Moments de rêves et d'émotions en prose ou poésie pour petits et grands.

Cela faisait bien longtemps que je n'étais allée danser.
Le temps de faire des enfants.
D'avoir vieilli.
D'avoir perdu l'habitude de penser à moi.
Le temps de douter de ma féminité.
Assise à une table au bord de la piste, j'observe les autres femmes l'esprit critique, comparatif.
Celle-ci est trop mince.
Elle, par contre devrait faire un régime.
Cette autre n'a pas très bon goût pour s'habiller.
Quant à celle-ci elle est drôlement jolie… mais aussi drôlement "bêcheuse".
Oh ! Là, c'est vraiment trop ! On se doit quand même de respecter son âge !
Diagnostic final, je suis dans la moyenne : ni un top-modèle, ni un boudin.
"Je passe mon chemin", selon l'expression favorite de mon père.
Ca me fait drôle d'être là, tout comme il y a plus de vingt ans.
En ces lieux, rien n'a vraiment changé….
Sauf moi !
Suis-je seulement encore capable de danser ?
Mon mari me prend la main.
Je me blottis contre lui.
Apparemment c'est comme le vélo : ça ne s'oublie pas.
Je tangue sur un slow, les yeux clos.
Le temps s'est arrêté.
J'ouvre les yeux.
Un homme me regarde.
Je me détourne gênée, mais je continue de le sentir me dévisager.
La musique reprend.
J'ondule à nouveau et son regard de braise continue à me détailler effrontément.
Je vois ses mains presser et caresser le dos de sa cavalière, tandis que je me serre un peu plus contre l'homme de ma vie.
Nos yeux sont aimantés, mais nos corps séparés par nos vies respectives.
La musique s'éteint.
La lumière s'allume.
Je reprends contact avec la réalité.
J'ai un peu honte de ce flirt du bout des yeux, mais…
Je me sens belle.
Je me sens femme.
Je me sens en vie.
Claudie Becques (24/02/2007)