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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:00

 

paris point zéro

 

AU-DELA DE LA HAINE

 

(page 25)

 

Thomas… Me haïs-tu vraiment ? J’aimerais tellement te revoir une fois avant de mourir… Car je sens bien que mon heure approche… Cette espèce d’agonie que je ressens… Crois-tu vraiment que je l’ai à ce point méritée ? Bientôt dix ans que tu nous évites ta mère et moi… Pourtant je te comprends… Tu as sans doute à toi seul plus de maturité que nous deux réunis… Enfin, façon de parler, puisque nous sommes divorcés…

Je sais que tu veux préserver cette vie tranquille et équilibrée que tu as réussi à construire avec ta jolie et aimante épouse qui t’a donné ces enfants que je ne connais quasiment pas.

Il est vrai que je ne suis pas fréquentable…

Je sais également que tu n’es pas non plus sorti indemne de la naissance de ta petite sœur au cours de ta troisième année…

Tu devenais grand, et venais  d’intégrer la maternelle alors ta maman éprouva  une nouvelle fois l’envie irraisonnée d’un nouveau bébé à serrer contre son cœur… L’échographie annonçait une fille… Le choix du roi…

Mais la science n’est pas exacte, tout s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices…

Nous n’avons pas compris pourquoi le bébé  fut emmené aussitôt sans explication hors de la salle de travail sans nous l’avoir présenté pour l’embrasser bien que son cri eut résonné normalement dès l’expulsion.

Je tentais de calmer ma douce chérie en pleine crise de nerfs qui hurlait « donnez moi mon bébé », mais je me doutais que le plus dur restait à venir…

Le pédiatre, talonné de la sage-femme, vint nous rejoindre pour nous expliquer que si le problème était très impressionnant, la chirurgie remédierait rapidement à cette malformation du visage que la radio n’avait pas décelé : une fente palatine appelée communément « bec de lièvre ».

Désormais prévenus, nous n’étions cependant pas préparés à un tel choc de la vue de ce bébé qui n’avait pas visage humain. Il fallut plusieurs jours avant que ma tendre Anaïs acceptât de prendre son enfant dans ses bras, mais l’instinct et l’amour maternel finit par l’emporter.

La nouvelle consterna nos deux familles, qui nous entourèrent aussitôt et tentèrent de nous réconforter du mieux qu’elles le purent, nous rappelant que ce handicap ne serait que ponctuel et que notre petite Ludivine pourrait un jour avoir une vie normale.

S’ouvrait néanmoins devant nous et surtout pour cette enfant un lourd et long  programme thérapeutique, qui réclamerait patience et compréhension.

Tout d’abord dès les premiers jours pour l’alimentation très particulière de ce nouveau-né avec des tétines spéciales, alors que ma douce épouse ne jurait que par l’allaitement maternel,  puis lors des multiples opérations comme celle de la fente labiale dès les premières semaines  puis des divisions palatines avant la première année.  Nous savions que les séances d’orthophonie et d’autres nombreuses interventions de chirurgie esthétique permettraient un jour une vie normale à notre fille qui n’aurait plus à subir des cruelles moqueries des autres enfants de son âge.

Ce parcours du combattant ma petite Ludivine tu l’as toujours suivi avec courage et  bonhommie… Tu étais vive, malicieuse, éveillée et intelligente… Mais va savoir ce qui se passe dans une petite tête ?

Dans la nôtre déjà régnait une telle tempête…

Dans la mienne comme un sentiment de culpabilité ;  dans celle de ta maman une sorte d’échec.

C’est à cette époque qu’elle commença à avoir besoin de somnifères pour dormir, d’autres pour rester éveillée, de ceux pour ne plus penser ou réapprendre à sourire…

Tandis que je noyais ma solitude morale avec un verre ou deux, au mess avec les collègues avec qui je déjeunais lorsqu’elle se reposait en ayant oublié de préparer le repas.

Notre petite poupée au petit nez écrasé put finalement  entrer à l’école et la vie reprit le dessus…

Dans l’esprit d’Anaïs des idées de revanche sur la vie et ses coups du sort commencèrent à germer, et bientôt son ventre s’arrondit à nouveau.

La suite : paris point zéro

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Published by Clo - dans Nouvelles
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commentaires

Solange 29/06/2010 03:06



C'est une grosse épreuve que d'avoir un bébé infirme, même si on sait que ça se répare.



Clo 29/06/2010 20:52



On ne peut pas sortir totalement indemme même si de tous les cas c'est un des moindres...


Il faut que le couple soit solide !