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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 11:09

Ce texte est la suite de "la petite Elfe de lune".  La maladie, vue de l'intérieur, par l'ado elle-même.


Putain, c’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’ils m’ont encore inventé aujourd’hui : plus de télé !

Ils veulent me rendre dingue où quoi ? Pourquoi ils sont comme çà avec moi ? J’étais tranquille, peinarde, j’embêtais personne, d’ailleurs tout le monde vous le dira que je suis cool, souriante, dynamique...
Je croyais vivre dans un pays de liberté... Foutaise !

Ils m’ont enfermée ici çà fait plus d’un mois, pour « me refaire une santé ». Je ne vois pas pourquoi, je ne suis pas malade !
Je suis dans cette prison aux murs blancs sans l’avoir mérité.
Ils m’interdisent de voir mes parents. Je ne comprend pas.
Je les aime mes parents. Et eux aussi, je l’ai vu dans leurs yeux pleins de larmes quand ils sont repartis sans moi.
Ce sont les enfants martyrs que l’on enlève à leur famille, pas les enfants heureux.
Ils disent que je dois couper le cordon. Trop nuls !
Quand mon père et ma mère viennent apporter mes habits, j’essaie de les voir derrière les carreaux, mais ces derniers temps, les infirmières m’ont dit que c’était inutile d’attendre, qu’ils n’ont plus le droit de passer par là.

En plus ces salops de cerbères fouillent mes affaires, l’autre jour ils m’ont rendu le petit mot que j’avais glissé dans le linge sale à l’attention de maman. Je les hais !
Oui, ils m’aiment mes parents, et ils ne m’oublient pas.
Je sais qu’ils n’ont pas le droit de m’écrire, mais ils sont malins : l’autre jour ils avaient glissé dans mes affaires, ma boîte à bijoux, et j’ai trouvé une petite bague que je n’avais jamais vue. Il y avait de gravé dessus « LOVE ».
Et puis ils m’achètent des nouvelles chemises de nuit et des tee-shirts avec plein de cœurs, de bisous, de nounours...
Je fais semblant de rien. Mais je comprends.

Tous les jours il y a un prof qui passe, mais il ne m’apprend rien : faut pas que j’étudie.
Avec leurs conneries, si je m’éternise ici, je ne vais même pas pouvoir passer mon brevet.
J’avais pourtant 15 de moyenne !

Remarque, je l’aime bien ce mec, il est marrant. Il me prend en photos, et à l’ordi on s’amuse à les déformer... Il fait ce qu’on lui a demandé.
S’ils croient que je ne vois pas où ils veulent en venir !
Ils me prennent pour une débile où quoi ?

C’est pareil, ils m’ont montré ces machines pour me foutre la trouille. Ils m’ont dit que si je continuais à m’obstiner, ils vont me dialyser et me mettre une sonde gastrique.
Alors je les ai roulés : l’autre jour avant la pesée, j’ai bu deux litres d’eau et j’avais repris 600 grammes, ils étaient vachement contents !
Du coup ils m’ont fichu la paix avec leurs machines.

Par contre ce matin, ils ont déboulé sans crier gare avec la balance et ils ont fait la gueule en voyant qu’ils étaient repartis leurs 600 grammes.
Alors ils m’ont piqué les photos de mes parents et de mon frère que j’avais accrochées au mur, ainsi que la télécommande de la télévision.
« Faut que je réfléchisse », ils m’ont dit.
A quoi ? Je fais ce que je veux.
De toute façon j’ai encore 3 kilos à perdre ! Et ils peuvent me faire tout ce qu’ils veulent, mon corps est à moi, et il m’obéit au doigt et à l’œil.
C’est comme ces trucs de fille. Quelle horreur ! Eh ben voilà, çà fait six mois que je suis tranquille !
Ils m’ont dit pour me faire peur, comme d’hab que çà m’empêcherait sûrement d’avoir des enfants plus tard !
N’importe quoi !
De toute façon je pourrai toujours en adopter.. et puis à 15 ans, j’ai le temps !

N’empêche qu’ils vont finir par m’attaquer le moral avec toutes leurs mesures draconiennes.
Plus de télé ! Je m’ennuie.
Ils arrêtent pas de chambouler mes petites habitudes.
Du coup ce matin je ne me suis même pas maquillée... pas coiffée... pas de bonjour... pas de sourire...

J’en ai marre ! Qu’ils me foutent la paix !
Qu’ils me la mette cette machine, de toute façon mon corps il a l’ordre de ne rien sentir.

Claudie Becques

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Published by Claudie Becques - dans Textes courts
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