Moments de rêves et d'émotions en prose ou poésie pour petits et grands.
Je me souviens... C'était il y a longtemps… C'était l'hiver, sur le chemin de l'école...
J'avais trouvé sur l'épais tapis de neige, un petit chardonneret qui piaillait désespérément. Il avait la patte cassée.
Après l'avoir nourri pendant deux ou trois jours bien que Papa m'ait prévenue qu'il ne guérirait pas, je l'ai trouvé un soir,
raide.
J'avais sept ans, je découvrais la mort de prés pour la première fois.
J'ai beaucoup pleuré. Puis j'ai pris mon crayon, une feuille de papier, et y ai tout déballé mes émotions.
Quand j'ai relevé la tête, mes joues étaient sèches.
En me relisant, j'étais émerveillée d'avoir si bien su vider mon coeur. Je me sentais mieux.
Le lendemain matin j'ai tendu à l'institutrice, étonnée, ma feuille de papier qu'elle promis de me rendre un peu plus tard. Ce qu'elle fit.
Je n'ai pas reconnu tout de suite mon poème. Il était maculé de ratures et d'annotations rouges : les temps
étaient accordés, l'orthographe rectifiée, les répétitions supprimées, les mots maladroits remplacés.
Son écriture droite et régulière rouge dans mon texte bleu, était à mes yeux, autant de tâches de sang du petit chardonneret, et ravivait ma peine.
De retour chez moi, j'ai arraché rageusement mon poème en mille morceaux, sous les yeux désolés de ma mère. Ce n'est que bien des années plus tard que je me suis remise à la poésie.
Bien sûr le rôle des enseignants et de corriger les devoirs des élèves, mais en préservant leur sensibilité.
Ce poème n'était pas un devoir, c'était seulement des sentiments.
On ne les commande pas ! On ne les corrige pas !