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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 23:54

Réédition...



Non, ce n'était pas le radeau de la Méduse ce bateau à bord duquel nous embarquâmes ce mercredi-là. Ce n'était qu'une simple vedette blanche qui avait déposé les touristes de toutes régions et de tous pays que nous étions, au marché de Sète.

 

Alors que nous avions fait le plein de couleurs et de divines senteurs provençales, nous reprîmes la mer pour rentrer au Cap d'Agde.

 

Dans le haut-parleur, le son nasillard de la voix du capitaine qui nous commentait la promenade se tut soudain lorsque nous passâmes devant le Mont St-Clair.

 

Nous avions tous alors, le regard fixé vers le petit  cimetière marin* au pied du phare, et c'est alors que, semblant monter des abysses, la voix de Georges s'éleva dans sa supplique pour être enterré sur une plage de Sète.

 

Je n'ai jamais été particulièrement fan de Brassens. Hormis "le petit cheval" qu'avait du m'apprendre la maîtresse d'école et quelques titres entendus au hasard d'émissions télé, je pensais ne connaître que très vaguement le répertoire de ce pornographe du phonographe.

En effet, sauf le respect que je vous dois, je ne comprenais pas que l'on puisse acheter les disques de cet homme qui, à mon sens, n'avait aucun talent musical avec sa guitare et ses trois accords, peu de voix et une poésie trop verte à mont goût qui ne captait décidément pas mon admiration.

 

Sans doute devais-je conserver dans les profondeurs de ma mémoire, un souvenir froissé d'idées préconçues dues à une éducation coincée qui m'avait fermé les portes des subtilités contenues dans ses textes.

 

Les yeux toujours rivés sur les croix blanches, la chair de poule, j'écoutais religieusement Georges qui semblait se gausser de notre émotion, et raillait en nous racontant l'effet qu'avait un jour produit Fernande sur son anatomie.

 

Le savoir reposant là, auprès de son arbre, de Paul Valéry et Jean Vilar et imaginer sa grosse moustache frémir et réprimer les sourires de ce voyou à la mauvaise réputation qui nous révélait avoir rendez-vous avec nous, là, sur les bords de la Méditerranée, avait un côté surréaliste qui m'émut jusqu'aux larmes.

 

Notre bateau poursuivit une heure durant sa lente progression vers sa destination, et mon regard se perdit dans les milliers d'étoiles qui s'évaporaient des vagues d'azur au contact de la caresse du soleil. Elles semblaient remonter vers Dieu si il existe, et vers cette voix qui égrenait toutes ces chansons dont je me surpris à entonner chaque parole comme si elles étaient de ma discothèque habituelle.

 

Je découvris avec stupéfaction que j'étais moins ignare et moins sectaire que je ne le croyais, et force m'était de reconnaître que le temps ne fait rien à l'affaire : j'aimais depuis toujours le talent de Georges brassens.

 

De retour dans mes nuages, en mauvais sujet repenti, j'ai réparé ma faute et anobli ma collection de CD d'un de ses albums.

 

Plutôt que de sombrer certains jours dans une déprime qui pourrait m'amener à mourir pour des idées noires, je pourrai alors embarquer sur "les Copains d'abord" vers la route aux quatre chansons de Georges.

 

Claudie Becques (12/01/06)

 

·        C'est à mon retour que j'appris qu'en fait Georges Brassens n'est pas enterré au cimetière marin mais au cimetière Le Py à Sète

·        Les mots en caractère gras correspondent à des titres de chansons de Georges Brassens.

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Published by Clo - dans Nouvelles
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commentaires

Solange 05/03/2011 02:21



Souvent les occasions nous font apprécier des choses qui ne nous avaient pas plus jusque-là. C'est un beau récit.



Clo 07/03/2011 13:19



C'est vrai Solange... Ce texte commence à dater, mais j'en garde encore toute l'émotion.



liedich 11/10/2008 18:29

Ton pseudo acte de contrition...l'anoblissement de ta collection de cd...ta description m'a reporté sur ce bateau pris il y a bien longtemps.J'ai également mis beaucoup de temps à apprécier GB : à la maison c'était TINO ROSSI alors tu penses.... pas de voix etc...Tu viens de m'offrir un joli voyage.Merci à Toi, 

Clo 12/10/2008 10:37


Eclat de rire ! Chez moi : Luis Mariano et Edith Piaf !

De temps en temps mon père esquissait un sourire devant Brassens qui chantait "Gare au gorille" ou "Fernande" qui s'effaçait bien vite devant les lèvres pincées de maman, qui n'appréciait pas
ce langage "trop cru".
Avec le temps et la confrontation avec les générations nouvelles,  ses oreilles sont devenues moins "sensibles", et de temps en temps elle nous en sort des bien "cruelles" aussi qui nous font
dire :
- "Ben, maman ! C'est toi qui dit ça !!!
- Ah, mais je suis restée dans le coup !" répond-elle alors fière d'elle

Que du bonheur !
Merci à toi pour ces souvenirs également.


katherine 10/10/2008 15:07

Un hommage à Brassens construit de manière fort originale et qui nous rappelle à beaucoup de ses belles chansons.Tu sais, beaucoup ont considéré Brassens comme un "pornographe" ( tout comme Perret a été considéré comme grossier, alors qu'il a écrit des chansons poésies magnifiques), maisc'était une erreur car Georges était plein d'humour et magnifiait le Verbe comme personne. De plus, ses musiques semblent "faciles" or, beaucoup de musiciens reconnaissent l'opposé.Je t'embrasse Clo

Clo 10/10/2008 15:41



Un jour je me suis décidée à m'intéresser d'abord aux textes des chansons de Brassens, et je n'ai plus vu alors que le poète. Et puis son petit côté "provoc" me plaît bien aussi finalement.
La musique aide à mieux se souvenir des paroles, mais je ne me permettrais plus jamais d'apporter un jugement sur un musicien quel qu'il soit,  étant bien incapable de sortir le moindre son
d'un quelconque instrument.
Merci de ton passage sur Litterrances Katherine.
Je t'embrasse également. Claudie



Moun 10/10/2008 11:31

oui je me souviens l'avoir déjà lu et il m'avait fait un bel effet ce texte ! Le talent, l'allant de ses mots, je connais et je respecte mais il est vrai que je zappe si j'entends une de ses chansons à la radio :o)A bientôt, en toute sympathie

Clo 10/10/2008 11:41


Je respecte tout à fait Moun. Il y a tant d'artistes que je n'aime pas du tout et que je n'ose l'avouer ! Bien amicalement. Clo


aimela 10/10/2008 11:31

Lorsque j'étais jeune, j'adorais georges  et détestais  Jacques mais peut-être que je ne comprenais pas , c'est tout, depuis j'ai écouté jacques et j'aime  la plupart de ses chansons sauf une  qui je ne sais pourquoi me coince ( les bonbons ) . J'aime toujours Brassens . très belle réussite ton petit texte  Clo, bises

Clo 10/10/2008 11:39


Merci Aimela pour cette re-re-re-relecture (éclat de rire). Bises.