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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 12:03

chat1.jpg

Il était une fois un vieil homme solitaire, qui déposait chaque jour sur le seuil de sa maison, un petit bol de lait pour les chats de passage.

Sa porte restait constamment entrouverte pour ceux qui auraient envie de faire une pause durant quelques jours.
Beaucoup s’y arrêtaient, puis repartaient.
Sauf Mimine, une jolie petite chatte blanche tachetée de gris, qui trouva l’endroit si agréable qu’elle décida d’élire domicile chez Emile.
Le lait y était frais et la pâtée goûteuse.
L’homme était calme et lui parlait d’une voix tendre, quand il s’asseyait le soir dans le fauteuil face à la cheminée en la prenant sur ses genoux.
Mimine ronronnait alors de plaisir, tandis que les grosses mains rugueuses la caressaient avec une extrême douceur. Tous deux passaient ainsi de longues soirées à regarder la folle danse des flammes dans l’âtre.
Quand à une heure avancée de la nuit, le feu s’était éteint, le maître allait se coucher et la chatte s’endormait au bout de son lit.

De temps en temps Emile recevait la visite de ses trois fils.
Mimine n’aimait pas ces hommes.
Elle ne comprenait pas le langage humain, mais l’intonation de leurs voix lui déplaisait fortement.
Néanmoins, comme les entrevues étaient de courte durée et que cela ne la regardait pas, la chatte se contentait d’observer la scène du coin de l’œil sous une apparente somnolence, vautrée dans le petit panier qu’Emile lui avait aménagé.

Un matin, Emile ne se leva pas. Elle trouva qu’il était plus froid que d’habitude, et tenta de le réchauffer en se couchant sur lui.
Mimine ne savait combien il y avait eu de levers et de couchers de soleil avant que ne retentisse la sonnette de la porte d’entrée.
Elle savait seulement que son estomac réclamait à grands cris un bol de lait frais.

Emile n’ouvrit pas la porte et le visiteur s’en alla. Mais quelques minutes plus tard, une clef tourna dans la serrure et Mimine vit entrer les trois fils dans la maison.
Ils s’approchèrent du lit où reposait leur père tout en parlant à voix basse, comme s’ils craignaient de le réveiller. Ils prirent ensuite les deux chandeliers posés sur la poutre de la cheminée, allumèrent les bougies et les placèrent de chaque côté du lit.

Puis ils commencèrent à ouvrir toutes les portes des armoires qu’ils fouillèrent de fond en combles, et à rassembler quelques objets sur la grande table. L’un d’eux y déposa également une grosse boîte de fer blanc qu’il avait trouvée. Il l’ouvrit, feuilleta les liasses d’un drôle de papier, et une discussion très animée s’éleva alors entre les hommes.

Toujours couchée sur Emile, la chatte s’impatienta et jugea qu’il était maintenant temps de leur rappeler sa présence et les repas manqués par un miaulement.

Tous trois se retournèrent en même temps et s’avancèrent vers elle. L’animal eut soudain la sensation d’un danger imminent et un drôle de courant électrique lui parcourut les flancs. C’était un sentiment étrange et encore jamais perçu, qui l’envahit.

Le premier homme la saisit par la queue et instantanément Mimine planta ses petites dents acérées dans la main qui l’enserrait.
Le second tenta de l’empoigner par le collet, mais rapide comme l’éclair elle lui balafra la joue de ses griffes qui sortaient pour la première fois de sa vie.
Avant même que le troisième homme ne fit un seul geste en sa direction elle lui sauta au visage en lui crevant les yeux.
Les trois fils se ruèrent alors hors de la maison en hurlant, tandis qu’emportée dans sa folie meurtrière, le poil hérissé, la chatte se jeta sur les meubles, les murs et les rideaux qui s’enflammèrent aux candélabres.

La danse folle du feu qui commençait à envahir la pièce calma immédiatement Mimine qui se coucha sur Emile en ronronnant.
Tout irait bien maintenant, le maître allait se réchauffer.
Bientôt sa grosse main rugueuse lui gratouillerait le cou.

Moralité :
Il est en chaque petit animal doux et fragile, un instinct sauvage qui somnole.
Prenez bien garde à ne pas le réveiller
.

Claudie Becques

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Published by Claudie Becques - dans Nouvelles
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commentaires

Chris-Tian Vidal 29/06/2008 01:20

C'est l'émotion qui domine et que je retiens dans ton récit.

Clo 29/06/2008 14:38



L'écriture de ce texte était en effet issue d'une certaine révolte envers des personnes qui profitaient de la fidélité sans borne et du dévouement d'une autre.

Ma façon de dire "attention sous l'apparence d'un gentil petit chat tout doux peut se cacher une lionne qui  vous massacrera si vous la trahissez...
Je suis heureuse de savoir que tu as su ressentir cette émotion là.

Le massacre a eu lieu... Et je n'en éprouve aucune joie...
Plutôt une immense tristesse. 
Deux choses sont définitivement mortes en moi dans le feu de l'action : la confiance et la notion de l'amitié.

Mais celà m'a aussi permis de faire de nouvelles rencontres aussi sympathiques que la tienne Chris-Tian.
Alors... merci la vie !
Clo



frédéric 24/06/2008 06:45

un peu dur pour un conte pour enfant (mais est-ce le cas ?) mais plein de sens et, malheureusement, de vérité. La convoitise, quelle horreur et quelle sagesse ce chatjuste triste quelle disparaisse avec son maître dans les flammes mais en même temps... n'y a-t-il que les animaux à montrer tant le loyauté ?amicalementfrédérci

Clo 24/06/2008 15:47



Les contes pour enfant que j'ai pu lire dans ma jeunesse sont toujours très durs. Cet ogre qui veut manger le petit Poucet et qui tranche le cou de ses filles par exemple... Mimine n'avait rien à
perdre, elle a préféré se sacrifier plutôt que de tomber aux mains de ces ignobles fils indignes, j'aime cette vision de la loyauté et de... l'amour. Qu'est-ce qui nous différencie des animaux ?
Réponse toute bête un peu plus haut -;) Amicalement. Clo



Ombrage 23/06/2008 23:14

ouf Clo, tu me sauves! Moi je me prenais pour un monstre, mais finalement, si je suis agressif, c'est que j'ai été provoqué: Quoi? C'est pas ça la moralité de l'histoire?Non, sans rire, moi je vois là une justice face à des enfants indignes, où l'amour pour le chat et l'amour du chat, le bien, l'emporte...la justice existe et tôt ou tard elle rattrape le méchant.Merci pour cette lecture agréable et ma foi très différente, ça nous change pas malAmitiésOmbrage

Clo 24/06/2008 15:32


Chat alors !
Il y a intérêt que le bien l'emporte, à coups de griffes s'il le faut, mais il n'est pas question de ronronner toujours bêtement !
(éclat de rire)
Je suis heureuse que mon petit conte t'ait plu.
Amitiés. Clo 


Babou* 23/06/2008 08:27

J'adore ce texte... surtout méfions nous de ceux qui ont l'air bien gentil. Elle me plait beaucoup ta mimine... Bisous Babou*

Clo 23/06/2008 19:03


Miaououou !
Bisous à toi Babou* et merci. Clo


stellamaris 22/06/2008 14:23

Magnifique nouvelle pour une bien jolie fable. Bravo

Clo 23/06/2008 18:54


Merci Stellamaris.