Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 17:38

noel.jpg

 

 

 

Martino  le lutin vient retrouver le Père-Noël dans son salon pour lui exposer un grave problème. En effet les rennes se sont encore disputés et ils en sont maintenant à régler leurs différents à grands  coups de bois. Il faut absolument les empêcher de s’entre-tuer ou de se blesser une semaine avant la grande distribution !

 

Il trouve le vieil homme dans son fauteuil face à l’âtre de la cheminée, une lettre à la main et… il pleure !

-          « Ca ne va pas Père-Noël ? Etes-vous malade ? Avez-vous besoin de quelque chose ? demande le brave lutin très inquiet

Le Père-Noël semble alors seulement prendre conscience de ne plus être seul. Il prend dans sa poche son grand mouchoir à carreaux pour s’essuyer les yeux et se moucher bruyamment.

-          « Ca va, ça va Martino… Je vais bien… Je suis juste très ému par la lettre du petit Matthieu

-          Que dit-il Père-Noël, pour que cela vous mette dans un tel état ? interroge le lutin

-          Il vit depuis plusieurs mois pour y être soigné, dans le service pédiatrie d’un grand hôpital en France, explique alors le Père Noël. Oh, il ne se plaint pas, même si je crois que sa maladie est très grave, non, il me parle juste d’une autre petite fille, Anaïs,  dans une chambre voisine…

Martino a déjà la gorge serrée en entendant le début du récit du Père-Noël, car il sent que pour une fois, il va y avoir une grande chose à réaliser dans le cadre de l’Esprit de Noël.

Les lettres des enfants ne sont que trop souvent emplies de souhaits un petit peu égoïstes, mais après tout, Noël c’est une fête destinée à les combler de bonheur ; alors avec tous ses amis lutins ils construisent, préparent et disposent dans le traîneau, tout ce qui figure sur les listes sans trop se poser de questions.

-          « Matthieu me dit d’Anaïs, que lorsqu’elle est arrivée, il y a environ trois mois, dans son service, il l’a trouvée tellement jolie, que c’était un peu comme si son visage était éclairé d’une lumière, reprend le Père-Noël, mais il ajoute que chaque jour qui passe éteint un peu cette lumière parce qu’elle ne sourit ni ne parle jamais. Il m’explique qu’il s’assied souvent au bord de son lit pour lui lire des histoires qu’elle écoute et semble aimer, mais elle ne dit jamais rien. Alors il retourne dans sa chambre, sans avoir entendu le son de sa voix. »

Deux grosses larmes se remettent à couler sur les joues du vieil homme et s’en vont se perdre dans la grosse barbe blanche.

Sur le visage de Martino, deux grosses larmes coulent également et s’écrasent sur le lainage vert de son habit de lutin.

Un grand silence règne maintenant dans le salon. Seul le crépitement de la danse des flammes sur les bûches retentit.

Ils restent ainsi tous deux quelques secondes perdus dans leurs pensées…

Le Père-Noël renifle soudain un grand coup, se lève de son fauteuil et se met à marcher à grands pas dans le salon :

-          « A quoi sert toute cette magie finalement ? demande-t-il rageusement, je n’ai aucun pouvoir pour guérir, ni pour obliger à aimer… Je ne sers pas grand-chose en fait… »

Et il retourne s’asseoir dans son fauteuil, en se prenant la tête entre les mains, complètement découragé.

Lutin Martino se racle un peu la gorge pour tenter de retrouver un peu de voix perdue dans l’émotion et dit :

-          « Que souhaite réellement ce petit Matthieu, Père-Noël ? Parle-t-il de miracle ? 

-          Non, mon brave lutin, il ne demande rien qui ne soit irréalisable, il veut seulement que je me déplace en personne pour l’Arbre de Noël de l’hôpital, l’après-midi du 24 décembre. Il me dit dans sa lettre que si je ne viens pas, ce sera comme l’année dernière un aide-soignant – que tous les enfants vont immédiatement reconnaître - qui va se déguiser pour distribuer les cadeaux. Or, pour tenter de remettre un peu de lumière dans les yeux d’Anaïs, Matthieu lui a promis de faire venir le vrai Père-Noël… 

-          Hum, hum… réfléchit Martino, c’est vrai que l’après-midi du 24 vous devez en principe vous reposer pour être en forme pour la grande Tournée de la nuit...

-          Oh, mais ça n’est pas le problème Martino, j’aurai 364 jours pour me reposer après, mais ce qui me contrarie c’est que je ne pourrai pas les guérir tous ces malheureux petits enfants…

-          Evidemment non Père-Noël, mais la joie et quelques instants de bonheur en votre présence leur donneront le courage d’affronter les soins et les traitements et de se battre pour aller mieux… J’ai lu ça un jour dans une revue, que l’on guérit plus vite quand on a un bon moral… ajoute le brave lutin. »

Il dit ces paroles avec tant de conviction que le Père-Noël retrouve le sourire :

-          « Tu as tout à fait raison, Martino, mais tu vas m’accompagner, avec quelques autres de tes amis lutins que tu choisiras parmi les plus drôles, farceurs et acrobates. Vous ferez des cabrioles, jouerez aux clowns… enfin tu vois, toutes ces pitreries auxquelles vous vous adonnez derrière mon dos quand vous croyez que je vous vois pas, ajoute-t-il avec un clin d’œil moqueur. Eh bien cette fois c’est un ordre vous ferez toutes les bêtises que vous voudrez sans modération…

-          Mais…

-          Il n’y a pas de mais, mon cher lutin, on va leur offrir le plus beau des Arbres de Noël à ces enfants. Et puis tu demandes aux lutins Colombo et Navarro de mener une enquête sur les cadeaux qu’ils aimeraient puisqu’à part Matthieu aucun dans cet hôpital, ne m’a envoyé de lettre, et qu’ils se renseignent aussi sur ce qui peut rendre si triste cette petite Anaïs, et… »

Martino avait sorti de sa poche un petit carnet où il note maintenant aussi vite qu’il peut toutes les consignes du Père-Noël.

Le lutin sourit de voir le vieil homme si enthousiaste et si investi dans cette belle action.

Il sait qu’il va falloir travailler plus vite encore et plus tard le soir pour finir de préparer le traineau pour la nuit de Noël pour les autres enfants, mais ça ne lui fait pas peur…

Cette année Noël sera encore plus magique que les autres parce qu’en plus des cadeaux, le Père-Noël va en plus, distribuer de l’Espoir et permettre à quelques-uns de ses lutins d’y participer et de voir les petites étoiles briller dans les yeux des enfants.

Les lutins Navarro et Colombo se présentent le lendemain au rapport dans le bureau du Père-Noël, avec la liste des jouets souhaités par les enfants du service pédiatrie.

Aucun n’a été oublié. Même l’homme à la barbe blanche ignore quel est leur secret, mais une chose est sûre c’est qu’ils sont doués pour passer incognito et mener à bien leurs enquêtes sans que personne ne s’en aperçoive.

Le Père-Noël la passe rapidement en revue et convoque lutin Martino pour qu’il fasse préparer une hotte spéciale pour l’hôpital. Mais soudain il reprend la liste, vérifie, et dit aux lutins enquêteurs :

-          « Mais, je ne vois pas le souhait de la petite Anaïs…

-          C’est qu’elle ne veut rien Père-Noël, répond Navarro

-          Comment ça rien ! Vous avez échoué cette fois reconnaissez-le…

-          Non, non Père-Noël, confirme Colombo, elle ne veut rien qui soit en votre pouvoir.

-          Bon sang, c’est vrai, Matthieu m’a dit qu’elle ne parle pas, réfléchit à haute voix le vieil homme, sans doute est-elle muette…

-          Muette ou pas, si elle souhaitait quoique ce soit que vous puissiez lui donner, je vous assure que nous le saurions, mais ce n’est pas le cas : rassembler auprès d’elle ses parents divorcés sans qu’ils ne se disputent n’est pas à votre portée, lui rendre sa maison d’autrefois ou son petit chat qui est mort… Tout ça vous ne le pouvez pas Père-Noël !

-          C’est donc ça… murmure l’homme à l’habit rouge, avant d’ajouter à haute voix, c’est vrai que je ne peux pas forcer les gens à s’aimer, ni guérir qui que ce soit, ni encore moins ressusciter les morts, mais je peux peut-être essayer de faire entrer un peu de plomb dans la caboche des parents ! Il faut que j’y aille. Que je tente quelque chose pour cette petite. »

 

Normalement le Père-Noël n’utilise la magie que dans les cas extrêmes, mais là en l’occurrence, il lui semble tout à fait normal d’y avoir recours.

 

Et même si ce n’est pas la première fois que les lutins y assistent, ils ouvrent grands leurs yeux face à  ce spectacle :

« Un claquement de doigts pour un pantalon en velours côtelé.

Un claquement de doigts pour un pull col roulé.

Un claquement de doigts pour des chaussures cloutées.

Un claquement de doigts pour une parka trouée.

Un claquement de doigts pour un  vilain bonnet.

Un claquement de doigts pour, sur la terre…aller ! »

 

 

Et pfuiiiiiiit... Plus de Père-Noël dans le grand salon…

… par contre sur un banc sur le parking d’un hôpital de France, un vieil homme attend une voiture bleue qui –d’après les instructions de Lutin Navarro- ne devrait pas tarder à arriver avec au volant la maman d’Anaïs.

Effectivement la voici qui arrive et se gare. La jeune femme, élégante dans son manteau de lainage beige, en descend. Ses talons hauts résonnent sur le sol et le vieil homme la regarde monter les quelques marches face aux portes vitrées qui s’écartent automatiquement pour la laisser entrer et se referment.

Il ne quitte pas la porte des yeux. Il attend que la femme reparaisse.

Une bonne heure plus tard, il la voit enfin, les yeux rougis, la démarche mal assurée. Elle regagne lentement son automobile, ouvre la porte, s’assied, claque la porte et éclate en sanglots, les mains et la tête sur le volant. L’homme soupire de soulagement. Cette maman a beaucoup d’amour pour son enfant et souffre sincèrement. Après quelques minutes, il la voit se redresser, abaisser le pare-soleil pour se regarder dans le petit miroir de courtoisie et s’éponger le visage d’un mouchoir en papier.

Le vieil homme (en réalité le Père-Noël) claque alors des doigts en la voyant rabattre le pare-soleil sur le plafond de la voiture avant de tourner la clef de contact.

Rien ne se produit. La femme essaie à nouveau, mais la voiture refuse de démarrer. Le Père-Noël la voit regarder sa montre, souffler, puis sortir son téléphone portable.

Le vieil homme claque encore à nouveau des doigts ce qui a pour effet de décharger complètement la batterie du téléphone. Il sait que dans quelques instants –si lutin Colombo a raison-  une autre voiture, grise cette fois, va arriver avec à son bord le papa d’Anaïs.

C’est effectivement ce qui se produit, tandis que la jeune femme claque la portière et soulève le capot de la voiture.

L’homme se gare et sourit amusé en voyant son ex-femme observer en faisant la moue ce moteur qui refuse de démarrer.  Il sort de sa voiture, semble hésiter mais finit quand même par demander :

-          « Un problème ?

-          Non. Ca va. Je n’ai pas besoin de toi, répond la femme sèchement

-          Comme tu veux ! »

 Il se tourne pour se diriger en direction de l’entrée de l’hôpital, puis semble se raviser et repars  vers son  ex pour demander anxieusement :

-          « Comment tu l’as trouvée aujourd’hui ? »

Le regard de la maman s’embue immédiatement de larmes et elle hoche la tête doucement pour répondre silencieusement « pas bien du tout ».  L’homme serra les dents et donna un violent coup de poing dans l’arbre qui se trouvait là  à côté d’eux  planté sur un petit terre-plein de pelouse qui sépare les emplacements de parking.

-          « Bon sang qu’est-ce qu’on peut faire ? grommela-t-il »

Le Père-Noël –enfin le vieil homme du banc- décide alors d’intervenir et s’avance vers eux pour leur dire doucement :

-          « Donnez-lui l’envie de se battre ! Votre enfant renonce à vivre. Elle ne mange plus. Elle ne communique plus. Elle se laisse mourir pour aller rejoindre son petit Mistrigri… 

-          Mais qui êtes-vous ? Vous connaissez Anaïs ? Elle vous a parlé ? demandent les parents d’une seule voix

-          A moi, non, mais à mon petit fils, malade lui aussi, ment pour la bonne cause le Père-Noël car en réalité ce sont les Lutins Navarro et Colombo qui lui ont donné toutes ces informations.

-          Et que lui a-t-elle dit encore Monsieur ? Dîtes-le nous, il y a bien longtemps qu’elle ne nous dit plus rien à nous…

-          Vous le savez bien… Qu’elle est triste de vous voir séparés, qu’elle ne veut pas choisir entre son papa et sa maman, qu’elle ne veut plus voir vous disputer…

-          Ce n’est pas simple vous savez, dit le papa ému, la vie nous entraîne parfois sur des routes qu’on n’a pas choisies…

-          On n’a pas voulu non plus la maladie de notre fille, ajoute la maman dans un sanglot

-          Je sais. Je sais,  leur répond le vieil homme, mais ne pouvez-vous faire un effort de temps en temps rien que pour elle, en l’entourant et en l’accompagnant ensemble dans son combat contre la maladie ? Ne pensez-vous pas que quelques soient les raisons de vos différents, votre fille est plus importante et mérite que vous fassiez cet effort aussi intense soit-il ?

-          Nous ne pouvons lui donner de faux espoirs, tente de justifier le papa, elle refuse notre séparation mais nous avons refait notre vie l’un et l’autre…

-          Soyez unis sur la route de sa guérison, expliquez-lui que vous êtes toujours ses parents et que votre amour pour elle n’a pas faibli en vous séparant et elle finira ensuite par admettre que votre vie emprunte des chemins différents. Offrez-lui la chance d’y parvenir en vous oubliant un peu » dit gentiment le vieil homme en s’éloignant. 

Le père et la mère d’Anaïs ne disent rien.

Ils  réfléchissent.

Puis le papa, retire la barre de blocage qui maintient toujours ouvert le capot de la voiture de sa femme, pour le laisser retomber et il dit doucement à son ex :

-          « On pourrait peut-être essayer ? pour Anaïs… Elle m’attend. Tu m’accompagnes ?

-          Mais… j’en viens moi… c’est tellement dur de la voir comme ça…

-          Ensemble, ce sera peut-être moins dur, non ? insiste-t-il avec douceur

-          Mais… on m’attend…

-          Téléphone !

-          J’ai plus de batterie…

-          Je te prête le mien… »

A bout d’argument la jeune femme finit par sourire tristement et prendre le portable que lui présente son ex-mari.

Quelques instants plus tard le Père-Noël les voit monter ensemble les quelques marches face aux portes vitrées qui s’écartent automatiquement pour les laisser entrer et se referment.

« Finalement, ça n’a pas été trop difficile, pensa-t-il en souriant. Tant qu’il reste en l’humain du bon sens et de l’Amour on peut toujours espérer. »  

Il lui faut retourner dans son royaume… « Un claquement de doigts pour maintenant rentrer ! »

Et Hop ! Le Père-Noël est à nouveau dans son grand salon. Bien-sûr les lutins n’étaient plus là ! Ils avaient bien trop à faire avant la Grande Distribution.

-          « Qu’est-ce que je pourrai bien faire encore, se demande le Père-Noël, Ah ! je vais aller voir un peu si ces garnements de rennes ne bagarrent plus ! »

Il ne sait pas qu’Anaïs, de plus en plus faible, s’est déjà endormie et qu’elle ne peut avoir la joie de trouver auprès d’elle, enfin réunis, son papa et sa maman.

 

En fait depuis le départ du Père-Noël, dans l’atelier des lutins, règne comme un vent de folie. Le patron l’avait dit « Toutes les bêtises étaient permises ». Martino avait donc organisé une sorte de casting pour ce qu’il avait appelé le Christmas Academy. Tous les lutins devaient accomplir les tâches habituelles mais de façon gaie, comique, artistique voire acrobatique. Le mot d’ordre était « lâchez-vous mes amis ». C’est dire s’il régnait dans l’atelier une bonne humeur et une dynamique absolument géniale et pourtant le travail n’en était pas moins fait consciencieusement.

S’ils pouvaient le voir, les chefs d’entreprise sur Terre feraient bien d’en prendre de la graine en constatant que travailler ne rime pas forcément avec  morosité, mais c’est là une parenthèse qui ne fait pas avancer notre histoire.

 

A la fin de la journée, lutin Martino convie le Père-Noël pour le résultat du concours :

Lutin Hugo sera sculpteur de ballons de baudruche, Lutin Ludo sera le marionnettiste de la fête, Lutin Fabio fera un numéro de magie plein de poésie, Lutins Pipo et  Mario seront bien entendu les clowns de l’Arbre de Noël. Martino quant à lui, serait le conteur de l’après-midi. Il avait en réserve quelques fabuleuses histoires d’animaux pour remplacer leur présence, malheureusement interdite au sein de l’hôpital.  

Le Père-Noël est très fier de voir combien ses petits amis avaient pris à cœur leur mission, et peut donc attendre patiemment le grand jour.

 

Dans la grande salle de réception de l’hôpital, le personnel  a soigneusement disposé autour d’un immense sapin étincelant de lumières et de paillettes, les lits des malades les plus faibles et les fauteuils roulants de quelques uns.  Les autres, plus mobiles avaient pris place sur des chaises et des bancs.

Puis vers quatorze heures, à l’heure habituelle des visites, les parents viennent entourer leurs enfants pour assister au spectacle que les «  nez-rouges » ont préparé. Ce sont en réalité des médecins et infirmières qui jouent un peu au clown en dehors de leurs heures de travail pour faire oublier aux enfants qu’ils sont malades. Ils ont préparé pour l’occasion des petits sketches très amusants avec des déguisements très colorés, qui semblent vraiment amuser les enfants. Puis ils les invitent à reprendre en chœur quelques chansons.

A côté du sapin il y a un énorme fauteuil de velours rouge qui n’attend plus que le Père-Noël.

Puisque tout est prêt les infirmières invitent les enfants à taper joyeusement dans leurs mains pour l’appeler. Ces derniers ne se font pas prier et le voici qui arrive avec un immense sac aussi rouge que son costume. Les plus grands enfants rient sous cape en reconnaissant sous la fausse barbe, Fabrice qui n’est autre qu’un des brancardiers de l’hôpital. Qu’importe puisque les plus petits n’y voient que du feu !

Mais Matthieu, lui ne rit pas. Il devrait pourtant être content que ses parents, bien qu’ils habitent très loin, aient pourtant fait la route rien que pour être auprès de lui pour à l’occasion de Noël, mais il est triste quand même : son souhait ne sera pas exaucé.

Il est assis au bord du lit de la petite Anaïs à lui tenir la main. Elle regarde à peine ce qui l’entoure. Pourtant il la voit soudain reprendre quelques couleurs tandis qu’un homme et une femme entrent en courant dans la salle. Matthieu les connaît. Ce sont les parents d’Anaïs mais jamais ils ne sont venus la voir ensemble. Alors il quitte le bord du lit pour leur laisser la place et auprès des siens, contemple de loin, la lumière qui semble à nouveau illuminer le visage de son amie.  Il ne peut s’empêcher de penser que finalement, même si sa lettre est restée sans effet, ce sera quand même un beau Noël.

Quand soudain, une joyeuse équipe de nains entre tapageusement dans la salle en faisant mille cabrioles. Le personnel soignant s’interroge du regard « Qui sont-ils ? » mais personne ne peut dire qui les a fait venir et encore moins retenir cette troupe bondissante qui circule et cabriole entre les enfants pour leur faire mille tours de magie, distribuer des ballons de toutes les formes et de toutes les couleurs.

Quelques minutes plus tard un tonitruant « Ooh ! Ooh ! Ooh !» résonne dans la salle et un deuxième Père-Noël entre avec une gigantesque hotte sur le dos.

Il se dirige droit sur le fauteuil et tirant sur la barbe de l’imposteur qui y est assis, il lui dit : « Merci mon brave, de m’avoir remplacé pendant que je finissais mes paquets, vous pouvez maintenant me laisser la place. » 

Devant la tête du brancardier démasqué, tous les enfants éclatent de rire en tapant dans leur main et en scandant : « Fabrice ! Fabrice ! Fabrice ! » et lui, même s’il n’y comprend plus rien,  est heureux de voir tous ces visages d’enfants traumatisés par la vie, aussi hilares. Alors, il enlève son bonnet rouge en faisant mine de saluer et en disant « merci, merci beaucoup ».

Matthieu qui n’a rien perdu de la scène, tourne alors le visage vers celui d’Anaïs qui lui sourit pour la première fois, et qui bouge en articulant ses lèvres, pour qu’il puisse comprendre du loin : « MERCI ! »

Son petit cœur bat la chamade. Il est si heureux, qu’il ne prête même pas attention à la distribution des jouets qui a commencé, jusqu’au moment où Martino lui met entre les mains un énorme livre de contes d’animaux : « J’avais pensé  raconter quelques unes de ces histoires cet après-midi mais ce n’est pas le bon moment, alors je crois que c’est mieux que je te l’offre pour que tu les lises à la petite Anaïs quand vous serez seuls. »

L’enfant remercie le lutin et regarde sa petite copine toujours  couchée dans son lit, mais souriante, entourée de ses parents  qui l’aident à déballer un joli petit chat en peluche. Elle rassemble ses forces pour se redresser un peu et lui montrer du loin le cadeau qui semble lui faire un immense plaisir et il lit encore sur ses lèvres : « MISTRIGRI ».

Alors des milliers d’étoiles dans les yeux, Matthieu s’avance vers le Père-Noël et l’embrasse en murmurant « Merci d’être venu ! ».

Le vieil homme ne répond rien. Une espèce de grosse boule dans la gorge l’en empêche. Mais il décoche un énorme clin d’œil au gamin si heureux.

Quand la hotte est enfin vide, toute la joyeuse troupe s’éclipse alors aussi vite qu’elle était arrivée en laissant derrière elle, l’espoir que la joie seule fait naître dans l’âme de ceux que la vie éprouve.

-          « C’était vraiment un Noël différent, mes amis ! conclut le Père-Noël en se frottant les mains,

-     Mais ça ne fait que commencer Père-Noël, êtes-vous en forme pour la grande distribution de cette nuit ?

-      Plus que jamais ! Ooh ! Ooh ! Ooh !»

 

  

Claudie Beck-Becques (le 18/12/2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires