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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 21:36
Histoires d'Avent d'aujourd'hui

http://www.edition999.info/Histoires-d-Avent-d-aujourd-hui,1033.html

Des contes de Noël à télécharger gratuitement. S'il vous ont plu n'hésitez pas à laisser un avis sur Edition999. Merci.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 10:30

 

 

pere-noel-traineau

 

 

Lutin Bricolo, le mécanicien chargé de l’entretien du traîneau du Père Noël, a équipé le précieux véhicule d’un

 

turbo aérodynamique magique qui  permet cette année à l’homme à l’habit rouge, de gagner un temps précieux.

 

Tandis que les douze coups de minuit résonnent dans la vallée, Père Noël remarque alors sous lui, en bordure

 

de la forêt, un adorable petit lac de montagne complètement gelé, que fait scintiller de mille feux Dame Lune.

 

Il jette un coup d’œil sur son chargement et constate qu’il n’y a déjà presque plus de cadeaux à distribuer et qu’il peut se permettre une petite pause.

Il commande donc à ses rennes : Tornade, Danseur, Furie, Fringant, Comète, Cupidon, Tonnerre et  Éclair de l’y déposer tout près. Il sort d’un coffre du traîneau une paire de patins pour les chausser.

Et  voilà notre barbu d’enchaîner toutes les figures de patinage tel un jeune homme : axels, lutz, flips et même boucles piqués. Ah ! C’est qu’il a encore de la ressource notre vieillard !

Mais tout à coup : Patatras !

La glace se craque et le voilà qui tombe dans l’eau glacée.

Les rennes tendent leurs bois pour que Père Noël s’y accroche, mais ils sont beaucoup trop courts pour l’atteindre et le fait d’être tous harnachés ensemble ne leur facilite pas la tâche. Ils préfèrent donc courir  très vite vers le bois voisin pour essayer de trouver de l’aide.

Ils n’ont pas besoin de s’enfoncer trop profondément dans la forêt puisqu’ils trouvent rapidement tous les animaux réunis autour de Petit Sapin.

Tous se tournent interloqués vers ces drôles de cerfs attelés à un traîneau bizarre.

Monsieur Hibou-qui-sait-tout, est le seul à savoir identifier les nouveaux arrivants. Il comprend immédiatement que l’heure est grave et que le Père Noël est en danger. Il invite donc toute la compagnie à suivre les rennes, qui la conduisent auprès de notre barbu qui commence à être à bout de force.

Sur place, il prend dans son bec le bout d’une corde qui se trouve dans le traîneau et vole jusque Père Noël pour le lui donner, avant de prendre l’autre bout pour en entourer les bois de Tornade et Danseur, les rennes en tête d’attelage.

Tous se mettent à reculer et remontent ainsi rapidement sur la berge enneigée notre vieillard à bout de force et frigorifié qui s’évanouit.

Sur les conseils de Monsieur Hibou-qui-sait-tout les animaux font glisser l’homme sur une couverture posée sur le siège du traîneau qu’ils tirent jusqu’à la forêt auprès de Petit Sapin. 

Il invite ensuite tous les animaux à réchauffer le Père Noël. Les plus petits se couchent sur lui, les autres lui soufflent dessus, d’autres encore lui lèchent le visage.

Le voilà qui, très vite, cligne des paupières. Tous effrayés reculent alors. Il se redresse et les regarde tous avec un grand sourire :

-          « N’ayez pas peur mes amis ! leur dit-il en souriant. Vous m’avez sauvé la vie, et la tradition de Noël par la même occasion. »

Puis découvrant Petit Sapin tout scintillant :

-          « Oh, mais je vois qu’en matière de tradition, vous savez la mettre à l’honneur, il est magnifique ce petit sapin ! Il ne me reste plus qu’à y déposer quelques cadeaux ! »

Et sous les yeux ravis de Petit sapin, le Père Noël dépose des mangeoires de graines, des fruits secs, des carottes et autres légumes  et du fourrage pour les animaux de toute la forêt.

Puis il se gratte la barbe en regardant Petit Sapin, retourne à son traîneau et revient avec des guirlandes et des boules de verre multicolores qu’il dépose çà et là sur le petit arbre qui se trémousse de joie.

-          « Encore merci mes amis, dit le Père Noël ému, je dois maintenant continuer ma tournée beaucoup de petits enfants n’ont pas encore reçu leurs cadeaux, mais l’an prochain je vous promets de repasser vous voir. »

Le Père Noël remonte alors dans son traîneau au turbo aérodynamique magique qui fort heureusement lui permettra de rattraper son retard sous les ébahis de tous.

Monsieur Hibou-qui-sait-tout et ses amis, surtout Petit Sapin, se souviendront toujours de ce merveilleux Noël.

  

Claudie Becques.

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 23:00

 

traineaunuit.jpg 

A

Noël

--

  Dans

Les yeux

Des enfants

Il y a un beau sapin

Qui brille de mille feux

Dans

Les yeux

Des enfants

Il y a plein de

Rêves à ne pas décevoir

Dans

Les yeux

Des enfants

Il y a un Père Noël

Qui dépose les rêves au pied

D’un

Beau

Sapin

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 11:04

etoileNoel-copie-1.jpg

 

Comme tous les soirs, la nuit a déployé son grand tapis noir dans le ciel.

Sous les yeux de maman Lune, toutes les étoiles s’amusent à qui brillera le plus.

Quelques unes se poursuivent même joyeusement pour le bonheur des terriens qui, en les apercevant, en profitent pour faire un vœu.

Seule, dans son coin, Petite Etoile ne participe pas à leurs jeux. Elle boude.

-          Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ne joues-tu pas avec tes sœurs ? s’inquiète maman Lune

-          Parce que ça ne sert à rien, bougonne Petite Etoile.

-          Bien sûr que si : c’est très rassurant pour les enfants de vous voir, toutes, scintiller dans la nuit, explique maman Lune

-          Mais le problème, c’est que nous sommes tellement nombreuses, et moi si petite, qu’aucun enfant ne me voit, moi, personnellement… répond Petite Etoile

-          Je comprends, soupire maman Lune, tu aimerais te démarquer en quelque sorte… Mais si tu brilles plus fort que tes sœurs, les enfants te remarqueront forcément…

-          Oui mais non… bredouille Petite Etoile, je préfèrerai ne briller même que pour un seul enfant, et même rien qu’une seule fois, pour voir de près son bonheur…

-          Serais-tu prête, pour cela, à sacrifier l’éternité pour ne briller seule que l’espace de quelques heures ?

-          Oui maman Lune, répond sans hésitation Petite Etoile

-          Si c’est vraiment ce que tu souhaites, je peux réaliser ton vœu, dit alors maman Lune.

Pendant ce temps là, sur la terre, la petite Léa a aidé son papa et sa maman à garnir le sapin de noël avec de jolies guirlandes de lumières et de paillettes, ainsi que de nombreuses boules multicolores.

Il est vraiment magnifique ! Pourtant Léa est déçue : il lui manque quelque chose pour qu’il soit vraiment parfait ! Elle retourne tous les cartons pour voir ce qu’elle pourrait lui ajouter, pour en faire le sapin de noël idéal.

Maman Lune, qui, de là-haut, voit tout, glisse alors, de son faisceau magique, Petite Etoile au fond d’un carton.

Lorsque Léa la découvre, elle pousse de joyeux petits cris :

-          Youpi ! C’est exactement ce que je cherchais ! Qu’elle est jolie cette étoile ! Papa tu veux bien me porter s’il te plaît ?

Le papa de Léa, l’aide à déposer la merveilleuse Petite Etoile au sommet du sapin, qui resplendit de mille feux.

Petite Etoile est si heureuse ! Son rêve est enfin réalisé : elle peut voir de près que Léa a les yeux qui brillent autant qu’elle-même.

Le papa et la maman de la petite fille les prennent toutes deux en photo, comme si Léa et Petite Etoile étaient de vraies stars !

Et même que si ça ne devait durer que le temps d’un noël, ça valait vraiment le coup !

 

© Claudie Becques (22/12/2012)

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 10:39

 nativite.jpg

Il y  a très longtemps, Dieu, dans son paradis céleste s’ennuyait.

Pour passer le temps, en regardant la terre,  il se remémorait toutes les créations qu’il avait faites.

C’est avec fierté qu’il regardait la grande beauté des paysages variés sous lui : les montagnes, les mers, les campagnes… 

Il était lui-même surpris de l’émerveillement qu’il éprouvait face à la multitude d’espèces animales et végétales, et cette idée de génie qu’il avait eu en instaurant le cycle de la vie. Certes pour certains cela eut pu paraître un peu cruel que les plus faibles puissent finir sous la dent du plus fort, mais c’était là une mesure indispensable pour le renouvellement des espèces, et la continuité.

Son regard fut ensuite attiré par un couple d’humain tendrement enlacés autour de la couche d’un enfant et il se dit que de toutes ses œuvres l’Homme était le summum.

Il les regarda ainsi longtemps entourer le bébé de tout leur amour et il s’aperçut soudain qu’un grand vide régnait dans son cœur.

Cet homme et cette femme, là en bas, semblaient si heureux et lui se sentait si seul…

Un fils…

Si lui aussi avait un fils, sans doute que la joie règnerait en lui chaque jour, nul n’est fait pour vivre seul et de l’amour, il en avait à revendre.

Oui, mais il n’y a au paradis aucune madame Dieu… 

Ce n’était pas ce genre de petit détail qui pouvait stopper le projet du créateur.

Il choisit donc sur la terre une femme simple et honorable qui s’appelait Marie pour porter son enfant. Joseph, le courageux charpentier lui parut digne de faire un père de substitution pour l’accompagner jusqu’à la naissance.

C’est la nuit du 24 au 25 décembre que le petit Jésus naquit dans  une étable à Bethléem, et le monde entier apprit la bonne nouvelle.

Un peu partout sur la terre d’autres enfants naquirent également mais pour aucun autre d’entre eux des rois mages ne firent une longue marche pour apporter des cadeaux.

Pour les hommes, c’était normal et tous fêtèrent en liesse la naissance du fils de Dieu sans aucune jalousie.

Le créateur fut très ému de tout cet amour et cette générosité alors il estima qu’il était de son devoir de faire quelque chose pour tous les enfants de la Terre.

Alors il créa le Père Noël.

C’est ainsi que depuis, chaque année, tous les hommes fêtent la naissance du petit Jésus et que le Père Noël distribue des cadeaux pour tous les enfants de la terre.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 10:11

traineaunuit

 

L’histoire remonte, il faut le dire, à plusieurs générations. 

Cela s’est passé dans un petit village de la France dite « profonde », où le labeur et  l’entraide régnaient encore.

Ceux qui nous intéressent plus précisément, sont les membres de la famille du garde-forestier, que tout le monde appelait familièrement Dédé, pour André.

Le brave homme savait, quand il le fallait fermer les yeux sur le braconnier contraint d’enfreindre la loi pour permettre à sa famille  de se nourrir. Après quelques  élagages d’arbres il préparait multitudes de fagots qu’il s’empressait d’aller porter aux plus faibles et pauvres pour  qu’ils puissent faire quelques flambées  sans avoir à chercher.

L’épouse de Dédé était à son image : soucieuse de son prochain, toujours très  active au sein des bonnes œuvres de  la paroisse du petit village. Tandis que son mari travaillait au bois, elle soignait les quelques bêtes de l’enclos qu’il avait dressé, cultivait quelques légumes et passait de longues heures, été comme hiver, à tricoter.

Car, en effet, le 25 décembre,  le village tout entier se regroupait à la salle paroissiale pour fêter la naissance du petit  Jésus, et chacun d’apporter ce qu’il pouvait pour le partager dans la joie et la fraternité.

Dédé apportait les jouets qu’il avait patiemment sculptés dans du bois, puis peints et vernis pour les offrir aux plus jeunes. Il amenait aussi quelques fruits  glanés dans la forêt, tels que des noisettes, des noix ou même des pommes de son jardin qu’il avait pris soin de bien conserver dans des cagettes.

Sophie, sa femme apportait quelques pâtés confectionnés pour l’occasion ainsi que des pains  et des gâteaux. Elle offrait également à ceux qui en manquaient, de la layette et lainages qu’elle avait tricotés durant l’été.

Un jour la grande nouvelle fit le tour du village : Dédé et Sophie attendait un heureux évènement.

Tout le village se réjouit de leur bonheur.

L’enfant serait forcément Amour puisqu’issu de l’alchimie de leurs générosités.

La petite Ingrid naquit, jolie comme un cœur.

Dans un autre conte des bonnes fées se seraient sans nul doute penchées sur son berceau pour donner à cette beauté tous les dons auxquels elle eut pu prétendre,  mais cela aurait été inconvenant pour des personnes aussi simples que Dédé et son épouse, qui tiraient leur bonheur de vivre, dans le partage et la générosité.

La fillette grandit donc sans autre magie que la douceur d’un foyer aimant et l’estime de cette petite communauté.

Elle était aussi aimable, gaie et affable que ses parents.

Quand vint l’heure de l’adolescence, tous les jeunes gens du village étaient tous amoureux de la merveilleuse jeune fille.

Ingrid, elle, n’en préférait aucun. 

Elle craignait tant de faire de la peine à l’un ou l’autre !

Mais sur terre, il n’existe pas d’endroit idyllique ou nul drame ne se passe jamais.

Lequel n’a plus supporté d’attendre que la belle se décide à l’aimer d’amour ?

Nul n’en a jamais rien su, mais la jeune fille rentra un jour chez elle en larmes, les vêtements arrachés, l’âme et le corps blessé.

Ses parents ne la virent plus jamais sourire.

Elle ne mit jamais plus les pieds au village et  ne sortit  même plus jamais de sa maison, où elle cacha sa honte.

Si le garde-forestier, sa femme et sa fille n’assistèrent plus à la traditionnelle fête de Noël, ils n’en déposèrent pas moins avec la même générosité les victuailles et présents aux villageois, car ils estimaient que toute la communauté n’avait pas à payer pour un seul.

Les années passèrent. Dédé et sa femme partirent un jour sans nul doute pour un paradis bien mérité, tandis qu’Ingrid, recluse dans la maison de la forêt n’était plus désormais qu’une femme vieillissante.

Les garnements du village, ignorant tout de la tragique histoire, la considérait comme une sorcière. Les plus téméraires osaient même s’aventurer aux alentours de sa petite maison pour la narguer et la gratifier de quolibets.

 

Bizarrement, même après le décès du couple, une caisse fut malgré tout déposée comme les années précédentes, au cours de la nuit du 24 au 25 décembre sur le perron de l’église pendant la messe de minuit.

Elle contenait toutes les mêmes bonnes choses et les précieux cadeaux qu’avaient apportés depuis toujours, Dédé et Sophie.

Cela ne pouvait donc qu’être un don d’Ingrid,  mais les villageois suspicieux de quelque vengeance, n’osèrent en disposer,  craignant que les denrées ne fussent empoisonnées et les présents possédés de quelques sortilèges.

Quelques uns tentèrent malgré tout de raisonner, mais Armand, un des anciens prétendants d’Ingrid aux temps insouciants, les harangua  avec véhémence pour qu’ils n’y touchèrent point et les incita même, à y mettre le feu.

Il tira donc au centre de la place publique cette caisse pour en faire un immense brasier autour duquel  les enfants firent une grande ronde en chantant joyeusement jusqu’à ce qu’il n’en resta plus que quelques cendres.

 

Les plus démunis ne purent malgré tout s’empêcher de penser, que c’était quand même pécher que de gâcher toutes ces bonnes et jolies choses et que cela risquait de fâcher le tout puissant.

Ainsi vécurent toute l’année suivante, certains villageois, entre Diable et Dieu…

 

Noël et sa messe de minuit revint. Mais Armand n’y assista pas.

Dehors, il se cacha pour observer, malgré le froid glacial, si la  « sorcière » allait en profiter pour déposer cette année là aussi, une caisse de douceurs et de présents.

Alors que dans l’église, résonnaient les chants sacrés, Armand, engourdi par le gel, entendit soudain les sabots pesants d’un âne  lourdement chargé, que tenait par la bride, la silhouette d’une gracile jeune fille.

L’homme s’approcha discrètement,  pour vérifier qu’il ne rêvait pas et que  ce n’était pas un tour de son imagination, mais en reconnaissant celle qui se trouvait là, à quelques pas de lui, entrain d’alléger les flancs de l’animal, il porta la main à son cœur en proie à un malaise du à l’émotion. 

Au sortir de l’église les villageois le trouvèrent ainsi, plus mort que vif, à côté du mystérieux don. Le docteur  diagnostiqua une crise cardiaque et fit transporter le malheureux qui, les yeux exorbités, ne cessait de balbutier « Ingrid… Ingrid ».

Quand il sortit du coma où il était resté jusqu’à la nouvelle année, personne ne put lui tirer davantage de renseignement sur ce qu’il avait réellement vu, car il se mettait alors les mains devant les yeux comme pour se protéger et effacer quelque vision d’horreur.

Ingrid,  la recluse, fut encore davantage suspectée de sorcellerie.

La fête de Noël avait perdu tout de sa joie et de sa magie fraternelle.

Le village vivait désormais dans la crainte du 24 décembre et d’être comme Armand frappé de folie.

Seuls les plus bigots assistèrent malgré tout à la traditionnelle cérémonie de la nativité et les autres, postés en grand nombre  devant l’église et armés de fourches attendirent  le dépôt de la « caisse maudite » comme le village en parlait désormais.

Un peu avant les douze coups de minuit, sortit de la nuit noire côté forêt, un âne lourdement chargé guidé par une jolie jeune fille dont  les plus anciens ébahis, reconnurent Ingrid, telle qu’elle fut juste avant le drame.

Elle leur apparut à tous,  aussi jeune, belle et fraîche, comme si le temps l’avait épargnée pour effacer la souffrance qu’elle avait subie.

Certains s’agenouillèrent et se signèrent, en  la regardant décharger son bagage.

Mais rapidement,  le premier instant de stupeur passé, quelques esprits s’échauffèrent et plusieurs commencèrent à crier « mort à la sorcière Ingrid ! » en brandissant leurs fourches.

La jeune fille effrayée se cacha derrière son âne, et hurla :

« Stella, je m’appelle Stella ! »

Cela eut pour effet de stopper net l’élan belliqueux.

« Ingrid, c’est… ma mère, poursuivit la jeune voix apeurée, elle m’envoie vous offrir  les traditionnels cadeaux de Noël… »

 

 

Claudie Becques

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 17:23

traineaunuit

 

Chacun sait maintenant que malgré son âge avancé, le père Noël a su se mettre au goût du jour en s'informatisant.

Or, devant son écran d'ordinateur, il considère un état comparatif qui lui fait froncer les sourcils. Même en tenant compte des inflations successives, le coût de ce Noël dépasse déjà largement toutes les projections financières qu'il avait pu faire sur son PC portable, cet été sur le sable chaud des îles tropicales.

-          " Et nous ne sommes que le 15 décembre, soupire-t-il, voyons, voyons… un ordinateur, une console de jeux, un lecteur DVD, un VTT, une voiture électrique…."

Le père Noël  parcourt l'immense liste et constate, effondré, que pas un enfant n'ait fait un vœu simple, ni ait eu une pensée pour autrui.

Il est subitement prit, d'une violente colère :

-          " Ah non ! Mais cela ne correspond pas du tout à l'esprit de Noël. Donnez-moi… Apportez-moi…. J'ai été sage…. J'ai eu un bon classement… J'ai mérité… Je… Je…. Je… Cette fois c'en  est trop ! Les enfants d'aujourd'hui sont beaucoup trop égoïstes. Je ne ferai pas la distribution !"

Il rédige immédiatement un mail à l'attention de tout le personnel :

"Veuillez suspendre immédiatement la préparation des cadeaux : je dépose un préavis de grève pour la nuit du 24 au 25 décembre. Le Père Noël."

Le porte-parole des lutins demande aussitôt audience :

-          " Mais Père Noël, depuis la nuit des temps, on n'a jamais vu ça  un Noël sans distribution !

-          Peut-être, mais moi je n'ai jamais vu autant d'égocentrisme. Regardez cet écran, c'est à celui qui demande le cadeau le plus cher ! Pas un ne pense à son semblable. Les enfants ne sont plus ce qu'ils étaient, et ils ne méritent pas que l'on cède ainsi à toutes leurs exigences. Tout le monde a oublié les vraies valeurs de cette fête. Il est temps que je réagisse en boycottant la réalisation de leurs souhaits. Je ne sais d'ailleurs pas ce qui me retient de transmettre leurs coordonnées au père Fouettard.

-          Vous ne le pensez-même pas, sourit le lutin

-          Ah, ne me défiez pas, tempête l'homme en rouge en prenant sa lorgnette magique qu'il dirige vers la terre, regardez-moi cette bande de chenapans qui se bagarrent à la sortie des écoles, et celui-ci qui vole des CD dans le magasin, quant à cet autre qui met le feu à la poubelle…

-          Mais père Noël, vous tenez votre lorgnette du mauvais côté, c'est pour ça que vous ne voyez que les choses négatives, retournez-la…

-          Taratata… Je vais aller faire incognito ma petite enquête et voir si les enfants ont encore une âme saine. Je mets tout le personnel  en RTT aujourd'hui, le temps que je descende sur terre pour vérifier. Si je n'ai pas trouvé cinq enfants qui aient une intention positive à l'égard du vieillard que je suis, avant la tombée de la nuit, je maintiendrai ma grève. Dans le cas contraire, mais j'en doute, je reviendrai sur ma décision…"

Et le voilà, déguisé en papi-tout-le-monde, avec dans ses poches magiques quelques accessoires qui, lui permettront de tester le cœur des petits terriens.

Le père Noël (Chut ! C'est un secret) s'installe sur un banc et observe durant quelques instants des gamins qui s'exercent au skate-board. Puis il se relève péniblement en soulevant le sac qui était à ses pieds. Une anse cède sous le poids des provisions qui s'en vont rouler de part et d'autre.

Quelques rires fusent tandis qu'il essaie péniblement de  rassembler ses achats, lorsque :

-          " Attendez M'sieur, on va vous aider… on va poser votre sac sur le banc et on va tout remettre dedans… Eh, les gars au lieu de vous marrer, venez donner un coup de main…"

Et en deux temps trois mouvements, les gosses déposent le cabas rempli dans les bras de notre vieillard :

-          " Merci les p'tits gars… Z'êtes sympas…" les remercie-t-il en n'accordant toutefois qu'un seul point au petit blondinet qui s'était avancé vers lui le premier.

Et d'un !

Le voilà qui s'installe ensuite tout près d'une briocherie dans une rue commerciale avec une pancarte "J'ai faim. Aidez-moi s.v.p. Merci !" et il attend tel un vrai clochard.

Quelques clients se succèdent jusqu'au passage de cette maman et de sa petite fille :

-          "Veux-tu un petit pain au chocolat ma Chérie ?

-          Non merci, je n'ai pas faim… mais est-ce que tu peux quand même en acheter un s'il te plaît … pour le donner au monsieur," répond-elle en montrant le SDF

La maman surprise, hésite quelques secondes, puis accepte :

-          "Donne-lui toi-même, puisque c'est ton idée !

-          Tiens monsieur… Tu sais, tu ressembles au père noël avec ta barbe…

-          Il se peut que je le connaisse très bien… Comment t'appelles-tu ?

-          Suzy !

-          Je lui parlerai de toi si tu veux, je lui dirai que tu as un cœur gros comme ça… Qu’as-tu commandé pour Noël ?

-          Un petit frère, et un poupon pour faire pareil que maman avec le bébé.

-          Pour le petit frère je ne sais pas s'il pourra, mais pour le reste il devrait pouvoir te l’apporter!" répond-il avec un clin d'œil, tandis que la maman entraîne la gamine

Et de deux, pense t-il en se frottant les mains. Son moral commence à revenir !

Il sort ensuite une canne blanche de sa poche magique et avance ainsi en la tapotant devant lui sur le trottoir et en se tenant de l'autre main  au mur qu'il longe, jusqu'à arriver à un carrefour.

Un gosse qui l'observe avec curiosité le désigne du doigt, à l'attention de l'homme qui se tient à côté de lui, sans doute son papa :

-          "Il voit pas clair le monsieur ? Et comment il va faire pour traverser ?

-          Ca ne va pas être facile pour lui, il est aveugle. Tu sais quoi ? On va se mettre juste à côté de lui et tu lui diras quand le petit bonhomme va passer au vert

-          Ouais ! jubile l'enfant… Le petit bonhomme est encore rouge monsieur, faut encore attendre… Là c'est vert, tu veux que je te donne la main pour ne pas te faire écraser ?

-          C'est très gentil ça, je veux bien…"

Et l'enfant glisse sa menotte dans la grosse main du vieil homme et le tire pour le faire traverser jusqu’au trottoir d’en face :

-          "Voilà Monsieur, on est arrivés…

-          Merci mon garçon… Je dirai au père noël que tu as été très mignon avec moi… Que lui as-tu demandé ?

-          Des légos et pis une game-boy….

-          Je pense en tout cas que tu les mérites amplement ! N'oublie pas de mettre tes chaussons près du sapin…

-          Ouaich… D'accord ! Au revoir monsieur…

-          Au revoir mon gamin !"

Et de trois !

Le Père Noël commence à reprendre espoir quand ….

-          "Alors pépé, tu te pousses, tu devrais retourner dans ton asile

-          Ouais, t'as rien à faire là. Les vieux à l'hospice ! renchérit un rouquin en poussant le vieil homme

-          Vous n'avez pas honte, petits vauriens ? maugrée ce dernier          

-          Petits vauriens, minaude le premier en lui faisant un croche-pied, attention pépère, tu vas tomber… Ben voilà, t'es par terre !"

En effet l'homme trébuche et tombe sur le trottoir.

Le deuxième s'apprête à lui donner un coup de pied lorsqu'une sirène de police retentit et fait se carapater les deux adolescents.

 

Le père Noël se relève et s'ébroue en grommelant.

-          "T'as mal ? lui demande une petite voix

Il se retourne et ne voit personne jusqu'au moment où un petit bonhomme aux cheveux couleur carotte sort de derrière des poubelles rangées sur le trottoir d'en face.

-          "Qu'est ce que tu fais là ? demande l'homme

-          Je me cachais… Sinon ils m'auraient embêté aussi… C'est mon frère et son copain… Ils ont du boire des bières… Quand il n’a pas bu, mon frère, il n’est pas méchant, mais quand il est comme ça, il ne sait plus ce qu'il fait…

-          La belle excuse ! Et ils en disent quoi tes parents ?

-          Mon père il s'est barré y a longtemps… J'ai pas connu… Et ma mère, elle s'en fout… Enfin j'sais pas… Elle dort tout le temps avec ses médicaments… Au début elle râlait… Maintenant elle dit plus rien…

-          Il fait quoi ton frère… à part boire ? Il ne va plus à l'école ?

-          Non, il a dix-sept ans… Il dit qu'il veut travailler mais qu'il sait pas quoi faire et puis y a pas d'boulot alors il "zone" avec des potes.

-          Et toi là-dedans ?

-          J'vais à l'école… Enfin des fois… J'aime pas trop ça, c'est chiant… Mais moi j'suis obligé à cause des "allocs" qu'elle dit ma mère… Mais j'comprends rien… C'est nul l'école.

-          Tu aimes quoi alors ?

-          Les chiens ! J'vais souvent à la SPA pour les soigner et les promener. Ils disent rien les chiens… Ils te regardent juste en remuant la queue… Mais moi je lis dans leur regard… Eux et moi, on se ressemble…

-          Tu en as un à toi ? demande le vieil homme, ému devant les yeux brillants de l'enfant

-          J'peux pas, on peut pas dans mon HLM… C'est pour ça que je vais à la SPA

-          Si tu devais faire un vœu pour Noël, ce serait quoi ?

-          Rien, parce que Noël c'est des conneries et que quand on n'attend rien, au moins on n'est pas déçu… Ils sont où les keufs pour finir ? se rappelle t-il brusquement en scrutant la rue

-          Je ne sais pas mon garçon… Je ne sais pas… Tu devrais rentrer maintenant, ta mère va s'inquiéter…

-          Pffff ! Comme si ! Et toi ça va aller pour ton hospice ?

-          ???

-          Ben ouais, la maison des vieux !

-          Ah ! Oui… Merci… Ca ira… Rentre bien !

-          Salut !

-          Salut mon garçon. Prends soin de toi !"

Et le Père Noël de reprendre son chemin en soupirant de désespoir face à cette triste réalité, à laquelle sont confrontés certains petits bonshommes, qu'aucune magie, qu'aucun vœu, ne pourra jamais combler.

Il accorde donc un miséricordieux point au petit poil de carotte que l'enfance a abandonné dès le premier jour de sa naissance.

Il est encore perdu dans ses pensées quand ses pas l'emmènent dans un grand centre commercial jusqu'à un immense rayon de jouets et de consoles de jeux.

Deux garçonnets en observent  un autre qui teste le dernier modèle, la console « dernier cri » à 250 euros :

-          " Elle est vraiment trop top !

-          Oh, oui, trop top, répond l'autre, tu es sûr que c'est celle-là que tu vas avoir à Noël?

-          Oui, oui, mon père ma l'a promis, et il tient toujours ses promesses, et un portable aussi, un qui prend des photos…

-          Et un portable aussi ! Purée t'en as de la chance ! Il est riche ton père ?

-          Je ne sais pas, mais quand je vais le voir il me paie tout ce que je veux

-          Waouh ! T'es vraiment un veinard !

-          Par ma mère, je vais avoir un ordinateur portable pour « t'chatter » sur MSN avec les copains de l'école"

L'autre ouvre de grands yeux :

-          " Et un ordinateur en plus !

-          Ben ouais ! Tu sais, depuis que mes parents sont divorcés, ils ne savent pas quoi faire pour que je sois content… Et toi, tu as demandé quoi pour Noël ?

-          Oh, moi tu sais, cette année, pas grand-chose. Mon père vient de recevoir sa lettre de licenciement, tu sais la papeterie qui vient de fermer ? Il travaille là, alors, il m'a expliqué qu'en fait ce sont les parents qui donnent des sous au Père Noël pour les cadeaux, alors il n'y aura pas de folie cette année parce qu'il a peur de rester un moment au chômage…

-          Zut ! C'est bête ce qu’il t'arrive !

-          Oui ! On va juste réveillonner chez mes grand-parents avec mes oncles et mes tantes. Ca sera sympa quand même parce que mes cousins seront là, et puis maman m'a dit que j'aurai quand même le dernier jeu sorti,  pour la console que j'ai eue l'an passé.

-          Waouh ! T'as d'la veine !

-          Tu te fous de moi ?

-          Non, non … Tu sais… En fait, les cadeaux je m'en fous un peu… Je préfèrerais faire comme toi une grande fête avec mon père et ma mère, ensemble à la même table et puis toute la famille… Tandis que là, je vais passer Noël avec ma mère et son copain, et la semaine du nouvel an j'irai chez mon père et ma belle-mère… Et c'est pas trop cool !

-          Ouais, t'as raison… C'est pas cool ! C'est pas facile hein de tout avoir ?

-          Non, pas facile… Eh, c'est à notre tour d'essayer la Wii !"

Le père Noël n'a pas perdu une seule parole de cet échange entre les deux garçons.

-          "Avec ces deux là, le compte est bon. J'en sais assez !"

Et d'un claquement de doigts le voilà de retour dans son monde magique.

-          "Alors père Noël, s'enquiert, anxieux, le porte-parole des lutins, croyez-vous de nouveau aux enfants ?

-          Oh, que oui ! Crois-moi, ils font ce qu'ils peuvent les pauvres petits… Mais tu sais ce qui me rend  triste ? C'est que je suis dans l'impossibilité de les combler tous, de rendre le sourire à certains… Ils se débattent dans un monde dur et sans pitié, et ma mission n'est pas de les juger mais juste de faire mon travail : livrer les cadeaux à ceux qui m'ont fait parvenir une lettre. Je ne suis que du rêve, mais eux, doivent affronter la réalité… Nous avons du travail mon bon lutin… Nous ne devons pas décevoir ceux qui espèrent encore en nous.

 

Claudie Becques

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 17:20

 

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Depuis quelque temps le Père Noël se sent un peu trop gros, un peu boudiné dans ses habits.

Et puis quand il va en vacances au bord de l'Océan Pacifique, il n'ose plus se mettre en maillot de bain. Il a un peu honte de son gros ventre qu'il cache du mieux qu'il peut derrière sa barbe.

"Mais non Père Noël, vous êtes très bien comme ça" le rassurent les lutins, mais c'est une idée fixe pour le Père Noël : "Je suis trop gros".

Alors il  supprime le bon chocolat qu'il aime tant, les bonnes gaufres de la Mère Noëlle. Il ne fait plus de petit lac de sauce dans sa purée. Il ne met plus de gruyère ni de ketchup dans ses coquillettes. Il ne mange plus de bonbons. Le soir, il se contente de soupe ou de salade et le midi, de légumes cuits à la vapeur,  de viande et de poisson grillés.

Il a même repris une activité physique, en faisant de longues marches en raquettes dans la neige de son Pôle Nord.

Au bout de quelques semaines, ses efforts finissent par être récompensés et la Mère Noëlle est obligée de reprendre toutes les coutures de ses pantalons et chemises.

Le Père Noël est très satisfait. Il se sent moins essoufflé et plus jeune.

S'en vient Noël, le jour de la Grande Distribution.

Or, pour cette occasion il lui faut revêtir son bel habit rouge de gala et catastrophe !

La Mère Noëlle a complètement oublié d'en réduire la taille.

Quelle panique ! Comme il est trop tard pour le faire,  La Mère Noëlle dispose des épingles ici et là pour que le Père Noël ne soit pas gêné par son costume devenu beaucoup trop grand et elle coud, vite fait bien fait, un élastique plus court à la taille pour faire tenir le pantalon.

Et Hop le voilà parti !

Pendant ce temps, en France, un petit garçon est inquiet : il a peur de ne pas recevoir tous les cadeaux de sa liste.

Ce n'est pas qu'il soit moins sage que les autres petits garçons mais… il dit beaucoup de gros mots et sa maman, qui le gronde à chaque fois qu'elle l'entend, lui a dit :

- "Cette année c'est  le Père Fouettard qui va venir et tu auras un martinet au lieu des jouets que tu attends."

Il est bien décidé à plaider sa cause auprès de celui qui descendra de la cheminée, en expliquant que ce n'est pas de sa faute ; qu'à force d'entendre pleins de gros mots à la télé et dans les rues, certains lui sortent automatiquement de la bouche sans qu'il ait le temps de les retenir. Mais il sait que ce n'est pas beau et qu'il fera des efforts pour n'en plus dire.

Alors, quand toute la maison est endormie, Jonathan – c'est son nom – descend à pieds nus l’escalier, pour aller s’asseoir derrière un des deux gros fauteuils  de la salle à manger avec son doudou dans les  bras,  et y attendre le visiteur.

Il s’était d’ailleurs quelque peu assoupi, lorsqu’un bruit en provenance de la cheminée, le réveille et lui révèle un spectacle des plus étonnants : alors que deux bottes noires apparaissent, l’élastique du pantalon rouge lâche, dévoilant les deux jambes et le caleçon à fleurs du Père Noël qui pose les pieds par terre ainsi que  sa hotte, tout en énumérant toute une collection de jurons.

Jonathan, bouche bée,  qui avait assisté à la scène sans en perdre une miette, voit le Père Noël remonter son pantalon et le maintenant d’une main, et de l’autre, sortir des cadeaux de sa hotte grommelant toujours entre ses dents.

Le gamin, soudain hilare en réalisant le ridicule de la situation, se cache derrière le fauteuil en étouffant son fou-rire dans son doudou.

Mais le Père Noël qui a l’ouïe fine l’entend et s’approche tout doucement de lui.

- « Tu ne dors pas Jonathan ? Ce n’est pas bien de désobéir : ta maman ne t’avait-elle pas demandé de faire un gros dodo ? »

Le petit garçon cesse immédiatement de rire et sa lèvre se met à trembler comme pour pleurer, tandis qu’il acquiesce de la tête.

-  « Ne pleure pas Petit ! Ce n’est pas grave, le rassure la Père Noël… D’ailleurs je suis plutôt content de te voir, parce que comme tu peux le constater, j’ai un petit problème. Ca m’aiderait vraiment beaucoup, si tu pouvais me trouver une épingle ou un bout de ficelle pour faire tenir mon pantalon, parce que ça va me ralentir dans ma distribution… »

Jonathan va doucement chercher la ceinture de son papa et l’apporte au Père Noël qui peut ainsi remettre en place son pantalon.

- « Merci mon garçon !  Ne t’inquiète pas, je viendrai rendre la ceinture, dès que j’aurai terminé ma tournée. Mais il faut que tu ailles te coucher maintenant, et surtout me promettre de n’ouvrir tes cadeaux que demain matin…

-  Oui Père Noël… Euh, tu n’es pas en colère pour les gros mots ?

- Eh bien… C’est vrai que ce n’est pas très joli, et qu’il faut essayer de ne plus en dire mais… quelquefois… ils sortent tous seuls n’est-ce pas ? dit-il en souriant. Moi-même, en certaines circonstances, j’avoue que quelques gros mots glissent malgré moi aussi, hors de ma bouche … Alors on va faire des efforts tous les deux, d’accord ?

Jonathan fait oui de la tête et gravit les marches de l’escalier, son doudou dans les bras, en faisant signe au revoir de la main au Père Noël qui remonte par la cheminée.

Le lendemain matin, quand le petit garçon ouvre ses paquets, il ne sait plus s’il a rêvé ce Père Noël en caleçon ou s’il l’a vraiment entendu aussi dire des gros mots…

Toujours est-il que la ceinture de son père est posée sur le fauteuil.

 

 

Claudie Becques

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 17:16

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A-At-Choum ! A-At-Choum ! A-At-Choum !

 

Ho lala ! C’est une catastrophe !

 

Le Père Noël est très enrhumé ! Il ne cesse d’éternuer, renifler, tousser, se moucher… et ce soir c’est la grande tournée du 24 décembre !

 

Branle-bas de combat au Pôle Nord !

 

La Mère Noël prépare du bouillon chaud pour faire transpirer le Père Noël et faire partir les microbes. Elle lui donne de l’aspirine pour la fièvre, du sirop au miel pour la gorge et des vitamines pour  booster la guérison.

 

-          « Mais une seule journée de traitement ne suffira jamais ! Il faut au moins deux à trois jours pour se sentir mieux avec un rhume se lamente lutin Jacquot

-          Ne t’inquiète pas, essaie de le rassurer le Père Noël, ce n’est pas un petit - A-At-Choum ! – rhube qui va b’empêcher de distribuer les - A-At-Choum !-  cadeaux aux petits enfants ! A-At-Choum !

-          Ah ! Vous trouvez Père Noël ! Si vous éternuez comme ça en déposant les jouets au pied du sapin, vous n’avez pas l’impression que vous allez réveiller toute la maisonnée ?

-          Euh ! Effectivebent- A-At-Choum !-   ça ne va pas être très discret, convient le vieux barbu, bais ça va s’arranger - A-At-Choum !-  d’ici ce soir…

-          Excusez-moi Père Noël mais je ne partage pas votre optimisme ! Je pense qu’il faut immédiatement envisager une solution de rechange, au cas où vos éternuements ne se calment pas d’ici ce soir !

-          Envisage ! Envisage ! Bon brave Jacquot, bais pour l’instant je vais dorbir un peu, - A-At-Choum !-  pour aller bieux ensuite - A-At-Choum !-  ! »

 

Et le Père Noël se retourne dans son lit tandis que la Mère Noël remonte sur lui les couvertures avant de suivre lutin Jacquot et ses amis.

 

Tous ensemble se mettent à réfléchir à la meilleure solution pour que la Grande Tournée puisse se passer pour le mieux comme tous les ans.

 

-          «  Peut-être, pouvons-nous faire appel à ses clones* ?  avance lutin Martino

-          Excellente idée approuve la Mère Noëlle, mais il faut absolument leur faire passer des tests pour s’assurer qu’ils sont capables de remplir la mission !

-          D’accord, acquiesce lutin Jacquot je les convoque immédiatement dans le grand salon…

-          Non, plutôt à l’étable des rennes, parce que pour effectuer la Tournée il faut déjà réussir à maîtriser l’attelage.

 

Lutin Jacquot utilise donc son sucre d’orge magique pour rappeler auprès de lui tous les clones de Père Noël disséminés un peu partout dans les rues et galeries marchandes où ils sont entrain de distribuer des bonbons et faire des photos avec les petits enfants.

 

Après leur avoir expliqué la situation il leur demande de se mettre en file indienne et d’essayer tout à tour de conduire le traîneau magique. 

L’un tire trop fort sur les mors ce qui braque immédiatement Comète et Cupidon qui refusent de bouger. Un autre ne les tient pas assez fermement et les animaux commencent à brouter nonchalamment quelques lichens qui poussent là-bas. Le clone suivant est incapable de dire la bonne formule… bref il s’en suit tant et tant avant qu’enfin le cortège des rennes s’élève dans les cieux. 

 

En tout, seuls un peu plus de vingt s’avèrent capables de conduire le traîneau magique et le faire poser sans encombre sur le toit de la maison du Père Noël.

 

-          « Bon c’est déjà ça, soupire la Mère Noël, voyons maintenant l’épreuve du passage par la cheminée. Allons tous les deux  dans le grand salon lutin Martino, tandis que lutin Jacquot confie à chacun de ces vingt clones une hotte remplie de cadeaux. Nous verrons ainsi de l’intérieur si cela se passe bien. »

 

Là encore, la sélection  apparaît très vite on ne peut plus laborieuse.

 

Le premier se vautre  immédiatement par terre la tête la première, ses paquets éventrés sur le tapis devant la cheminée. Un autre a laissé son chargement coincé dans le conduit. Celui-ci est tellement couvert de suie que le grand salon en est tout sale.

 

A peine dix réussissent à peu près à déposer correctement les présents au pied du sapin.

 

Voyons maintenant l’épreuve écrite de bon sens. Il fallait répondre à diverses questions sur les éventuels problèmes auxquels est régulièrement confronté le Père Noël, par exemple, que faire en cas de feu dans la cheminée, où au contraire où passer quand il n’y a pas de cheminée ? Comment faire pour que le chien de la maison qui monte la garde, n’aboie pas ? Et une bonne centaine d’autres questions du même genre.

 

Un seul clone reste en finale, pour l’ultime épreuve le célèbre « Hooo ! Hooo ! Hooo ! » qui devient un « Hohoho » aussi pitoyable que la dégaine générale du finaliste.

 

 

-          « C’est une catastrophe ! Concluent en chœur lutins Martino et Jacquot et la Mère Noëlle »

 

Ils s’en retournent auprès de Père Noël pour qui les heures de repos avaient pendant tout ce temps été profitables.

Son nez est toujours aussi gros et rouge et coule encore beaucoup, mais les éternuements sont beaucoup plus espacés.

 

-          «  Vous voyez bien les abis que je vais bieux ! Essaie t-il de rassurer les arrivants avec un pauvre sourire, bais que fais là  ce pauvre clone ?

-          C’est le seul qui soit capable de faire la tournée à votre place Père Noël, explique timidement lutin Jacquot. »

 

Tout d’abord interloqué, le Père Noël dévisage sa misérable copie avant de partir dans un immense fou rire.

Il rit ! Il rit ! Il rit !

En se tenant le ventre à deux mains, et en se tapant sur les cuisses.

Rien ne semblait pouvait l’arrêter.

Le clone d’abord vexé est à son tour finalement gagné par le rire communicatif du Père Noël, suivi par les deux lutins et la Mère Noëlle.

 

Quand chacun reprend son souffle le Père Noël semble aller beaucoup mieux. En tout cas le moins qu’on puisse dire c’est que les vitamines ont bien fait leur action car il a une pêche d’enfer.

 

-          «  Assez rigolé, bes abis, il est l’heure de se préparer pour la grande tournée déclare t-il en regardant par la fenêtre le ciel maintenant étoilé, ça va être une chouette nuit ! Bais vous avez raison on sera pas trop de deux pour la faire cette distribution ! Allez ! Bon clone ! En voiture ! dit-il en poussant sa copie auprès de lui dans le traîneau magique que les lutins ont juste terminé de remplir. Allons-y Cobète et Cupidon, ajoute t-il avec la formule secrète que je ne dis pas ici parce que c’est un secret et avant l’habituel Hooo ! Hooo ! Hooo ! »

 

Au sol, les lutins et la Mère Noël repartent à nouveau dans un gigantesque fou rire en entendant le riquiqui « Hohoho » du clone qui suit en écho.

 

 

Claudie Becques

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 17:38

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Martino  le lutin vient retrouver le Père-Noël dans son salon pour lui exposer un grave problème. En effet les rennes se sont encore disputés et ils en sont maintenant à régler leurs différents à grands  coups de bois. Il faut absolument les empêcher de s’entre-tuer ou de se blesser une semaine avant la grande distribution !

 

Il trouve le vieil homme dans son fauteuil face à l’âtre de la cheminée, une lettre à la main et… il pleure !

-          « Ca ne va pas Père-Noël ? Etes-vous malade ? Avez-vous besoin de quelque chose ? demande le brave lutin très inquiet

Le Père-Noël semble alors seulement prendre conscience de ne plus être seul. Il prend dans sa poche son grand mouchoir à carreaux pour s’essuyer les yeux et se moucher bruyamment.

-          « Ca va, ça va Martino… Je vais bien… Je suis juste très ému par la lettre du petit Matthieu

-          Que dit-il Père-Noël, pour que cela vous mette dans un tel état ? interroge le lutin

-          Il vit depuis plusieurs mois pour y être soigné, dans le service pédiatrie d’un grand hôpital en France, explique alors le Père Noël. Oh, il ne se plaint pas, même si je crois que sa maladie est très grave, non, il me parle juste d’une autre petite fille, Anaïs,  dans une chambre voisine…

Martino a déjà la gorge serrée en entendant le début du récit du Père-Noël, car il sent que pour une fois, il va y avoir une grande chose à réaliser dans le cadre de l’Esprit de Noël.

Les lettres des enfants ne sont que trop souvent emplies de souhaits un petit peu égoïstes, mais après tout, Noël c’est une fête destinée à les combler de bonheur ; alors avec tous ses amis lutins ils construisent, préparent et disposent dans le traîneau, tout ce qui figure sur les listes sans trop se poser de questions.

-          « Matthieu me dit d’Anaïs, que lorsqu’elle est arrivée, il y a environ trois mois, dans son service, il l’a trouvée tellement jolie, que c’était un peu comme si son visage était éclairé d’une lumière, reprend le Père-Noël, mais il ajoute que chaque jour qui passe éteint un peu cette lumière parce qu’elle ne sourit ni ne parle jamais. Il m’explique qu’il s’assied souvent au bord de son lit pour lui lire des histoires qu’elle écoute et semble aimer, mais elle ne dit jamais rien. Alors il retourne dans sa chambre, sans avoir entendu le son de sa voix. »

Deux grosses larmes se remettent à couler sur les joues du vieil homme et s’en vont se perdre dans la grosse barbe blanche.

Sur le visage de Martino, deux grosses larmes coulent également et s’écrasent sur le lainage vert de son habit de lutin.

Un grand silence règne maintenant dans le salon. Seul le crépitement de la danse des flammes sur les bûches retentit.

Ils restent ainsi tous deux quelques secondes perdus dans leurs pensées…

Le Père-Noël renifle soudain un grand coup, se lève de son fauteuil et se met à marcher à grands pas dans le salon :

-          « A quoi sert toute cette magie finalement ? demande-t-il rageusement, je n’ai aucun pouvoir pour guérir, ni pour obliger à aimer… Je ne sers pas grand-chose en fait… »

Et il retourne s’asseoir dans son fauteuil, en se prenant la tête entre les mains, complètement découragé.

Lutin Martino se racle un peu la gorge pour tenter de retrouver un peu de voix perdue dans l’émotion et dit :

-          « Que souhaite réellement ce petit Matthieu, Père-Noël ? Parle-t-il de miracle ? 

-          Non, mon brave lutin, il ne demande rien qui ne soit irréalisable, il veut seulement que je me déplace en personne pour l’Arbre de Noël de l’hôpital, l’après-midi du 24 décembre. Il me dit dans sa lettre que si je ne viens pas, ce sera comme l’année dernière un aide-soignant – que tous les enfants vont immédiatement reconnaître - qui va se déguiser pour distribuer les cadeaux. Or, pour tenter de remettre un peu de lumière dans les yeux d’Anaïs, Matthieu lui a promis de faire venir le vrai Père-Noël… 

-          Hum, hum… réfléchit Martino, c’est vrai que l’après-midi du 24 vous devez en principe vous reposer pour être en forme pour la grande Tournée de la nuit...

-          Oh, mais ça n’est pas le problème Martino, j’aurai 364 jours pour me reposer après, mais ce qui me contrarie c’est que je ne pourrai pas les guérir tous ces malheureux petits enfants…

-          Evidemment non Père-Noël, mais la joie et quelques instants de bonheur en votre présence leur donneront le courage d’affronter les soins et les traitements et de se battre pour aller mieux… J’ai lu ça un jour dans une revue, que l’on guérit plus vite quand on a un bon moral… ajoute le brave lutin. »

Il dit ces paroles avec tant de conviction que le Père-Noël retrouve le sourire :

-          « Tu as tout à fait raison, Martino, mais tu vas m’accompagner, avec quelques autres de tes amis lutins que tu choisiras parmi les plus drôles, farceurs et acrobates. Vous ferez des cabrioles, jouerez aux clowns… enfin tu vois, toutes ces pitreries auxquelles vous vous adonnez derrière mon dos quand vous croyez que je vous vois pas, ajoute-t-il avec un clin d’œil moqueur. Eh bien cette fois c’est un ordre vous ferez toutes les bêtises que vous voudrez sans modération…

-          Mais…

-          Il n’y a pas de mais, mon cher lutin, on va leur offrir le plus beau des Arbres de Noël à ces enfants. Et puis tu demandes aux lutins Colombo et Navarro de mener une enquête sur les cadeaux qu’ils aimeraient puisqu’à part Matthieu aucun dans cet hôpital, ne m’a envoyé de lettre, et qu’ils se renseignent aussi sur ce qui peut rendre si triste cette petite Anaïs, et… »

Martino avait sorti de sa poche un petit carnet où il note maintenant aussi vite qu’il peut toutes les consignes du Père-Noël.

Le lutin sourit de voir le vieil homme si enthousiaste et si investi dans cette belle action.

Il sait qu’il va falloir travailler plus vite encore et plus tard le soir pour finir de préparer le traineau pour la nuit de Noël pour les autres enfants, mais ça ne lui fait pas peur…

Cette année Noël sera encore plus magique que les autres parce qu’en plus des cadeaux, le Père-Noël va en plus, distribuer de l’Espoir et permettre à quelques-uns de ses lutins d’y participer et de voir les petites étoiles briller dans les yeux des enfants.

Les lutins Navarro et Colombo se présentent le lendemain au rapport dans le bureau du Père-Noël, avec la liste des jouets souhaités par les enfants du service pédiatrie.

Aucun n’a été oublié. Même l’homme à la barbe blanche ignore quel est leur secret, mais une chose est sûre c’est qu’ils sont doués pour passer incognito et mener à bien leurs enquêtes sans que personne ne s’en aperçoive.

Le Père-Noël la passe rapidement en revue et convoque lutin Martino pour qu’il fasse préparer une hotte spéciale pour l’hôpital. Mais soudain il reprend la liste, vérifie, et dit aux lutins enquêteurs :

-          « Mais, je ne vois pas le souhait de la petite Anaïs…

-          C’est qu’elle ne veut rien Père-Noël, répond Navarro

-          Comment ça rien ! Vous avez échoué cette fois reconnaissez-le…

-          Non, non Père-Noël, confirme Colombo, elle ne veut rien qui soit en votre pouvoir.

-          Bon sang, c’est vrai, Matthieu m’a dit qu’elle ne parle pas, réfléchit à haute voix le vieil homme, sans doute est-elle muette…

-          Muette ou pas, si elle souhaitait quoique ce soit que vous puissiez lui donner, je vous assure que nous le saurions, mais ce n’est pas le cas : rassembler auprès d’elle ses parents divorcés sans qu’ils ne se disputent n’est pas à votre portée, lui rendre sa maison d’autrefois ou son petit chat qui est mort… Tout ça vous ne le pouvez pas Père-Noël !

-          C’est donc ça… murmure l’homme à l’habit rouge, avant d’ajouter à haute voix, c’est vrai que je ne peux pas forcer les gens à s’aimer, ni guérir qui que ce soit, ni encore moins ressusciter les morts, mais je peux peut-être essayer de faire entrer un peu de plomb dans la caboche des parents ! Il faut que j’y aille. Que je tente quelque chose pour cette petite. »

 

Normalement le Père-Noël n’utilise la magie que dans les cas extrêmes, mais là en l’occurrence, il lui semble tout à fait normal d’y avoir recours.

 

Et même si ce n’est pas la première fois que les lutins y assistent, ils ouvrent grands leurs yeux face à  ce spectacle :

« Un claquement de doigts pour un pantalon en velours côtelé.

Un claquement de doigts pour un pull col roulé.

Un claquement de doigts pour des chaussures cloutées.

Un claquement de doigts pour une parka trouée.

Un claquement de doigts pour un  vilain bonnet.

Un claquement de doigts pour, sur la terre…aller ! »

 

 

Et pfuiiiiiiit... Plus de Père-Noël dans le grand salon…

… par contre sur un banc sur le parking d’un hôpital de France, un vieil homme attend une voiture bleue qui –d’après les instructions de Lutin Navarro- ne devrait pas tarder à arriver avec au volant la maman d’Anaïs.

Effectivement la voici qui arrive et se gare. La jeune femme, élégante dans son manteau de lainage beige, en descend. Ses talons hauts résonnent sur le sol et le vieil homme la regarde monter les quelques marches face aux portes vitrées qui s’écartent automatiquement pour la laisser entrer et se referment.

Il ne quitte pas la porte des yeux. Il attend que la femme reparaisse.

Une bonne heure plus tard, il la voit enfin, les yeux rougis, la démarche mal assurée. Elle regagne lentement son automobile, ouvre la porte, s’assied, claque la porte et éclate en sanglots, les mains et la tête sur le volant. L’homme soupire de soulagement. Cette maman a beaucoup d’amour pour son enfant et souffre sincèrement. Après quelques minutes, il la voit se redresser, abaisser le pare-soleil pour se regarder dans le petit miroir de courtoisie et s’éponger le visage d’un mouchoir en papier.

Le vieil homme (en réalité le Père-Noël) claque alors des doigts en la voyant rabattre le pare-soleil sur le plafond de la voiture avant de tourner la clef de contact.

Rien ne se produit. La femme essaie à nouveau, mais la voiture refuse de démarrer. Le Père-Noël la voit regarder sa montre, souffler, puis sortir son téléphone portable.

Le vieil homme claque encore à nouveau des doigts ce qui a pour effet de décharger complètement la batterie du téléphone. Il sait que dans quelques instants –si lutin Colombo a raison-  une autre voiture, grise cette fois, va arriver avec à son bord le papa d’Anaïs.

C’est effectivement ce qui se produit, tandis que la jeune femme claque la portière et soulève le capot de la voiture.

L’homme se gare et sourit amusé en voyant son ex-femme observer en faisant la moue ce moteur qui refuse de démarrer.  Il sort de sa voiture, semble hésiter mais finit quand même par demander :

-          « Un problème ?

-          Non. Ca va. Je n’ai pas besoin de toi, répond la femme sèchement

-          Comme tu veux ! »

 Il se tourne pour se diriger en direction de l’entrée de l’hôpital, puis semble se raviser et repars  vers son  ex pour demander anxieusement :

-          « Comment tu l’as trouvée aujourd’hui ? »

Le regard de la maman s’embue immédiatement de larmes et elle hoche la tête doucement pour répondre silencieusement « pas bien du tout ».  L’homme serra les dents et donna un violent coup de poing dans l’arbre qui se trouvait là  à côté d’eux  planté sur un petit terre-plein de pelouse qui sépare les emplacements de parking.

-          « Bon sang qu’est-ce qu’on peut faire ? grommela-t-il »

Le Père-Noël –enfin le vieil homme du banc- décide alors d’intervenir et s’avance vers eux pour leur dire doucement :

-          « Donnez-lui l’envie de se battre ! Votre enfant renonce à vivre. Elle ne mange plus. Elle ne communique plus. Elle se laisse mourir pour aller rejoindre son petit Mistrigri… 

-          Mais qui êtes-vous ? Vous connaissez Anaïs ? Elle vous a parlé ? demandent les parents d’une seule voix

-          A moi, non, mais à mon petit fils, malade lui aussi, ment pour la bonne cause le Père-Noël car en réalité ce sont les Lutins Navarro et Colombo qui lui ont donné toutes ces informations.

-          Et que lui a-t-elle dit encore Monsieur ? Dîtes-le nous, il y a bien longtemps qu’elle ne nous dit plus rien à nous…

-          Vous le savez bien… Qu’elle est triste de vous voir séparés, qu’elle ne veut pas choisir entre son papa et sa maman, qu’elle ne veut plus voir vous disputer…

-          Ce n’est pas simple vous savez, dit le papa ému, la vie nous entraîne parfois sur des routes qu’on n’a pas choisies…

-          On n’a pas voulu non plus la maladie de notre fille, ajoute la maman dans un sanglot

-          Je sais. Je sais,  leur répond le vieil homme, mais ne pouvez-vous faire un effort de temps en temps rien que pour elle, en l’entourant et en l’accompagnant ensemble dans son combat contre la maladie ? Ne pensez-vous pas que quelques soient les raisons de vos différents, votre fille est plus importante et mérite que vous fassiez cet effort aussi intense soit-il ?

-          Nous ne pouvons lui donner de faux espoirs, tente de justifier le papa, elle refuse notre séparation mais nous avons refait notre vie l’un et l’autre…

-          Soyez unis sur la route de sa guérison, expliquez-lui que vous êtes toujours ses parents et que votre amour pour elle n’a pas faibli en vous séparant et elle finira ensuite par admettre que votre vie emprunte des chemins différents. Offrez-lui la chance d’y parvenir en vous oubliant un peu » dit gentiment le vieil homme en s’éloignant. 

Le père et la mère d’Anaïs ne disent rien.

Ils  réfléchissent.

Puis le papa, retire la barre de blocage qui maintient toujours ouvert le capot de la voiture de sa femme, pour le laisser retomber et il dit doucement à son ex :

-          « On pourrait peut-être essayer ? pour Anaïs… Elle m’attend. Tu m’accompagnes ?

-          Mais… j’en viens moi… c’est tellement dur de la voir comme ça…

-          Ensemble, ce sera peut-être moins dur, non ? insiste-t-il avec douceur

-          Mais… on m’attend…

-          Téléphone !

-          J’ai plus de batterie…

-          Je te prête le mien… »

A bout d’argument la jeune femme finit par sourire tristement et prendre le portable que lui présente son ex-mari.

Quelques instants plus tard le Père-Noël les voit monter ensemble les quelques marches face aux portes vitrées qui s’écartent automatiquement pour les laisser entrer et se referment.

« Finalement, ça n’a pas été trop difficile, pensa-t-il en souriant. Tant qu’il reste en l’humain du bon sens et de l’Amour on peut toujours espérer. »  

Il lui faut retourner dans son royaume… « Un claquement de doigts pour maintenant rentrer ! »

Et Hop ! Le Père-Noël est à nouveau dans son grand salon. Bien-sûr les lutins n’étaient plus là ! Ils avaient bien trop à faire avant la Grande Distribution.

-          « Qu’est-ce que je pourrai bien faire encore, se demande le Père-Noël, Ah ! je vais aller voir un peu si ces garnements de rennes ne bagarrent plus ! »

Il ne sait pas qu’Anaïs, de plus en plus faible, s’est déjà endormie et qu’elle ne peut avoir la joie de trouver auprès d’elle, enfin réunis, son papa et sa maman.

 

En fait depuis le départ du Père-Noël, dans l’atelier des lutins, règne comme un vent de folie. Le patron l’avait dit « Toutes les bêtises étaient permises ». Martino avait donc organisé une sorte de casting pour ce qu’il avait appelé le Christmas Academy. Tous les lutins devaient accomplir les tâches habituelles mais de façon gaie, comique, artistique voire acrobatique. Le mot d’ordre était « lâchez-vous mes amis ». C’est dire s’il régnait dans l’atelier une bonne humeur et une dynamique absolument géniale et pourtant le travail n’en était pas moins fait consciencieusement.

S’ils pouvaient le voir, les chefs d’entreprise sur Terre feraient bien d’en prendre de la graine en constatant que travailler ne rime pas forcément avec  morosité, mais c’est là une parenthèse qui ne fait pas avancer notre histoire.

 

A la fin de la journée, lutin Martino convie le Père-Noël pour le résultat du concours :

Lutin Hugo sera sculpteur de ballons de baudruche, Lutin Ludo sera le marionnettiste de la fête, Lutin Fabio fera un numéro de magie plein de poésie, Lutins Pipo et  Mario seront bien entendu les clowns de l’Arbre de Noël. Martino quant à lui, serait le conteur de l’après-midi. Il avait en réserve quelques fabuleuses histoires d’animaux pour remplacer leur présence, malheureusement interdite au sein de l’hôpital.  

Le Père-Noël est très fier de voir combien ses petits amis avaient pris à cœur leur mission, et peut donc attendre patiemment le grand jour.

 

Dans la grande salle de réception de l’hôpital, le personnel  a soigneusement disposé autour d’un immense sapin étincelant de lumières et de paillettes, les lits des malades les plus faibles et les fauteuils roulants de quelques uns.  Les autres, plus mobiles avaient pris place sur des chaises et des bancs.

Puis vers quatorze heures, à l’heure habituelle des visites, les parents viennent entourer leurs enfants pour assister au spectacle que les «  nez-rouges » ont préparé. Ce sont en réalité des médecins et infirmières qui jouent un peu au clown en dehors de leurs heures de travail pour faire oublier aux enfants qu’ils sont malades. Ils ont préparé pour l’occasion des petits sketches très amusants avec des déguisements très colorés, qui semblent vraiment amuser les enfants. Puis ils les invitent à reprendre en chœur quelques chansons.

A côté du sapin il y a un énorme fauteuil de velours rouge qui n’attend plus que le Père-Noël.

Puisque tout est prêt les infirmières invitent les enfants à taper joyeusement dans leurs mains pour l’appeler. Ces derniers ne se font pas prier et le voici qui arrive avec un immense sac aussi rouge que son costume. Les plus grands enfants rient sous cape en reconnaissant sous la fausse barbe, Fabrice qui n’est autre qu’un des brancardiers de l’hôpital. Qu’importe puisque les plus petits n’y voient que du feu !

Mais Matthieu, lui ne rit pas. Il devrait pourtant être content que ses parents, bien qu’ils habitent très loin, aient pourtant fait la route rien que pour être auprès de lui pour à l’occasion de Noël, mais il est triste quand même : son souhait ne sera pas exaucé.

Il est assis au bord du lit de la petite Anaïs à lui tenir la main. Elle regarde à peine ce qui l’entoure. Pourtant il la voit soudain reprendre quelques couleurs tandis qu’un homme et une femme entrent en courant dans la salle. Matthieu les connaît. Ce sont les parents d’Anaïs mais jamais ils ne sont venus la voir ensemble. Alors il quitte le bord du lit pour leur laisser la place et auprès des siens, contemple de loin, la lumière qui semble à nouveau illuminer le visage de son amie.  Il ne peut s’empêcher de penser que finalement, même si sa lettre est restée sans effet, ce sera quand même un beau Noël.

Quand soudain, une joyeuse équipe de nains entre tapageusement dans la salle en faisant mille cabrioles. Le personnel soignant s’interroge du regard « Qui sont-ils ? » mais personne ne peut dire qui les a fait venir et encore moins retenir cette troupe bondissante qui circule et cabriole entre les enfants pour leur faire mille tours de magie, distribuer des ballons de toutes les formes et de toutes les couleurs.

Quelques minutes plus tard un tonitruant « Ooh ! Ooh ! Ooh !» résonne dans la salle et un deuxième Père-Noël entre avec une gigantesque hotte sur le dos.

Il se dirige droit sur le fauteuil et tirant sur la barbe de l’imposteur qui y est assis, il lui dit : « Merci mon brave, de m’avoir remplacé pendant que je finissais mes paquets, vous pouvez maintenant me laisser la place. » 

Devant la tête du brancardier démasqué, tous les enfants éclatent de rire en tapant dans leur main et en scandant : « Fabrice ! Fabrice ! Fabrice ! » et lui, même s’il n’y comprend plus rien,  est heureux de voir tous ces visages d’enfants traumatisés par la vie, aussi hilares. Alors, il enlève son bonnet rouge en faisant mine de saluer et en disant « merci, merci beaucoup ».

Matthieu qui n’a rien perdu de la scène, tourne alors le visage vers celui d’Anaïs qui lui sourit pour la première fois, et qui bouge en articulant ses lèvres, pour qu’il puisse comprendre du loin : « MERCI ! »

Son petit cœur bat la chamade. Il est si heureux, qu’il ne prête même pas attention à la distribution des jouets qui a commencé, jusqu’au moment où Martino lui met entre les mains un énorme livre de contes d’animaux : « J’avais pensé  raconter quelques unes de ces histoires cet après-midi mais ce n’est pas le bon moment, alors je crois que c’est mieux que je te l’offre pour que tu les lises à la petite Anaïs quand vous serez seuls. »

L’enfant remercie le lutin et regarde sa petite copine toujours  couchée dans son lit, mais souriante, entourée de ses parents  qui l’aident à déballer un joli petit chat en peluche. Elle rassemble ses forces pour se redresser un peu et lui montrer du loin le cadeau qui semble lui faire un immense plaisir et il lit encore sur ses lèvres : « MISTRIGRI ».

Alors des milliers d’étoiles dans les yeux, Matthieu s’avance vers le Père-Noël et l’embrasse en murmurant « Merci d’être venu ! ».

Le vieil homme ne répond rien. Une espèce de grosse boule dans la gorge l’en empêche. Mais il décoche un énorme clin d’œil au gamin si heureux.

Quand la hotte est enfin vide, toute la joyeuse troupe s’éclipse alors aussi vite qu’elle était arrivée en laissant derrière elle, l’espoir que la joie seule fait naître dans l’âme de ceux que la vie éprouve.

-          « C’était vraiment un Noël différent, mes amis ! conclut le Père-Noël en se frottant les mains,

-     Mais ça ne fait que commencer Père-Noël, êtes-vous en forme pour la grande distribution de cette nuit ?

-      Plus que jamais ! Ooh ! Ooh ! Ooh !»

 

  

Claudie Beck-Becques (le 18/12/2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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