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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 07:53

 

 

On en parlait pourtant depuis des années ! Tant qu’un petit sourire en coin, se dessinait sur nos lèvres en évoquant cette éventualité.
Mais lorsque le facteur sonne pour la signature de l’accusé réception de cette fameuse lettre de licenciement, c’est une énorme claque, que l’on prend en pleine figure.
On s’assied. Puis on lit... Economique... Fermeture définitive de l’usine... Celle où mon grand-père a commencé à travailler à 14 ans, qui y a fait entrer mon père pour ses 14 ans également, qui m’a ensuite « pistonné » à son tour pour mes 18 ans. C’est qu’elle faisait partie de la famille cette bonne vieille papeterie ! Dès lors commence le triste décompte jusqu’à la fin du préavis.
A la réception des papiers de l’allocation de chômage, on se dit que finalement, on est encore à l’abri du besoin pendant quelques mois, et que cela ne posera sûrement pas de problème de retrouver un nouvel emploi.
Une douce euphorie vous envahit alors, et c’est avec  jouissance que vous vous laissez aller à quelques grasses
matinées et à la nouvelle organisation de vos journées.
Avoir enfin le temps de faire ce que l’on aime !
Lire, écrire, écouter de la musique, regarder la télévision, entretenir sa maison, son jardin...
Après quelques semaines, on commence à s’activer un peu plus sur la recherche d’un nouveau travail : on compulse les journaux, on se présente aux bureaux d’embauche des Sociétés du coin...
Les premiers refus ne tardent pas à attaquer le moral.
Je me souviens être restée des matinées entières, assise à côté de la fenêtre, à guetter le passage du facteur, qui n’apportait aucune réponse à mes nombreux courriers.
Les mois passent. Vous êtes déprimée, vous vous sentez inutile. Tout ce temps libre est insupportable, et vous n’avez même plus le goût à rien. On finit par faire fi de toute coquetterie, pour ne plus traîner qu’en jogging, plus
pratique pour passer de la chaise au fauteuil, et du fauteuil au divan.
Et puis tombe la convocation à l’ASSEDIC, où il s’agit de justifier ses recherches à un type qui vous assène le coup de grâce par un :
« Dîtes donc Madame, quand on n’a pas de diplôme, on fait pas la fière ! Il faudrait peut-être voir à envisager de
troquer la machine à écrire contre un balai et une serpillière ! »
Comment lui expliquer que toutes ces choses apprises au fil des ans, directement sur le « tas », font certainement une bien meilleure secrétaire qu’une petite mijaurée avec bac +x, que ce métier c’est ma passion et qu’il me manque ; que j’ai rien contre le balai et que je le prendrai s’il le fallait, lorsque j’aurai épuisé la totalité de mes allocations. Parce que, après tout, j’ai cotisé pour çà non, quand j’étais active !

Indignée, humiliée, dégoûtée, je suis rentrée chez moi plus déterminée que jamais à prouver à ce goujat que je trouverai ce nouveau poste d’employée de bureau.

Quelques jours plus tard, je passais avec succès, l’épreuve de l’entretien, avec celui qui devint mon nouveau patron !

Claudie Becques

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Published by Claudie Becques - dans Textes courts
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