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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 10:26

 

chardonneret.jpg

 

Il était une fois une petite fille qui vivait dans une famille modeste de trois enfants.

Elle s’appelait Martha.

Son papa travaillait à l’usine  et sa maman s’occupait de la maison et de ses enfants. Ca ne  paraît pas comme ça, mais c’est quand même beaucoup de travail quand on sait qu’elle fabriquait tout ce dont avait besoin la petite famille. Elle savait confectionner en effet du pyjama à la doudoune d’hiver, de la robe pailletée de Noël au costume  du dimanche du papa. Et quand elle n’était pas la tête penchée sur sa machine à coudre, sa maman brodait les serviettes de table ou tricotait les pulls chauds de tous pour l’hiver.

Bref, la maman de Martha était rarement sans rien faire, mais gardait le temps après les bonnes crêpes  ou gaufres du goûter de surveiller  les devoirs des enfants et de les câliner quand ils en  avaient besoin.

Lorsque le  papa rentrait le soir de l’usine, toute la petite famille se rendait joyeusement au jardin pour sarcler les salades, motter les pommes de terre, biner les petits pois, arracher les mauvaises herbes et ramener de jolies fleurs que maman disposait en rentrant dans un vase sur la table de la salle à manger.

C’est dire si Martha et son grand frère José était très heureux.

Pourtant l’un et l’autre ne cessaient  de se chamailler. Il faut dire que José était déjà un grand garçon de six ans quand Martha est née, alors ils ne pouvaient pas partager les mêmes jeux.

Martha était en quelque sorte  la petite sœur casse-pieds qu’il envoyait bouler, même s’il l’aimait beaucoup quand même.

José rêvait de quitter la Province pour partir vivre un jour à Paris !

Paris la Capitale ! Paris et sa Tour Eiffel, sa cathédrale Notre-Dame, le Sacré-Cœur de Montmartre, son Arc de Triomphe, sa Place de l’Etoile… Il passait des heures le nez dans les livres à apprendre le nom des rues et des monuments de Paris.

Martha, elle, le nez en l’air s’émerveillait de tout, chantonnait les comptines apprises à la maternelle et récitait les poèmes que la maîtresse lui avait appris.

Un jour d’hiver enneigé, alors qu’elle partait toute seule à l’école du haut de ses huit ans, elle trouva à moitié gelé, un petit chardonneret à la patte cassée. Elle l’emmitoufla dans son cache-nez pour  le ramener chez elle avant de repartir en courant à l’école et y arriver avant la sonnerie. La matinée lui paraissait interminable. Ses pensées l’emmenaient  auprès du pauvre oiseau blessé. Serait-il encore en vie à son retour ?  L’institutrice parvint pourtant à captiver son attention par la lecture d’une fable de Jean de la Fontaine. L’histoire et la forme de ce poème fascinait Martha.

-          « Madame ! Il est mort celui qui a écrit ça ? demanda-t-elle après avoir levé le doigt

-          Oui Martha, il y a très longtemps… Mais il continue de vivre à travers ses nombreux écrits… »

Il y a comme ça des petites phrases qui marquent à tout jamais les enfants…

L’écriture pouvait donc en quelque sorte apporter l’immortalité !!!

Quand elle rentra déjeuner à la maison, elle trouva le petit chardonneret à la même place où elle l’avait déposé, dans une cage que son papa avait fabriqué pour les canaris siffleurs qu’il gardait désormais dans une jolie volière. Le pauvre animal blessé semblait bien réchauffé par la ouate sur laquelle Martha l’avait posé. La petite fille s’occupait maintenant à lui donner la becquée comme elle avait vu faire son papa, avec le bout taillé d’une allumette,  de la biscotte écrasée dans du jaune d’œuf cuit. Le soir, elle recommença puis les deux jours suivants… Mais le midi du troisième jour, Martha trouva le malheureux volatile raide sur son nid de coton.

L‘enfant était profondément triste. Son papa et sa maman n’arrivaient pas à la consoler. Les grimaces et bêtises de  José restaient également sans effet sur le moral de sa petite sœur, qui restait enfermée dans sa chambre à ruminer son chagrin.

Martha venait de découvrir  l’impuissance à soulager parfois ceux qui souffrent et surtout la mort.

En larmes, elle essayait de dessiner le petit chardonneret mais malheureusement elle n’avait pas le talent de son papa pour reproduire l’image de l’oiseau.

Soudain, les mots se mirent à danser sur le papier. Son crayon, porté par une étrange force alignait les lettres les unes après les autres, sans qu’elle ne put l’en empêcher,  jusqu’au point final.

Etourdie, essoufflée elle posa enfin son stylo. Elle lut.  

Là de sa main, était né un poème qui racontait la découverte du petit chardonneret, sa volonté de vouloir le guérir, son espoir et finalement la peine immense d’avoir échoué.

Sur ses joues, les larmes s’étaient séchées. Dans son petit cœur, la paix était revenue.  

Dans son âme, un rêve était né : écrire un jour un livre et ainsi, ne jamais mourir.

Peu de temps après, Martha connut la joie d’avoir une petite sœur et de jouer en quelque sorte en vrai à la maman… Que du bonheur ! Mais la différence d’âge entre elle et la petite Cathy, ne permettait pas la complicité qu’elle aurait aimé trouver.

C’est donc à ses petits carnets qu’elle continuait de confier ses pensées les plus intimes, ses joies, ses peines, ses émotions.

Un jour, malgré les larmes de sa maman, son grand frère prit le train pour Paris où il avait trouvé un travail qui lui permettrait de sillonner chaque jour les rues de sa très chère capitale.

 José réalisait son rêve à l’aube de ses vingt ans!

Martha grandit et devint une jeune femme. Elle trouva l’amour, se maria, eut à son tour des enfants.

Ses journées étaient bien remplies entre son travail dans un bureau, la maison à entretenir, les repas à préparer et les enfants à câliner.

De temps en temps, quand, on ne sait pourquoi,  une boule se logeait là au creux de sa gorge, qu’un grand vide, malgré tout ce bonheur, se mettait à emplir son âme, elle s’enfermait dans une bulle de rêve. Elle écrivait alors des poèmes, des histoires qu’elle inventait dans lesquelles elle évacuait ses peurs, ses colères, ses doutes…

Le mélange de sa vie réelle et virtuelle, faisait d’elle une femme heureuse.

Les années passent vite et l’on se rend vite compte qu’une vie c’est bien court !

Martha constate que ses enfants sont grands désormais, et qu’ils ont besoin de suivre seuls leur propre chemin.

Sa tristesse est immense, quand ils quittent la maison, mais… « c’est la vie » comme on dit, « la roue qui tourne » comme d’autres disent encore.

Pour tarir son chagrin, Martha se réfugie alors encore dans sa bulle de poésie.

Elle écrit, elle écrit…  

Pour elle,  pour son mari et  ses enfants qui ne la liront peut-être jamais, pour les petits enfants qui un jour peut-être naitront et viendront se blottir contre elle.

Pour le livre qu’elle rêve de tenir un jour dans ses mains…

Autour d’elle durant  toute sa vie, beaucoup souriaient de la voir encore « croire au père-noël » …

Et puis, un jour elle reçoit une lettre d’un monsieur à qui elle a envoyé quelques unes de ses histoires.

Ce monsieur est un éditeur qui a aimé ce qu’elle a écrit.

Il veut en faire un vrai livre, avec son nom « Martha » sur la couverture.

C’est le 24 décembre qu’elle a reçu le contrat d’édition.

Martha a cinquante ans, et les yeux tournés vers le ciel, elle remercie l’homme à l’habit rouge qui a déposé son rêve dans son petit soulier.

Il n’y a pas d’âge pour les rêves !

 

 

 

Claudie BECK-BECQUES (15/01/2011)

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commentaires

enriqueta 26/01/2011 15:51



C'est très gentil d'offrir ce joli rêve à ma communauté. Merci. En espérant te lire aussi sur mon blog HetF.



Clo 28/01/2011 22:10



Merci Enriqueta. Je passe... Même si je ne dépose pas forcément...



Annie Elong 18/01/2011 19:58



Cette histoire est, non seulement très bien écrite, mais aussi touchante et attendrissante. Il faut toujours avoir des rêves et si l'un d'eux se réalise, comme dit Aimela, il laisse la place à un
autre. Très heureuse pour vous Claudie. Annie



Clo 18/01/2011 21:09



Merci beaucoup Annie, ça me touche beaucoup. Martha a plein d'autres rêves dans la tête pour elle bien sûr mais pas seulement...



Solange 17/01/2011 20:11



C'est un rêve que plusieurs caresse bravo pour Martha et merci pour ce joli conte.



Clo 18/01/2011 21:06



C'est justement à ceux qui caressent le même rêve que je pense... il faut frapper à toutes les portes, ne jamais s'avouer vaincue. Merci à toi Solange



Valou 17/01/2011 15:09



Coucou Clo,tous mes voeux à toi et aux tiens.Je suis très heureuse que "Martha" voit ses rêves se réaliser.Je la félicite du fond du coeur.Ne jamais baisser les bras et toujours croire au Père
Noël,la preuve il existe .Bisous ma clo



Clo 17/01/2011 17:49



Excellente année 2011 pour toi aussi ma Valou, la santé bien sûr, suffisamment de sous pour pas se prendre la tête et aussi des rêves à réaliser, pour toi et toute ta petite famille.


Merci de prendre part à ma joie. Je "flippe" un petit peu, j'ai déjà la date du premier salon du livre auquel je dois participer... Tout celà est si nouveau, si inespéré. C'est qu'il me faut
maintenant me montrer à la hauteur de la confiance du Père Noël !!! (éclat de rire).


Ton message me touche beaucoup. Merci !!! Gros bisous. Clo



aimela 15/01/2011 21:04



Martha me fait penser  à une amie qui elle aussi révait  de la même chose . Je suis heureuse pour Martha que la suite de ses rêves se réalisent  tout comme ceux de mon amie 
. Bises Clo



Clo 16/01/2011 11:29



Hi,hi,hi... Il y a des tas de Martha éparpillées autour de nous et toute ressemblance avec une amie réelle ou virtuelle ne pourrait en aucun cas être fortuite ! mdr....


Le pire c'est que lorsqu'un rêve se réalise... On ne peut s'empêcher d'en faire d'autres !


Bises à toi Aimela.