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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 20:48

Claudie Beck-Becques, salariée de la papeterie, a adressé une lettre ouverte à La Voix du Nord, pour marquer symboliquement l’anniversaire de l’annonce de la fermeture de l’usine. Son courrier est reproduit ici en intégralité.

«Arjowiggins : un an déjà !

Et si pour ce bien triste anniversaire la parole était donnée à un simple salarié ? Savez-vous ce que nous avons pu ressentir, nous qui avons pris la nouvelle de plein fouet, sans préambule ? C’était comme si le ciel nous tombait sur la tête. Nous ne pouvions y croire…

Évidemment, les premiers jours, la cadence en a pris un coup ; nous éprouvions un immense besoin de communiquer entre nous, de parler de nos cas respectifs, chacun exprimant ses angoisses face à l’incertitude de demain, de la cassure de nos projets. Quels que soient notre âge, notre fonction, notre ancienneté, pas un seul cas est moins dramatique qu’un autre !

La seule idée qui nous soit commune, c’est qu’une aussi belle usine que la nôtre ne pouvait être fermée. C’est donc avec enthousiasme que nous avons alors accueilli l’idée de l’intersyndicale de continuer de travailler avec la même ardeur pour montrer aux repreneurs éventuels que nous étions des personnes passionnées et responsables.

Notre entêtement a du bien déstabiliser la Direction, pensez donc : des pneus avaient été brûlés les années précédentes pour 0,5 % de négociation salariale annuelle et là, nous continuions à travailler sans rechigner, soucieux de montrer notre professionnalisme. Dès le début, nous avions eu connaissance qu’un de nos anciens directeurs était intéressé à la reprise de notre usine. Sait-il l’espoir qu’il a fait naître en nos cœurs ?

Un an c’est court et interminable pour qui attend ! À la fin de l’année 2014, aux jours mauvais de l’hiver, nous avions besoin d’être rassurés. L’un des syndicats, buté, refusait d’aller négocier. C’est avec les nerfs à fleur de peau que nous avons passé les fêtes. Nous avions l’impression d’être pris en otages.

Au cours du premier trimestre 2015, quelques élus du personnel décidaient alors de répondre à la demande de la majorité d’entre nous, en se rendant à la table des négociations. Heureusement ! Le PSE est désormais entre les mains de la DIRECCTE. Tout au fond de nous, subsiste l’infime espoir d’un rebondissement, de cette nouvelle que nous attendons depuis 365 jours : la reprise de notre usine, car quoi qu’on puisse en dire, nul n’a officiellement déposé de dossier finalisé.

Alors il faut se rendre à l’évidence : nous recevrons bien notre lettre de licenciement fin juin. Certains doivent penser que nous ne sommes pas à plaindre, que nous allons toucher le « pactole » avec tout ce qui est diffusé dans les journaux… Croyez-vous que cela nous réjouit vraiment ? Que nous nous frottons les mains en attendant nos primes de licenciement ? Les sommes annoncées permettront à certains de payer quelques dettes, à d’autres de payer les études de leurs enfants… mais à personne de vivre comme un « rentier » dans une région déjà bien sinistrée économiquement.

Ne jugez pas, n’essayez pas de vous mettre à notre place… Si vous n’êtes jamais passés par là, vous ne le pouvez pas. Vous ne pourrez jamais imaginer nos nuits blanches, nos angoisses, et tout ce que l’idée de perdre notre emploi a généré malgré nous de remises en causes personnelles et l’influence que cela a pu et continuera longtemps à avoir sur notre entourage.

Quelle que soit l’issue de cette saga infernale où les intérêts financiers, politiques et syndicalistes ont bousculé nos vies, très peu d’entre nous en sortiront indemnes. »

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Published by Claudie Becques
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