. Mais depuis ces dix dernières années je vous ai bien pourri la vie ! Je m’en veux mais quand je me sens angoissé, oppressé, je ne peux m’empêcher de me raccrocher à vous.  Le temps passe inexorablement, en dessinant sur les visages multitudes de rides, grisonnant les cheveux et insinuant dans les articulations de l’arthrose, mais là tout au fond de notre âme demeure l’enfant qui se recroqueville en position fœtale et appelle sa maman… Son papa.

Que n’ai-je pas parfois téléphoné jusqu’à une vingtaine de fois dans la journée, entrecoupées de bouteilles vidées, vous torturant d’heures en heures sans pitié, trop enfoncé dans ma souffrance pour seulement oser imaginer la votre. On est égoïstes nous, les dépressifs… les alcooliques…

Vous auriez pu me rejeter, me raccrocher au nez, me renier.

Jamais ! A aucun moment vous ne m’avez abandonné.

Faut dire que si quelqu’un pouvait comprendre ce mal lancinant qu’est la déprime, c’est bien vous mes chers parents. Maman… Tes larmes… si fréquentes, qui ont plu sur l’enfance de mes sœurs et moi… inexplicables, que papa calmait du mieux qu’il pouvait en te berçant dans ses bras… en te portant à bout de bras !

Peut-être que si j’avais eu, auprès de moi un amour aussi passionnel, j’aurai pu m’en sortir… Peut-être que  je n’aurais pas eu à vider toutes ces bouteilles pour les jeter à mer…

 

 

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 22:00

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AU-DELA DE LA HAINE

   (page 13)

 

Te reconquérir… Repartir à zéro… Je me suis raccroché à cette obsession avec toute l’ardeur de mon amour… J’allais m’en sortir… C’était sûr…

Et puis tu m’as annoncé que tu allais te remarier…

Je t’ai dit en raillant pour cacher mon chagrin :

-         « Les bonnes nouvelles, il  faut les arroser ma chérie !

-          Comme si tu avais attendu ça, m’as-tu répondu, tu es pitoyable…

-         Et toi si cruelle… mais si belle ! Jamais il ne t’aimera comme je t’aime… Tu es à moi... Tu es faite pour moi… Tu reviendras… Tu verras… »

Puis la porte a claqué. Depuis je n’ai cessé de boire à ta santé, à ton bonheur… sans moi.

Puisque j’étais déjà mort… Plus rien de pire ne pouvait m’arriver… Me noyer… Me détruire…

 

Je sais, tu pourrais aussi me reprocher d’avoir eu quelques copines depuis notre séparation… Mais comme dirait Brel « il faut bien que le corps exulte » sauf que tu as choisi que nous deux, nous ne serons jamais « de vieux mariés »…

Paraît que je suis beau gosse. Enfin… J’étais pas mal… Avant… Mes yeux surtout, avec de longs cils épais… C’est ça qui t’a séduite Anaïs… Les autres aussi, mais d’elles je m’en fous, puisque c’est toi que j’aime…

 

Et puis parlons-en de mes maîtresses : des paumées rencontrées dans les centres psychiatriques, des névrosées, des dépressives, des suicidaires même surtout.

Il y en a quand même quelques unes dont je suis particulièrement fier comme Jenny, cette ancienne Bluebell Girl du Lido, pleine aux as, qui vivait mal sa quarantaine et mettait chaque nuit un point d’honneur à collecter en souvenir des jours de gloire, un maximum de bouchons de champagne des bouteilles qu’elle descendait à une vitesse qui m’a toujours sidéré. Même moi je n’arrivais pas à la suivre… Rires…

Jenny… Un corps de rêve avec des jambes à n’en plus finir et une poitrine à faire pâlir les saints… mais l’intérieur complètement déglingué… comme son âme. Un appétit sexuel époustouflant, qui me faisait à nouveau sentir homme… Fallait bien que je sache, si un jour tu revenais, si j’étais encore capable de…

Je te rassure ma petite chérie : tout va bien de ce côté-là. Anaïs, mon amour, c’est quand tu veux… Pardon ! Je ne voulais pas être un goujat… Je sais que tu n’aimes pas la vulgarité. 

Jenny et moi ça a duré quelques années, entrecoupés d’internements… L’un portant parfois l’autre à bout de bras, ou l’entrainant dans sa descente aux enfers. De temps en temps au meilleur de notre perdition, quand nous étions fraichement sortis de l’hôpital nous options d’un commun accord pour un break, pour une reconstruction individuelle… Le premier guéri, soutiendrait l’autre pour le sortir à son tour de cette maladie… Mais chaque jour qui passait n’était qu’un enfoncement plus profond dans notre déchéance…

Il y a déjà un an que ma jolie sirène est restée pour de bon dans les abysses de sa souffrance.

Je l’envie souvent… Mais je ne peux pourtant me résoudre à quitter cette vie parce qu’au fond de mon cœur persiste l’infime espoir de te croiser encore…

Anaïs… Même à zéro, j’y crois encore… Jusqu’à l’infini… Jusqu’à la fin des temps… Je t’aimerai et si c’était possible, même au-delà !

 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 22:00

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AU-DELA DE LA HAINE

   (page 12)

 

Ca y est… Les voilà les bestioles… Attaque de mouches aujourd’hui… J’avais déjà eu les rats, les araignées, mais jamais les mouches. Comme ça c’est fait ! Je n’aime pas ça voir des bestioles… Ca me fait trop flipper, mais ça n’arrivera plus, puisque lorsque l’on m’aura sorti d’ici, de ce merdier dans lequel je me suis encore fourré j’arrêterai définitivement.

 

A cinquante cinq ans on n’est quand même pas foutu ! Je vais me retrouver une veuve ou une divorcée et je vais me reconstruire une petite vie calme. Elle, elle a bien réussi à se recaser…

 

Rien que d’y penser j’en ai la nausée. Imaginer les mains d’un autre sur Elle… sur sa peau si douce, sur ce corps que j’ai vu se métamorphoser jour après jour, la beauté de ses courbes si parfaites, même après la naissance de nos quatre enfants. Comment a-t-elle pu se donner à un autre, le laisser la caresser, respirer son parfum, lui offrir son épiderme si délicat et fragile. L’Amour, celui que j’avais imaginé c’était l’unique, l’exclusif, comme celui de mes parents : bientôt soixante ans de mariage, sans coup de canif dans le contrat.

Anaïs !!! Pourquoi tu m’as fait ça ? Comment te dire que tu m’as tué en demandant le divorce ?

Je n’ai plus eu qu’un unique but : te reconquérir. Je croyais vraiment que pour y arriver je trouverai la force de m’abstenir à tout jamais et repasser par la case départ, le point zéro…

 

Tu n’as pas pu oublier… Le parvis de Notre-Dame…

Tu m’as pris ce jour-là par la main et tu m’as dit sur un ton très professoral « C’est à partir de cette rose des vents que l’on calcule la distance de Paris aux autres villes de France »…

Tu étais fière d’être parisienne et tu essayais d’en mettre plein la vue au jeune provincial que tu voyais en moi.  J’ai fait mine d’être épaté de tant d’érudition puis complètement sous le charme de ta candeur et de tes yeux noisettes, je t’ai alors embrassée et t’ai dit qu’il faudrait penser à faire ajouter dans les manuels de géographie que cette rose des vents était désormais et avant tout,  le point qui marquait la rencontre des cœurs et  des lèvres d’Anaïs et Dimitri dont les routes ne se sépareraient plus jamais jusqu’à atteindre l’infini et ce jusqu’à la fin des temps.

J’entends encore ton rire cristallin et plein de vie…  Tu avais quinze ans. J’en avais vingt-deux.

 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 22:00

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AU-DELA DE LA HAINE

   (page 11)

Athos… Cesse de faire le loup s’il te plaît, ou tu vas goûter aux rangers de ton gros con de maître.

 

Moi j’aimais bien travailler la terre. Tu te souviens papa ? Tu n’as jamais eu à me demander deux fois de bêcher le jardin ni de planter les pommes de terre… Déduire les carottes, ça je n’aimais pas, je laissais faire Véro, ma sœur, ma benjamine de six ans. On se chamaillait souvent tous les deux. Mais on se marrait bien  aussi. Je lui faisais le cri que m’avaient appris les potes à l’usine quand ils rappelaient les moutons :

-         « Hip ! Hip ! Hip ! 

-       Bêê… Bêê… Bêê… » qu’elle répondait, alors je lui courais après en aboyant pour rassembler le troupeau. Mais c’était une brebis galeuse celle-là…

Pfff… C’était con… C’était bien… J’avais dix-sept/dix-huit ans… Elle en avait six de moins… Rires… Larmes…

 

Véro… Tu m’en veux n’est-ce pas ? Il y a un an ou presque, c’était en septembre, tu vois je m’en souviens encore, tu étais là juste à quelques kilomètres de moi, tu étais venue visiter le musée Grévin avec ton mari, tes enfants et tu m’as téléphoné :

-         « Dim ? C’est moi : Véro. Je suis là tout près… Je me demandais si ça te ferait plaisir que l’on passe te dire bonjour…

-         Non Véro ! Non…

-         Tu sais, je comprends… Je ne veux pas m’imposer… On aurait du prévenir, mais ce n’était pas au programme… C’est juste que je me disais que ce serait trop bête, d’être là si près de toi et de remonter dans le Nord sans  t’embrasser… Ca fait neuf ans que tu n’es pas revenu chez nous…

-         Non Véro ! Je ne préfère pas… Je ne suis pas en état…  Je ne veux pas que tu me vois comme ça… Ici… Dans ce bordel…

-         On n’est pas obligés d’aller chez toi, on peut se donner rendez-vous dans un Mac Do ou…

-         Véronique je te dis que je ne veux pas te voir… Tu peux comprendre ça ?

-         Tu ne vas pas bien hein ?

-         … (sanglots)

-         Oui, Dimitri, je peux comprendre. C’est pas grave… Avec le GPS maintenant c’est plus facile de venir à Paris… On reviendra quand tu iras mieux… On préviendra… Je… Bon, ben je te laisse… Prends soin de toi Dim… Bisous…

-         Oui… (sanglots)»

 

Tu as toutes les raisons de me haïr, toi, Véro. Comment ai-je pu te rembarrer de cette façon. Mais j’étais si mal ce jour-là. J’aurais eu tellement honte de te montrer l’épave que j’étais devenu.

Deux jours plus tard on m’internait… Une nième cure ! Quand je t’ai rappelée à ma sortie d’hôpital tu m’as juré que tu ne m’en avais pas voulu… mais je sais combien je t’avais pourtant blessée.

 

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