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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 13:24




vision-copie-1.jpg


Notork a trop mal dormi ce jour. Pour calmer son insomnie il a ressorti des vieux DVD sacrés pour revoir sur son antique écran plasma les images de la vie d’antan.

 

Ce qui lui paraît le plus dingue c’est d’imaginer qu’il y a eu des icebergs sur la terre, des ours polaires, des pingouins. Et cette vie en plein jour, protégée par ce qu’ils appelaient la couche d’ozone, çà le fait rêver.

Il aime revoir les visages différents des hommes de ce temps, avec des oreilles sur le côté et cette aspérité en plein milieu appelée "nez". Leur couleur même était différente. Cà entraînait paraît-il des guerres ! Il fallait vraiment être sous-développés pour se battre pour une raison aussi futile ! Au moins, maintenant on est tous égaux : tous couleur terre brûlée, et ce même aspect de corps fondu.

Il doit bien faire encore 70° ce soir ! Il avale sa pilule de concentré de protéines et de vitamines, il boucle soigneusement sa combinaison anti-UV, met sa paire de lunettes infra-rouges, et il sort de sa coupole réfrigérée pour se rendre à son usine de fusées intergalactiques. Cà aussi c’est un plus : il n’y a plus de problème de chômage. Lors du grand tremblement de la planète en l’an 2125, qui a fait exploser plusieurs dizaines de centrales nucléaires, seuls les plus jeunes et vigoureux s’en sont sortis.

Bientôt Notork ira passer ses vacances sur Mars. Là-haut ils ont réalisé un grand parc d’attractions avec des objets, des espèces animales et végétales reconstituées, comme en 2006.

Claudie Becques

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 16:12

Coups de langue

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Alors que, sur le lieu de mon travail, je m’octroyais une petite pause à la machine à café pour me dégourdir les jambes et reposer les neurones, j’y croisai un collègue avec qui je devisai quelques secondes.
Il fait la navette depuis plusieurs mois entre notre usine basée dans le Nord de la France et une autre, ouverte en Chine, où il leur inculque la façon de fabriquer du papier couché à la norme de chez nous.
J’aime parler avec lui des us et coutumes de ce peuple du bout du monde, bien différents des nôtres, européennes.
Ce jour-là, la discussion porta sur le langage.
 

 

Il me dit que bien entendu, quels que soient les pays parcourus, la langue commerciale était définitivement l’anglais et que pour palier aux éventuelles lacunes, un interprète était presque constamment à ses côtés.
Je lui demandai quand même si, étant donné ses nombreux déplacements de longues durées, il se mettait néanmoins à parler un peu le chinois. Il me confia alors qu’il s’y attelait mais se trouvait quelque peu bridé par un problème d’intonation. En effet, un même mot peut avoir trois sens différents selon que le ton soit descendant, constant ou montant.
Il me donna différents exemples que j’ai malheureusement oubliés, mais qui n’auraient de toute façon pas été faciles à recaser dans une conversation pour vous permettre de passer pour un érudit lors du traditionnel repas de nouvel an entre amis.
Afin de ne point abuser des bonnes choses et rentabiliser mes somptueux émoluments, je pris congé de lui et regagnai, songeuse, mon bureau.
Je continuai tout le reste de la journée à rechercher un cas similaire de la langue de chez nous et je m’arrêtai finalement sur le mot QUELQU’UN.
Pourquoi quelqu’un plus que l’autre ? me direz-vous
Parce que c’est moi qui écrit, vous répondrai-je, et que qui que vous soyez, vous n’êtes que lecteur et que, à ce que je sache, nous ne sommes pas encore dans une dimension d’interactivité vous permettant d’influer sur mon écriture.
Donc ce sera quelqu’un et personne d’autre ! Na !
Imaginez ce mot prononcé de façon montante par une voix chevrotante, après le grincement de la porte entrouverte d’une maison isolée en pleine campagne, que vous envisagez d’explorer à la simple lueur d’une torche électrique trouant le noir d’une nuit sans lune, après que votre voiture vous ait lâchement fait le coup de la panne :
"Y a quelqu’un ?"
Un silence oppressant vous répond.
Le sang martèle vos tempes.
Une sueur froide ruisselle sur votre dos.
Vous sentez que vous n’êtes pas seul.
Il y a quelqu’un.
Vous sentez son souffle rauque, mais vous ne le voyez pas.
Il vous épie.
Ce quelqu’un montant fait monter votre adrénaline.
Il peut être n’importe qui : un psychopathe, un alien, un vampire, un monstre…
Vous vous rendez subitement compte que vous ne pourrez pas échapper à ce quelqu’un quel qu’il soit, que vous n’êtes plus qu’une proie, une future victime. Vous fuyez alors les lieux et courez droit devant vous en pleine campagne jusqu’à la première route, jusqu’aux phares d’une voiture qui s’arrête et s’ouvre pour vous accueillir, trop vite, trop facilement, par une trop étrange coïncidence, alors vous courez à nouveau…
 "Eh ! Oh ! C’est moi ! Où étais-tu passé ? On te cherche partout ! Où vas-tu ?
 Je… J’ai… J’ai cru qu’il me courait après… Qu’il voulait me tuer…
 Qui ?
 Euh ! Je ne sais pas… Quelqu’un !" (ton constant).
Alors là quelqu’un devient insignifiant, et vous… paranoïaque !
Personne à l’horizon d’autre que vous qui claquez des dents et tremblez de tous vos membres.
 "S’il y avait quelqu’un, je le verrai ! insiste l’autre
 Oui… Non… Emmène-moi loin d’ici !
 OK. Où ? Chez toi ?
 Non, quelque part où il y aura quelqu’un.
 Qui ?
 Je m’en fous, mais je ne veux pas rester seul !"
Quelqu’un devient à ce moment là tout ou rien, parce qu’en fait vous vous fichez bien de qui ça peut être, que vous l’aimiez ou pas, homme ou femme, jeune ou vieux, pourvu que ce soit une présence qui comblera votre désarroi et la solitude ressentie.
Si c’est un familier, tant mieux. Mais n’importe qui ferait également l’affaire.
Tout ce que vous demandez , c’est de vous changer les idées, de rencontrer des gens tout simplement.
Il se peut alors, par le plus grand des hasards, que vous LE rencontriez.
Je ne peux pas vous dire son nom parce que ce serait prétentieux de ma part de prétendre que je puisse avoir des relations aussi importantes.
Je me souviens que ma grand-mère me disait souvent : "Oh, celui-là c’est quelqu’un !" avec un ton qui descendait aussi bas que ce quelqu’un pouvait être haut sur l’échelle hiérarchique. Si sa voix baissait tant c’était comme pour suggérer la méfiance, qu’il risquait de retomber aussi bas qu’il était monté haut.
En baissant ainsi le ton, c’était aussi pour elle comme éviter un éclat de voix qui aurait pu la rendre responsable de l’éventuelle dégringolade de ce quelqu’un.
Je la revois ponctuer cette affirmation d’une moue des lèvres striées de ridules, telle que celle du loup des dessins animés hurlant à la pleine lune. Elle accompagnait cette grimace de bouche par un impressionnant roulement d’yeux, et en relevant ses mains aux veines saillantes, d’un faible mouvement qui les faisait lâcher quelques instants seulement, son tablier à carreaux gris qu’elle plissait depuis des heures de ses doigts noués par l’arthrose.
Seul un bruit d’aspiration accompagnait ses dires :
 "Celui-là c’est quelqu’un ! Ufsfsfsfsf !"
Et moi, je la regardais avec mes grands yeux de petite fille et je rêvais de devenir aussi un jour, quelqu’un Ufsfsfsfsf !
Le temps a passé, et je n’ai pas réussi à monter très haut parce que trop timorée et vite sujette au vertige, mais je sais que je suis plutôt un "quelqu’un constant", qui sait être là quand on a besoin de moi pour répondre présente aux "y a quelqu’un montant", surtout que je n’ai jamais fait peur à personne sauf à moi-même !
Pourtant je nourris l’espoir que, lorsque j’aurai rejoint ma grand-mère, tout là-haut, il y aura quelques uns de mes proches et les quelques autres qui auront croisé ma route pour dire en baissant le ton que j’étais quand même quelqu’un dont on se souvient de temps en temps parce que Clo… Ufsfsfsfsf !
 
 
 

Claudie Becques

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 15:19

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Je me souviens... C'était il y a longtemps… C'était l'hiver, sur le chemin de l'école... 

J'avais trouvé sur l'épais tapis de neige, un petit chardonneret qui piaillait désespérément. Il avait la patte cassée. 

Après l'avoir nourri pendant deux  ou trois jours bien que Papa m'ait prévenue qu'il ne guérirait pas, je l'ai trouvé un soir, raide.

J'avais sept ans, je découvrais la mort de prés pour la première fois. 

J'ai beaucoup pleuré. Puis j'ai pris mon crayon, une feuille de papier, et y ai tout déballé mes émotions.

Quand j'ai relevé la tête, mes joues étaient sèches.

En me relisant, j'étais émerveillée d'avoir si bien su vider mon coeur. Je me sentais mieux. 

Le lendemain matin j'ai tendu à l'institutrice, étonnée, ma feuille de papier qu'elle promis de me rendre un peu plus tard. 
Ce qu'elle fit.
 
Je n'ai pas reconnu tout de suite mon poème. Il était maculé de ratures et d'annotations rouges : les temps étaient accordés, l'orthographe rectifiée, les répétitions supprimées, les mots maladroits remplacés.

Son écriture droite et régulière rouge dans mon texte bleu, était à mes yeux, autant de tâches de sang du petit chardonneret, et ravivait ma peine.

De retour chez moi, j'ai arraché rageusement mon poème en mille morceaux, sous les yeux désolés de ma mère. Ce n'est que bien des années plus tard que je me suis remise à la poésie.

Bien sûr le rôle des enseignants et de corriger les devoirs des élèves, mais en préservant leur sensibilité. 

Ce poème n'était pas un devoir, c'était seulement des sentiments. 

On ne les commande pas ! On ne les corrige pas !

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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 15:55


rosier.jpg
L'automne est de retour, avec son lot de tempêtes et de pluies qui nous viennent de l'Ouest.

Le calme est revenu ce matin, mais mon jardin n'est plus qu'un champs de bataille après un dur combat.

Le sécateur à la main, je le regarde. Il est là, je vois bien qu'il se meurt, toutes ses feuilles au sol. Mais pourtant tel un valeureux soldat, toutes épines hérissées, il semble me défier et me dire qu'il ne capitulera pas.

Il brandit droit vers le ciel gris et menaçant, au bout de ses longs bras décharnés, tels des étendards, deux boutons rouges sang d'une indécente beauté.

Une petite bourrasque les agite doucement… Il est temps de rendre les armes !

Je coupe les deux roses et taille le rosier.

Dors vaillant guerrier ! Repose-toi le temps d'un hiver, et au printemps, tu renaîtras plus beau et plus fort que jamais.

 

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