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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 16:44


Assis face au lac gelé, Baroudeur observait les reflets de la lune faire étinceler cette espèce de miroir comme si les étoiles elles-mêmes s’y miraient.

Il revendiquait haut et fort depuis tant d’années le bonheur de rester un chat libre et de pouvoir aller et venir à sa guise ! Pourtant, là, en ce soir de Noël, il aurait bien volontiers échangé cette vue merveilleuse pour celle d’un sapin illuminé dans une maison ou crépiterait un bon feu dans la cheminée.

Il tourna la tête à gauche et à droite comme pour s’assurer que personne n’ait pu l’entendre penser. C’est qu’il a sa fierté le tigré des rues !

Mais il était bien seul.  Il poussa un soupir de soulagement –ou de résignation- et se leva pour aller dormir dans le vieux tonneau où il avait élu domicile depuis le début de l’hiver. Il pensa à Pimprenelle, la jolie siamoise qui habitait à quelques mètres de là et qui devait dormir bien au chaud dans son petit panier de mousse.

Il revoyait sa jolie robe noire bien lustrée et son élégant petit collier rouge autour du cou où brillait une petite clochette…  Elle si gracieuse, si élégante et racée…  Qu’elle lui ait un jour permis une galante aventure ! Il n’en revenait toujours pas. Bien sûr qu’il avait un certain succès auprès des femelles, mais qu’une splendeur de cette classe lui ait permis à lui, le vagabond, l’honneur d’une cour et même de quelques étreintes ! Rien que d’y penser son petit cœur bondissait encore dans son corps.  Tout à coup, il lui apparut comme une évidence que l’amour  était vraiment la seule chose qui vaille la peine d’être vécue,  dut-il pour cela faire le sacrifice de sa liberté.

Mais elle… Partageait-elle ses tendres sentiments ou n’avait-elle éprouvé que le besoin de s’encanailler ou de répondre simplement à l’appel des sens ? 

Baroudeur tournait et retournait dans son abri sans trouver le sommeil et fut pris soudain d’une irrésistible envie de la revoir une fois encore. Il regarda le ciel constellé en une muette prière « Juste la voir quelques secondes en cette nuit de Noël ». Il lui sembla apercevoir une étoile filante, mais sans doute n’était-ce que le fruit de son imagination…

Il avança de sa démarche souple jusqu’à la cité voisine et le cœur battant, il s’approcha du carré de lumière de la porte-fenêtre qui, par chance n’avait pas la persienne baissée et il put alors la voir.

Elle était couchée sur les jambes de son maître qui la caressait, face à l’âtre flamboyant. Le chat des rues imaginait son doux ronronnement…

Un sapin décoré de paillettes et de boules multicolores étincelait à côté du fauteuil.

Mais la rêverie lui avait fait baisser sa garde habituelle et Baroudeur n’entendit pas arriver le chien du voisin dont les crocs se refermèrent tel un étau sur ses flancs avec un grognement d’enfer. 

Le pauvre chat hurla de douleur sans pouvoir se dégager et attendit le coup de grâce. Il entendit des cris d’hommes, il crut aussi percevoir un miaulement de chatte…  de Pimprenelle lui sembla-t-il, mais sans doute n’était-ce qu’un leurre de la mort qui voulait l’emporter, puis il se sentit soulever …  et plus rien. 

Une grande lueur blanche… Ainsi donc existait-t-il un paradis pour les chats, et même pour un vulgaire félin des rues ?

Une grosse voix… si douce…

Une grosse main… si câline, sur sa petite tête…

Une chaleur…

Un sentiment de  sécurité, de bien-être malgré quelques douleurs un peu partout qui l’empêchait de bouger encore…

Un bandage autour du corps…

Et là… deux yeux topaze, inquiets qui le scrutaient, une petite clochette dorée sur un petit collier rouge, et une robe noire et lustrée… Pimprenelle… l’amour de sa vie.

-          « Eh bien tu nous as fait une belle peur  petit garnement, grondait doucement une voix humaine. Hein Pimprenelle qu’il nous a fait peur ? Mais te voilà sauvé maintenant et si  le cœur t’en dit tu pourras rester aussi longtemps que tu le souhaiteras… Je t’appellerai Pimpin ! Pimpin et Pimprenelle… Ca sonne bien tu ne trouves pas ? »

« Oui le maître… ça sonne bien !  Ah ! Je sens que je vais me plaire ici, même si je dois abandonner ma liberté et mon nom », pensa Baroudeur.

Un sapin, un bon feu dans une cheminée, une main qui caresse et le regard amoureux de sa bien-aimée…

N’est-ce pas la magie de Noël ?

 

Claudie Becques (23/12/2009)

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