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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 14:52


Voilà ce que c’est de ne jamais faire attention à rien : tu t’es pris les pieds dedans et tu es là, sur le sol, vautré, en larmes au beau milieu des débris.


En d’autres temps, d’autres saisons, j’aurais pris garde à ne pas le laisser traîner.
Je l’aurais soigneusement posé en évidence pour que tous puissent l’admirer mais toutefois à hauteur respectable, pour que nul ne puisse y toucher au risque de l’abîmer ou même de le briser.

Mais j’oubliais que les années ternissent tout, même les plus jolies choses.
Les couleurs ont pâli et j’ai vu peu à peu ton regard glisser dessus comme sur n’importe quel autre objet jusqu’à ne plus s’y attarder du tout.

Pire, je l’ai vu se perdre dans les brumes d’un monde où tout ce que nous partagions n’avait plus sa place et s’attarder sur d’autres choses moins stylées mais plus jeunes, plus attrayantes...

Alors, j’ai voulu le dépoussiérer, le raviver pour retrouver sa splendeur d’antan, en espérant que, comme avant, tu prendrais ma main dans la tienne, pour le contempler religieusement comme un objet d’art que nous aurions réussi à sauver de l’érosion du temps.

Mais je me suis vite aperçue que mes efforts seraient vains, que les quelques ébréchures, et menus morceaux que j’avais déjà à plusieurs reprises recollés dans le passé, lui ôtaient à tout jamais la valeur inestimable qu’il avait au départ.

Il me semblait néanmoins important que tu lui accordes encore un dernier coup d’œil attendri, alors je l’ai placé là, au beau milieu de cette maison vide, pour que tu ne le loupes pas.

Apparemment tu y tenais encore un peu à notre amour !



Claudie Becques (10/09/07)

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commentaires

T
Jolie page et doux commentaires qui font comme cire et coton sur le bois des vieux meubles ! Tout brille même les petits manques ! Je me suis régalé.
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C
<br /> Merci Topotore de prendre  le temps d'un petit passage sur Litterrances.<br /> <br /> <br />
A
Ce splendide bibelot... ne serait-il pas une "femme-objet" ? !<br /> J'aime beaucoup ton écriture et ta sensibilité Claudie ! Bonne journée, bisou !
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C
<br /> Eh, oui Arc-en-ciel, au fil des années, on a quelquefois l'impression de faire partie des meubles !<br /> Bonne soirée à toi. Clo<br /> <br /> <br />
M
Ah, ce texte me rappelle un magnifique poème de Sully Prudhomme ! <br /> Belle prose que tu proposes Clo !<br /> Je te mets ci-dessous le poème :<br /> <br /> René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907) <br /> (Recueil : Stances et poèmes) <br /> <br /> Le vase brisé<br /> <br /> Le vase où meurt cette verveine<br /> D'un coup d'éventail fut fêlé ;<br /> Le coup dut effleurer à peine :<br /> Aucun bruit ne l'a révélé.<br /> <br /> Mais la légère meurtrissure,<br /> Mordant le cristal chaque jour,<br /> D'une marche invisible et sûre<br /> En a fait lentement le tour.<br /> <br /> Son eau fraîche a fui goutte à goutte,<br /> Le suc des fleurs s'est épuisé ;<br /> Personne encore ne s'en doute ;<br /> N'y touchez pas, il est brisé.<br /> <br /> Souvent aussi la main qu'on aime,<br /> Effleurant le coeur, le meurtrit ;<br /> Puis le coeur se fend de lui-même,<br /> La fleur de son amour périt ;<br /> <br /> Toujours intact aux yeux du monde,<br /> Il sent croître et pleurer tout bas<br /> Sa blessure fine et profonde ;<br /> Il est brisé, n'y touchez pas.
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C
<br /> Merci Moun ! Je ne connaissais pas ce poème, grâce à toi voilà une lacune comblée : ;) Clo<br /> <br /> <br />