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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 16:18

  

 

pere noel2 

 

 

 

 

Le Père-Noël pressentait que cette  tournée lui réserverait des surprises.

Les rennes étaient particulièrement énervés ces jours-ci, sans cesse à chahuter et même à se battre.

D’après lutin Jacquot qui parle couramment le langage renne, il était question d’une histoire de rivalité entre Tornado et Cupidon à savoir qui était le plus rapide. Dilemme complètement saugrenu puisque de toute façon sous le même harnais, c’est côte à côte qu’ils doivent  courir avec le seul but : permettre au Père-Noël de faire dans les meilleures conditions sa distribution de cadeaux.

Le grand soir est arrivé et les lutins ont chargé le traîneau. Le Père-Noël traverse le ciel pour parcourir la terre et déposer tous les joujoux des enfants dans les petits chaussons qu’ils ont déposés face à la cheminée ou aux pieds des sapins.

Il a déjà comblé les vœux de tous les enfants de plusieurs villages et c’est maintenant le tour des petits enfants de la grande ville. Là, évidemment il s’absente un peu plus longtemps de son attelage puisque desservir tous les appartements d’un immeuble de plusieurs étages, prend beaucoup plus de temps qu’une simple maison.

Pendant qu’il effectue le plus rapidement possible sa mission, Tornado et Cupidon recommencent à se quereller, et les voilà qu’ils en oublient leur rôle pour s’élancer dans une course folle dans le ciel.

Lorsque le Père-Noël revient  à l’endroit où il avait laissé les rennes et le traîneau, il ne peut que constater qu’il n’y a plus a plus rien, et que les bêtes l’ont abandonné.  Il est très embêté en pensant à tous les cadeaux non encore distribués et à la déception de tous les petits enfants qui n’auront pas leurs vœux réalisés le lendemain au réveil.

Mais que faire ? Il cherche un peu alentour, appelle doucement Cupidon et Tornado  pour ne pas se faire remarquer. Rien ! Il se dit qu’il va se servir de son sucre d’orge magique pour appeler Lutin Jacquot à l’aide, mais il l’a laissé dans le traîneau… Alors il espère de toutes ses forces que les rennes retrouvent la raison ou que Jacquot se serve de la lorgnette magique pour vérifier que tout se passe bien. En attendant, n’ayant rien de mieux à faire, il s’assied sur un banc, où il finit par s’assoupir.

Or, une équipe de bénévoles d’une association d’aide aux sans domicile fait une maraude dans ce quartier-là de la ville. Ils s’inquiètent aussitôt de voir ce vieil homme en costume de père-noël, endormi.

-          « Monsieur ! Eh, Oh ! Monsieur ! Vous allez bien ?

-          Hein ! Mais oui je vais bien…

-          Vous êtes gelé, voulez-vous un bol de soupe bien chaude Monsieur ?

-          Mais non, le froid ne me fait pas peur, je suis le Père-Noël…

-          Bien-sûr Monsieur… Euh Père-Noël ! Mais un bol de soupe ne peut pas vous faire de mal. Si vous voulez on peut même vous emmener la boire dans un endroit chauffé, où l’on vous servira ensuite un vrai repas de Noël…

-          Je dois rester ici, refuse le Père-Noël, c’est que j’attends mes rennes pour finir ma tournée moi…

-          Bien sûr Père-Noël, fait semblant d’acquiescer le bénévole, persuadé de se trouver devant une personne dérangée ou complètement ivre, mais venez fêter Noël avec nous et on vous redépose ensuite ici si vous le souhaitez, c’est trop triste de rester seul une nuit pareille, sans compter que si ça se trouve vos rennes ne reviendront pas avant le lever du jour…

-          Ah ! Vous croyez, dit le vieil homme contrarié, ça serait ennuyeux ça que je ne puisse remplir ma mission, ce serait bien la première année, et cela ferait trop de peine aux enfants…

-          Bien sûr Monsieur… euh, Père-Noël, c’est pour ça qu’on vous ramènera dès le repas terminé avec une couverture bien chaude pour vous terminer votre tournée, insiste encore le jeune soignant avec succès, car le Père-Noël accepte de monter dans le véhicule qui le conduit au sein de l’Association.

Il est alors gentiment accueilli par tout  le personnel qui lui sert immédiatement un bol de soupe chaude en guise de bienvenue.

-          Nous avons de superbes douches Monsieur lui dit un homme aimable qui le traite bien évidemment comme tous les clochards qui échouent chaque jour dans ces locaux, vous devriez en profiter et raser cette barbe. Une bonne toilette fera de vous un homme tout neuf, continue-t­-il avec un clin d’œil

-          Non, mais vous êtes malade bougonne notre vieillard, vous avez déjà vu le Père-Noël sans sa barbe blanche ?

-          Comme ça ce sera l’occasion, répond le brave homme sur le ton de la plaisanterie, je rêve de voir depuis tout petit le vrai visage du Père-Noël. Allez-y, c’est cette porte là à droite, je vais vous apporter des vêtements propres et chauds. Si vous souhaitez également voir un médecin pour un problème particulier je…

-          Non, non, non je ne veux pas de docteur, je garde mes habits et ma barbe et je veux retourner voir immédiatement mes rennes, se met en colère le Père-Noël, je n’aurai jamais du venir ici…

-          Bon, bon, ne vous fâchez pas, je vous laisse tranquille. Personne ne veut vous forcer à quoique de ce soit. Gardez votre bel habit rouge et venez vous joindre à nous pour partager de la bonne dinde aux marrons avec des pommes de terre et des légumes. Vous aurez ensuite un bon morceau de bûche au chocolat. Lorsque vous serez repus, ajoute le bénévole, vous pourrez, si vous le souhaitez, dormir ici où demander à ce que l’on vous ramène là où nous vous avons trouvé. Ca va comme ça ? Moi c’est Francis, et vous, c’est quoi votre petit nom ?

-          Ben… Noël évidemment, marmonne l’homme en rouge

-          Bien sûr, sourit Francis, où avais-je la tête ? Alors monsieur Noël, je vous demande juste de vous laver les mains au savon avant de passer à table et de me suivre jusque dans la salle à manger, peut-être y trouverez-vous quelques amis que  vous aurez plaisir à retrouver.

Le Père-Noël suivit le jeune homme jusqu’à une grande salle où une immense table avait été dressée avec tout autour multitude d’hommes et de femmes de tous âges plus ou moins marqués par la rue et par la vie.  Le regard du vieil homme passait de l’un à l’autre avec étonnement et compassion en découvrant les yeux comme éteints de ses congénères.

 

Lui, qui vivait dans la chaleur de son chalet de bois entouré de milliers de lutins joyeux et farceurs, dans un univers de couleurs, de paillettes et de rêve, il découvrait la triste réalité de certains des habitants de cette terre ou les siècles s’étaient succédés sans que la misère n’aie jamais pu disparaître.

Alors il se dit alors qu’il avait peut-être ici,  un rôle à jouer, une autre mission à remplir en ces lieux, précisément en ce soir de Noël, pour faire oublier la rue à ces oubliés de la vie, et tenter de faire se dessiner un sourire sur ces visages émaciés et burinés.

Il décide donc de rentrer dans la pièce avec un tonitruant « Hoo, hoo, hoo ».

L’effet est immédiat, tous les regards se tournent alors vers lui et certains, sans doute les moins meurtris sourient déjà. Quelques voix chuchotent « Père-Noël ! ». Quelques ronchons ronchonnent « un maboule » ou d’autres encore qui ont su garder un certain « standing » malgré leur situation précaire, d’ajouter avec mépris : « en voilà un qui a déjà bien arrosé la fête de Noël ».

Mais le Père-Noël ne s’émeut pas de ces remarques désobligeantes et cherche dans ses poches à l’aide du peu de magie dont il dispose à l’instant, quelques cadeaux à distribuer et dont il est certain du bon accueil. Il fait donc le tour de la salle déposant à l’un des barres de chocolat, à l’autre des bonbons ou encore des paquets de cigarettes.

-          « Attendez d’être dehors pour fumer, sermonne immédiatement les bénévoles, monsieur Noël, cessez de semer ici la zizanie, l’heure n’est pas encore aux cadeaux, et d’où sortez-vous toutes ces choses ? 

-          Je suis le Père Noël, et c’est mon rôle de faire des cadeaux, hoo hoo hoo !

-          Ok Père Noël mais, vous les distribuerez après le repas dit Francis en courant derrière l’homme en rouge tandis que ce dernier continue de glisser dans les mains gercées ses petits présents. Regardez tous ces paquets au pied du sapin, ajoute encore le bénévole agacé, c’est vous qui les donnerez tout à l’heure mais après la dinde, soyez raisonnable…

Toute l’assemblée se trouve si dissipée que Père-Noël comprend qu’il compromet ainsi toute l’organisation de ces braves gens qui se dévouent sans compter pour leurs semblables, alors il prend un air penaud et contrit pour obéir et suivre Francis. Celui-ci ne peut s’empêcher en le voyant, de partir dans un immense éclat de rire, suivi par presque tous les convives.

-          « Allez, Père-Noël, venez que je vous trouve une place, dit le volontaire en lui tapotant dans le dos et en lui montrant une chaise entre deux pauvres ères qui le regardent en souriant.

L’ambiance s’était bien réchauffée et beaucoup se mettent à dialoguer entre eux.

Ses voisins de table lui demandent quelques cigarettes qu’eux n’ont pas eues ce que le vieil homme leur accorde mais en dessous de table pour ne pas fâcher Francis.

Cela les met en confiance et ils se mettent à lui poser plein de questions pensant le taquiner.

-          « Alors Père-Noël comment t’as fait pour échouer ici ?

-          Mes rennes se sont enfuis avec le traîneau plein de jouets en me laissant seul dans la rue…

-          Pas de chance dis-donc, et comment tu vas faire pour rentrer au pôle nord ? se moquent-ils

-          Oh Jacquot va finir par s’inquiéter et me faire chercher, explique notre vieillard

-          Et qui c’est Jacquot ?

-          Mon lutin, enfin un de mes lutins… »

Et les autres d’éclater de rire, découvrant des dents gâtées et clairsemées.

La dinde fait alors son entrée et le Père Noël, blessé de ne pas être cru en est très content : au moins pendant qu’ils mangent ils vont cesser de lui poser toutes ces questions qui commencent à l’agacer.

Mais dès que les ventres sont pleins quelques-uns l’interpellent à nouveau pour lui demander comment il s’y prend pour déposer ses cadeaux dans les cheminées sans faire de bruit etc…

Le Père-Noël se décide alors de faire son show le temps d’une petite digestion avant l’arrivée de la bûche au chocolat.

Et le voilà qui raconte toutes ses aventures les plus pittoresques qui lui sont arrivées au cours de plusieurs siècles de Grande Distribution : la fois où il rencontra une vilaine sorcière dans le Nord de la France qui s’en prenait aux enfants* ; celle où après un régime, il a perdu son pantalon face à un petit garçon qui s’était caché derrière un fauteuil pour le surprendre **; cette autre où il avait demandé à de grands professeurs de lui cloner des frères pour l’aider dans sa tâche*** ; comment il a su déjouer les plans du Père Fouettard pour gâter les enfants malgré quelques petites bêtises ****; cette fois encore où un virus s’était attaqué à son ordinateur ce qui l’a obligé à retaper toutes les listes de cadeaux***** et tant d’autres anecdotes encore.

Il joint le geste à la parole et c’est bientôt l’hilarité générale dans toute l’association, bénévoles comme défavorisés.  

Le Père-Noël est  fou de joie de voir que son plan a réussi. Il peut voir en effet s’allumer autour de lui tous ces yeux qui lui ont semblé éteints lors de son arrivée en ces lieux.

L’espace d’un instant tous ces malheureux ont oublié la rue et la misère.

C’est alors qu’il aperçoit deux petits yeux qui l’observent par la fenêtre, et qu’il reconnait immédiatement comme étant ceux de lutin Jacquot.

Il profite alors de l’arrivée de la bûche au chocolat pour s’éclipser.

-          « Ah ! Mon brave Jacquot, comme je suis heureux de te voir ! Comment as-tu su que j’avais un problème ?

-          Mais, Père-Noël je l’ai vu sur ma carte satellitaire !

-          Ta carte satellitaire ?

-          Mais oui, elle est reliée à l’ordinateur où figurent toutes les adresses des enfants à gâter qui sont  autant de petites lumières allumées sur cette carte. Chaque fois que vous quittez une maison une petite lampe s’éteint. Comme plus rien ne bougeait depuis plusieurs heures, j’ai compris après avoir vérifié que ce n’était pas un problème informatique, que vous étiez en détresse.

-          Ouf ! Merci le progrès ! Le XXIème siècle a quand même du bon, mais pour ce qui est de la détresse, il y en a ici qui la côtoient chaque jour. As-tu mon sucre d’orge magique ?

-          Bien sûr Père-Noël, que voulez-vous en faire ?

-          Laisser en ces lieux à ces valeureux bénévoles de quoi aider les malheureux jusqu’à l’été… » répond notre homme en rouge.

Et il utilise le précieux objet tel une baguette magique en direction des stocks de l’association pour les remplir à raz-bord de victuailles, habits chauds et couvertures.

 

-          « Bon ! Père-Noël il est grand temps de rattraper le temps perdu…

-          Je n’ai pas perdu mon temps mon brave Jacquot… Mais tu as raison, il est grand temps maintenant de terminer la tournée, as-tu retrouvé Tornado et Cupidon ?

-          Ils vous attendent tous penauds…

-          Eh bien puisqu’ils voulaient faire la course, c’est le moment de mettre le turbo… » conclut le Père-Noël en montant dans le traîneau avec son lutin.

Lorsque le jour se lève, tous les enfants découvrent, joyeux, ces merveilleux présents sont ils rêvaient.

A l’Association, les bénévoles se demandent quel généreux donateur remercier, tandis que la plupart des malheureux retrouvent la rue…

Certains d’entre eux se surprennent à espérer retrouver sur un banc ou sous un pont, un homme à l’habit rouge qui, l’espace de quelques heures, leur a réchauffé le cœur.

   

 Claudie Becques (décembre 2010)

 

* fait référence à d'autres contes que j'ai également écrits :

* Le Père-Noël rencontre Marie-Grouette

** Le Père-Noël et le petit curieux

*** Le Père-Noël et ses clones

**** Le tribunal de Noël

***** Le virus du Père-Noel

 

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