
Il regardait souvent ses mains avec mépris en disant : "Je ne sais rien faire de mes dix doigts".
Moi je les trouve belles ses mains. Elles sont fines, douces, bien blanches et soignées.
C'est important les mains. C'est si sensuel.
J'aime quand elles enserrent mes épaules ou ma taille, quand elles deviennent baladeuses et qu'elles caressent ma peau...
- "Arrête, tu n'es
jamais sérieuse !
- Mais, si...
- Je ne suis même pas fichu d'en faire quelque chose de bien.
- Elles sont économiques tes mains.
- Economiques, pouffa t-il, alors qu'elles sont incapables de réparer, fabriquer ou plonger dans un moteur, et que je suis toujours obligé de faire appel à quelqu'un pour le faire à ma
place. Elles ne me servent qu'à signer les chèques de mon incompétence.
- Je te le disais : elles font tourner l'économie.
- Tu vois, tu n'es jamais sérieuse."
Moi dans ses mains, je sais qu'il y bat un cœur gros comme çà.
Jamais je ne les ai vues levées sur qui que ce soit.
Leur mission semble être de cajoler, bercer, éponger les fronts fiévreux, tenir le coude du faible pour avancer, porter les cabas des personnes âgées, plonger dans sa poche pour y trouver une
pièce pour le mendiant, prévenir des dangers ceux à leur portée...
Et puis, elles ne sont pas fières ses mains, elles se tendent volontiers vers celles manucurées et parées de bijoux, autant que vers celles calleuses aux ongles noirs.
- "Alors tu sais, mon Amour, je dis que des mains comme ça : elles sont en or !".
Claudie BECQUES (2005)