Moments de rêves et d'émotions en prose ou poésie pour petits et grands.

Voilà ce que c’est de ne jamais faire attention à rien : tu t’es pris les pieds dedans et tu es là, sur le sol, vautré, en larmes au beau milieu des débris.
En d’autres temps, d’autres saisons, j’aurais pris garde à ne pas le laisser traîner.
Je l’aurais soigneusement posé en évidence pour que tous puissent l’admirer mais toutefois à hauteur respectable, pour que nul ne puisse y toucher au risque de l’abîmer ou même de le briser.
Mais j’oubliais que les années ternissent tout, même les plus jolies choses.
Les couleurs ont pâli et j’ai vu peu à peu ton regard glisser dessus comme sur n’importe quel autre objet jusqu’à ne plus s’y attarder du tout.
Pire, je l’ai vu se perdre dans les brumes d’un monde où tout ce que nous partagions n’avait plus sa place et s’attarder sur d’autres choses moins stylées mais plus jeunes, plus
attrayantes...
Alors, j’ai voulu le dépoussiérer, le raviver pour retrouver sa splendeur d’antan, en espérant que, comme avant, tu prendrais ma main dans la tienne, pour le contempler religieusement comme un
objet d’art que nous aurions réussi à sauver de l’érosion du temps.
Mais je me suis vite aperçue que mes efforts seraient vains, que les quelques ébréchures, et menus morceaux que j’avais déjà à plusieurs reprises recollés dans le passé, lui ôtaient à tout jamais
la valeur inestimable qu’il avait au départ.
Il me semblait néanmoins important que tu lui accordes encore un dernier coup d’œil attendri, alors je l’ai placé là, au beau milieu de cette maison vide, pour que tu ne le loupes
pas.
Apparemment tu y tenais encore un peu à notre amour !
Claudie Becques (10/09/07)