Moments de rêves et d'émotions en prose ou poésie pour petits et grands.
La petite vieille ratatinée se sentit toute réjouie en voyant ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire, ce
joli être, si fragile comme elle, la petite vieille, et, comme elle aussi, sans dents et sans cheveux.
Elle ne dit pourtant rien.
A quoi bon ? Puisque personne ne l'écoutait plus depuis déjà longtemps.
Sa frêle silhouette transparente aux yeux de tous, se dirigea vers la fenêtre donnant sur le jardin.
Son regard se posa attendri, sur un arbre qui brandissait, victorieux, vers le ciel azuré, ses longs bras décharnés boutonnant comme un adolescent timide.
Demain sous son feuillage courra cet enfant dont les jeux bruyants se mêleront au doux chant des oiseaux.
La petite vieille se dit que l'Homme par la nature n'a pas été doté de ces multiples chances qu'ont les végétaux et que son pauvre tronc à elle, la petite vieille ne renaîtra jamais.
Le sablier du temps s'écoule inexorablement et ce qui naît un jour meurt irrémédiablement, définitivement.
Lorsque s'en vient l'hiver, l'Homme s'endort pour toujours et ne subsiste l'espoir que dans la descendance.
Si de savoir que dans ce tout petit être coulait un peu son sang, elle ne put s'empêcher de penser avec un soupir que ce qui fut merveilleux devient un jour hideux, et que près d'elle aussi, il y a bien des années, on s'était extasié.
Mais, à quoi bon tout ça ? Puisque…
L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu.
Claudie Becques
(Phrases en italique issues des Petits poèmes en prose de "Le Spleen de Paris" de Charles Baudelaire)